‹ Les deux mèresChapitre 70 sur 130 · LE FOND DU CALICE · texte numérisé non relu

LE FOND DU CALICE

Ces derniers mots de Rembrès donnèrent à Robertine la mesure complète de son malheur.

Elle se vit abandonnée de Dieu et des hommes, à la merci d'un misérable, ignorant la pitié.

Elle découvrit d'un eOup d'œil .'horreur désespérée de sa siluatiou.

Son âme, habituée à souffrir, éclata sous ce coup terrible.

Un froid moi tel coijrut le long de ses veines.

Ses jambes néchire'nl.

Elle tomba, inerte, sur le tapis.

Dans sa chute, elle hcnta le fourneau.

Le vase qui conlenéit M porée.. oscilla, glissa et se brisa.

Rembrès santàhoi-à de son sommeil, comme il ev'it fait au choc do la foudre.

Cet hunimc pouxiiit s'endormir souriant auprès d'une femme afsas>iuée, mais la piqûre de sa fantaisie déçu(! galvanis.i puissammen; sa lorpeur.

Etourdi qu'il était déjà, il put se mettre sur jes pieds.

— Ces choses-là n'arrivent qu'à moi! murninrat-il d'un ton chagrin; — chère belle, on fait allciition, que diable!... Si l'on a envie do tomber absolument, on tombe un peu plus loin!...

Il se pencha vers les débris du vase.

— Quel malheur! poursuivit-il;— bonne amie, je vous en veux beaucoup!

11 s'aperçut seulement alors que Robertine n.'

UNE PÉCHERESSE

se relevait point, et se tourna vers elle en grommelant:

— Allons, allons, bonne petite, je vous en veux, c'est très-bien, mais ce n'est pas une raison pour rester évanouie!... Relevons-nous et n'ajoutons pas à nos torts celui d'être maussade... Donnez-moi la main... je me sens tout réveillé... Il y a de quoi, parbleu! ajouta-til en haussant les épaules avec un redoublement d'humeur; — un pareil contre-temps réveillerait un mort!

Robcrtine n'était pas évanouie.

Elle demeurait seulement immobile et frappée de stupeur.

Rembrès la releva avec effort et l'assit sur sa bergère.

— Cela va passer, chère belle, dit-il en reprenant lui-même son siège.

— Ce qui est irréparable, c'est la perte de notre porée... Allons, poursuivit-il avec un gros soupir coupé par un long bâillement.

— Tâchons d'oublier cela!... Que disions-nous, cbcre bonne amie ? Ah ! vous vous étonniez parce que j'avançais que ce grand bel homme de baron ne vous trouverait point chez vous demain matin... C'est tout simple, pourtant, bonne petite.... Vous ne pourrez être chez vous, puisque vous serez ici... Il vous restera, si les choses s'arrangent à l'amiable, comme je l'espère, à expliquer votre présence dans ma chambre à coucher... C'est la moindre chose... Je vous y aiderai au besoin... Je vais vous figurer la scène, bonne petite amie : Le baron, ne vous ayant point trouvée dans votre chambre, se détermine à venir seul avec Florence. On les fait attendre dans mou antichambre jusqu'à l'arrivée de Popelin... Ce ne sera pas long. Popelin a été clerc pendant quarante ans... C'est la ponctualité incarnée... Popelin arrivé, Joseph fait entrer tout le monde. Le baron vous apen.:oit...

« Tableau!...

„.Que faites-vous ici, madame? dit avec indignation (ce sera comique au dernier point) le grand garoon d'Armand, qui commence à comprendre pourquoi il ne vous a point trouvée dans votre chambre.

« Vous ne répondez pas ; le pauvre diable de baron fronce le sourcil; Florence tombe des nues.

« Au moment où le baron ouvre la bouche pour dire encore quelque sottise, moi, je m'avance et je l'interrompts tout doucement:

„ Silence, cher monsieur I

« Il veut répliquer...

« — Silence!... »

Rembrès prononça ce dernier mot avec un éclat de voix impérieux et dur.

La baronne tressaiUit faiblement; ce fut comme un réveil.

Jusqu'à ce moment, l'ex-banquier avait frappe eu quelque sorte sur un cadavre.

— Vous voyez l'effet, bonne amie, poursuivit-il triomphant; — la chère petite demoiselle Florence reconnaît tout de suite lequel l'a trompée, de moi qui lui ai dit : le baron et sa femme sont eu mon pouvuir, ou de vous, qui lui avez affirmé le contraire... Que pensez-vous de tout cela ?

— Je pense que je suis perdue! dit Robertine d'une voix sourde.

— Perdue sans le sauver!...

— Chère bonne, je n'entre pas dans ces détails... Il est évident que vous trouvez mon plan excellent... cela me suffit, car j'ai grande confiance en votre

goût... 11 est établi que Florence vous aime tous les deux, le baron et vous, bien tendrement. C'est ce bon petit cœur qui fera mon affaire... En effet, après ce tableau préliminaire, qui sera foudroyant, je prends la parole avec calme et j'établis de la façon la plus nette qu'il y a entre nous un secret de Ixagcdie. . Un bon gros secret, qui pèse sur vous et sur le grand garçon comme une main de plomb... Florence veut douter encore... Elle se récrie... Devinez ce que je fais pour la convaincre?

Robertine était sur son fauteuil dans la position où Rembrès l'avait mise.

Elle avait les deux mains croisées sur ses genoux; ses yeux grands ouverts semblaient ne point voir.

A l'interpellalion de Claude, elle ne bougea pas; mais son regard se fixa et cessa de se perdre dans le vide.

— Pour vaincre Florence, reprit Rembrès, je vais à vous, puis au baron, et je vous mets successivement au défi de me donner un démenti...

Les paupières de Claude tremblé' ent.

Sa voix s'embarrassa de nouveau.

— Ah! ce sommeil! grommela-l-il; — bonne petite, ajouta-t-il d'un ton caressant, — si, pendant que je dormirai, vous me faisiez une autre poiée?.. Bien entendu, ni vous ni le baron ne vous aviserez de me démentir... Si vous me démentiez, Popelin est là avec les pièces... je parle!... Ah! ah ! bonne amie, il faut bien jouer son va-tout une fois en sa viel... Mais n'allons pas faire des suppositions folles : vous ne me démentirez pas... Alors, je me tourne vers mademoiselle d'Osser et je lui dis d'un ton pénétré :

— Chère cousine, vous savez les sentiments que je vous ai voués; vous voyez que j'ai entre les mains une arme terrible dont vos refus me porteraient à faire usage... 11 dépend de vous de sauver tout ce que vous aimez!...

— Monsieur !... écoutez-moi !... voulut lui dire la baronne dont les paroles ne pouvaient point trouver issue.

— Que voulez-vous que fasse la chère demoiselle? interrompit Rembrès avec complaisance: — elle se dévoue... Popelin, qui a été vingt ans clerc de tabellion, nous dresse un petit projet de contrat délicieux...

Robertine se laissa glisser de la bergère sur ses genoux.

— Monsieur! ohl monsieur!... pitié! s'écria-t-elle ; attendez quelques jour^.. Je dirai tout à mon mari... Laissez-moi... oh! laissez-moi l'amour d'Armand!...

L'ex-banquier fit une grimace de dédain et bâilla longuement.

— Si vous disiez tout, Roberle, balbulia-t-il, —je n'aurais plus rien à dire, moi... L'idée ne vaut absolument rien !

Robertine, épuisée, ne put que répéter avec effort :

— Pitié, monsieur, pitié !...

Rembrès appuya sa tête au dossier de la bergère et ferma les yeux en murmurant :

— Popelin sera là... nous ferons un amour de contrat... Quant à vous, bonne petite, ne vous impatientez pas!... Ce n'est que deux heuresà passer... A mon réveil, nous verrons... à réparer... le temps perdu...

Ce dernier mot mourut sur la lèvre entr'ouverte du faussaire.

Il dormait.

Rubenine demeura devant lui, agenouillée et

i:.\E PÉCHERESSE.

comme accroupie, les bras en avant, la tôte abandonnée et iicndantsur son épaule.

Une douleur atroce lui déchirait le cœur.

Elle était là, au bout de ses efforts et de son martyre, vaincue, foulée aux pieds.

Le douloureux labeur de ces quinze dernières journées restait inutile; tout se tournait contre elle, jusqu'au courage presque surhumain de sa silencieuse torture.

Armand allait tout savoir.

Une main bridante allait la pousser, souillée, au devant de l'homme qui était son espoir, son avenir, sa vie !...

Et cet affreux supplice ne sauverait pas même Florence !

Cet homme voulait Florence!

La chaîne rompue du forçat allait se river sur celte pure main de vierge!...

Que de malheur! que de malheur Robertine avait amené ilans cette famille où se concentraient tous ses anioiu's I...

Claude dormait.

Son pied tendu touchait sa victime.

Sa ligure souriante et calme réalisait prosaïquement l'idée qu'on se forme du sommeil du juste.

Ruburlim' resta durant quelques minutes anéantie.

JiUe ne comptait point avec sa douleur; ses facultés s'éteignaient dans l'accablement d'une lourde agonie.

Tout ce que nous venons de dire n'apparaissait pa.5 distinctement à son esprit voilé.

Son être était plongé dans une apathie désespérée qui eût ressemblé à la mort, si, de temps en temps, son cœur meurtri n'eût senti comme un poignard brûlant se retourner dans sa plaie assoupie.

C'était quelque face inaperçue de sa situation qui lui apparaissait soudain.

Et toute découverte nouvelle était une nouvelle torture, puisque, de toute part, il n'y avait autour d'elle qu'un mur sans issue d'angoisses et de menaces.

A cette conscience qui lui venait d'un malheur oublié, sa blessure saignait.

Puis elle retombait dans sa pesante atonie, ne sentant plus rien, sinon un fer confus qui tournoyait autour de sa pensée.

Cela dura un quart d'heure, puis la fièvre vint.

On eût pu voir, à mesure que le sang remontait à sa joue pâlie, son découragement morne se changer en fougueux désespoir.

Sa pose molle se raidit; ses belles mains montrèrent sous leurs lignes pures le jeu convulsif des muscles tourmentés.

Elle s'agita sur le tapis en des secousses violentes, et des larmes intermittentes jaillirent, séchées à mesure par le feu de ses paupières.

Claude eut en ce moment un petii rire court et béat.

Robertine, domptée, se prit à gémir et se tordit sur le tapis en jetant vers le ciel un regard de reproche.

Puis elle se releva tout à coup sur ses pieds.

Une idée, plus poignante que tout le reste, venait faire taire ses autres souffrances.

La pensée du réveil de Claude avait surgi en elle.

Claude I

Ce bourreau masqué de sourires allait s'éveiller dans deux heures.

Plusieurs de ses paroles, dont le sens trop clair

promettait un odieux outrage, vinrent assaillir la mémoire de Robertine.

M Elle se les rappela, elle les commenta.

Elle les comprit.

Ce fut l'huile bouillante des tourmenteurs d'Espagne jetée sur le sein du patient qui s'endormait trop vile en son agonie.

Robertine, debout, la tête haute, le sein soulevé, sembla grandir à ce choc suprême.

Elle toisa Rembrès endormi d'un regard où brûlait enfin sa haine puis^ante et sans bornes.

La gracieuse femme n'était plus là, c'était de la force qu'il y avait dans cette ferme taille, dans ce corps musculeux et souple, qui se cambrait comme un ressort d'acier et semblait prêt à bondir.

11 n'y avait plus de douceur dans ces traits choisis et harmonieux.

C'était une beauté menaçante et terrible jusqu"a faire trembler un homme fort.

C'était aussi une colère si ardente et si grande que nul obstacle, fût-ce un crime, ne devait arrêter son furieux élan.

Or, l'iiomme qui dormait 1§, tranquille, et qui souriait placidement à ses songes, était l'unique objet de cette colère.

C'était Rembrès seul qui, de quelque côté que voulût se tourner la baronne d Osser, lui opposait, comme un obstacle implacable, la fatalité de son passé.

C'était Rembrès tout seul qui attaquait à la fois et tenait sous ses pieds elle-même, sa sœur aimée, son mari adoré.

C'était lui, rien que lui...

Lui mort, Robertine, Armand, Florence s'éveillaient d'un pénible rêve; leur bonheur refleurissait; leur avenir obscurci apparaissait de nouveau radieux.

Et il dormait !..

Mais il y avait autour de ce sommeil un infranchissable remparl, où devait se heurter en vain toute colère, et que la folie seule pouvait attaquer.

Lji prudence de Rembrès éveillé gardait, sentinelle vigilante, l'impuissance de Rembrès endormi.

Rembrès était invulnérable.

La patience, l'heroime, le crime lui-même, toute arme s'émoussait sur sa cuirasse solide.

Robertine le contempla durant quelques minutes, puis son front se courba sous le sentiment de sa dépendance absolue.

L éclair de force qui l'avait un instant ranimée s'éteignit.

Elle retonibatout au fond de son désespoir.

Durant une longue heure, elle se débattit, gémissante et vaincue, sous l'écrasant fardeau de sa detresse.

C'eût été, pour quiconque eût assisté à ce drame étrange dans sa muette horreur, un spectacle navrant et lameulalde que les tortures infinies de cette créature admirablement noble et belle; chaque minute lui durait un siècle, et pourtant elle regrettait cette minute passée, car le temps marchait et avançait l'heure funeste du réveil.

Plus d'une fois la pensée de mourir vint se présenter h elle, lui montrant une issue ouverte et un refuge assuré.

Robertine élail chrétienne.

Néanmoins, en ce moment où tout n'était que désordres et ténèbres dans son esprit et dans son cœur, sa religion n'avait point de voix.

C'était avec une convoitise passionnée qu'elle re-

UNE PÉCHERESSE

gardait, %ur la table servie, le couteau dont elle eût pu se faire une arme contre elle-môme.

Mais la haute générosité de son âme, qui n'était plus pourtant qu'un vaste instinct, suffit à la re enir.

Armand et Florence restaient après elle.

C'était fuir, abandonnant ceux qu'elle pimait au plus fort du péril !

C'était déserter son poste et se sau ,r toute seule.

Elle détourna une dernière foi' son regard de cette table où le scintillement de J'acier tentait sa résolution chanceljnle, et se rapprocha de la cheminée, au fond de laquelle deux tisons éloignés se chargeaient de cendres en achevant de se consumer lentement.

Sa pensée ramenée vers Armand eut un court moment de calme.

Elle tira de son sein le portrait qu'elle y avait mis, comme un talisman, hélas! contre les dangers prévus de cette nuit.

Ce fut avec adoration et prière qu'elle contempla ces traits aimes qui étaient un symbole de son bonheur d'autrefois.

Elle avait employé, durant une année de mariage, toute la poésie d'une imagination d'élite à grandir Armand à ses propres yeux, et Armand avait grandi, au point de changer pour elle ses inoporlions vulgaires contre l'apparence d'un espiit hors ligne et d'un cœur accompli.

Avec cette estime factice, mais pour cela profondément enracinée et pouvant aller jusqu'à l'admiration, son amour s'était accru.

Et son amour accru, voilant de plus en plus sa vue, augmentait à son tour l'admiration.

Pour Robertine, qui jugeait d'un legard si subtil et si un toute personne étrangère, Armand était un Dieu.

L'amour l'environnait d'une aui ôole, et, à l'abri des rayons de cette couronne lumineuse, sa nature commune pouvait prendre d'héroïques aspects.

En ce moment, son image païut à la pauvre femme comme le dernier délice d'un paradis perdu.

Elle se complut d'abord dans l'immense élan d'amour qui, l'arrachant aux hontes du présent, l'emporta jusqu'aux jours si beaux de son bonheur.

La chambre où elle se liouvail, revêtant pour elle tout à coup les ornements favoris dont elle l'avait chargée autrefois, redevint le sanctuaire de ses calmes félicités conjugales.

Ce fut encore la chambre bleue, le théâtre discret de douces et longues causeries, des rêves k deux, des jeunes et saints espous de famille...

Robertine eut un moment d'illusion véritable.

Elle était là dans sa bergère, devant sa cheminée, I dont le tablier à écaille montrait sa mignonne poi- 1 gnée d'or. Elle crut...

! Ce fut quelque chose de bien cruel ! — son regard I qui cherchait Armand se heurta contre Claude Rembrès I

Alors, elle serra le portrait sur son sein et le couvrit de baisers précipités, comme si elle eût voulu mettre ses caresses entre Armand et les attaques de l'ennemi implacable.

Elle s'oublia elle-même; elle ne vit plus que lui; elle ne vit plus, dans l'angoisse prochaine d'une séparation inévitable, que sa douleur à lui !

Ses yeux s'élevèrent au ciel, inondés de larmes sublimes.

Du fond de sa misère, elle eut la force de prier et ce ne fut point pour elle-même.

Elle pria pour Armand.

La prière console souvent, mais c'est la prière calme qui monte du cœur aux lèvres à Dieu, dans le recueillement des sens et de la pensée. .

Pour prier bien, il faut aimer seulement et non point haïr.

L;i haine jure, parmi les ardeurs divines de l'oraison, l'oinme jurerait une note fausse, éclatant avec bruit au milieu des accords purs dune symphonie.

Rembrès était là trop près.

Robertine avait beau se recueillir et chasser tout seniiment de colère.

Rembiès était là.

Rembrès, l'homme qui lui arrachait l'amour d'Armand !..

Et l'oublier était chose d'autant plus impossible, que le sommeil de Claude devenait bruyant et inquiet.

Il s'agitait fréquemment sur sa bergère et respirait avec effort.

Robertine vit dans ces mouvements soudains et sans cesse plus marqués un symptôme menaçant du réveil prochain.

Elle allait se trouver enchaînée à la merci du faussaire!

Il n'était plus temps de prier.

Elle était toute à l'amertume sans bornes de ses terreurs, et les seuls élans de sa haine lui gardaient encore quelque énergie.

En même temps, comme si la nature physique eîlt enfin plié sons le faix de tant de souffrances, elle ressentit la première atteinte d'une sorte de vertige.

Sa tête s'alourdit ; son front brûla ; ses yeux se voilèrent.

Durant quelques minutes, elle ne prit point garde à ce mal extérieur qui ne pouvait la distraire de son angoisse morale. — Mais le mal augmenta rapidement. Il lui semblait que les objets tournoyaient autour d'elle, et que la bergère où elle était assise tanguait comme un navire balancé par le flot.

Claude, lui, gémissait en dormant, et avait porté ses deux mains à son cou.

Il avait l'air d'étouffer.

Robertine pensa que la chaleur était trop grande dans la chambre diminuée de moitié par de récrnls travaux. Elle appuya sa main sur la poignée du devant de la cheminée à tiroir, qui joua immédiatement et ferma hermétiquement l'ouverture de l'âire.

Loin d'éprouver du soulagement, Robertine se sentit alors chanceler sur sa bergère.

Un fardeau de plomb écrasait ses poumons fatigués.

L'air semblait devenir opaque autour d'elle.

Rembrès haletait faiblement; sa tête se penchait en dehors de la bergère.

Robertine, étonnée, prête à défaillir, parcourut la chambre du regard et découvrit immédiatement audessous de la tète de Claude, l'un des fourneaux, dont le charbon brûlait.

Elle comprit, et n'écoutant que son premier mouvement, elle s'élança vers Claude qu'elle secoua de toute sa force.

Mais ces accès de sommeil nerveux sont de véritables léthargies.

Cluude Rembrès ne s'éveilla point.

Robertine perdait le souffle.

Elle s'avança en chancelant vers l'une des fenêtres, dans l'intention de briser un carreau.

Le vertige la tenait déjà.

UNE PÉCHERESSE

Elle allait à droite, à gauche, tâphant de se retenir aux meubles, et sentant le plaocher manquer sons ses pas.

Au milieu de la chambre, sa poitrine se souleva ; ses yeux roulèrent dans leurs orbites ; ses bras tomlèrent et son corps se prit à osciller en équilibre...

Elle se vit mourir...

Mais, en ce ninment même, la vie reflua en elle avec une sorte de violence.

Elle se retourna.

Son legard glissa, de Claude au fonrneau plein de charbon, et re i on la vers la face roiigie dn faussaire.

Puis elle se redressa dans sa force.

Son œil ranimé brilla d'un imme-se espoir.

Quelques pas seulement la séparaient de la porte extérieure au delà de laquelle étaient l'air libre et la vie.

Elle prononça le nom de Florence au fond de son âme.

Elle pressa le portrait d'Armand contre sa poitrine avec le geste d'une mère qui protège et sauve son enfant.

Son admirable beauté rayonnait l'enthousiasme et la passion puissante...

— Mon Dieii! dit elle on étreignant à deux mains son cœur; — ayez pitié de moi !.. c'est pour lui!., pour elle et pour lui!

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