‹ Les deux mèresChapitre 4 sur 11 · LÉON · texte numérisé non relu

LÉON

Ces deux lettres, bien que contenant une nouvelle depuis long-temps attendue, causèrent une émotion profonde aux deux époux .

Le père Bonncval senlit ses yeux (ont

loi I A nvciiiK

niouillL^s de larmes, ce qu'il iravail poiiil éprouvé depuis long-teuips. Quant à sa femme, elle demeura pâle sur sa chaise , les yeux fixes. Bientôt la joie du père se manifesta d'une manière plus vive et fit une bruyante explosion. Elle , restait toujours pensive... Elle connaissait la famille des de Breuil depuis long-temps. Ce n'était qu'après la mort de son ancienne amie, la marquise de Breuil , qu'elle l'avait perdue de vue. Aucune n'était plus honorable, et quand M. Bonneval , qui avait autrefois géré leurs biens , vint à énumérer toutes les valeurs de la future, un mouvement involontaire de satisfaction se glissa dans son cœur maternel ; mais ce sentiment était sérieux, grave et mêlé d'alarmes. La fortune était peu de chose pour une ame aussi élevée. Elle se deman-

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dait avant tout si cette Clëmence, à qui déjà elle promet(ait une tendresse de mère, était digne de son Léon. Elle se rappelait sa compagne d'enfance : un cœur bon et franc, mais une tête légère, étourdie, n'écoutant que ses caprices. Ce défaut avait été sans danger à la campagne, où la marquise avait vécu avec son mari ,- mais il l'aurait infailliblement perdue au sein de la capitale. Si Clémence est du même caractère , se disait cette mère inquiète , qui savait que ces natures vives et passionnées sont à la merci du premier venu qu'elles prennent en affection, que deviendra mon pauvre fils , lui que ses habitudes , ses goûts portent à demeurer à Paris la plus grande partie de l'année?

Tout cela lit que madame Bonneval pressa

IO/l

LA liAGlIE DE DIAMAINT.

vivement son mari de j)artir. Celui-ei ne l'avait jamais vue déployer une pareille aetivitë. Elle pourvut «i tout, et le lendemain il n'avait plus qu'à monter en voiture

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Deux jours après , Léon présentait son père et sa mère à M. et madame de Saint- Géran, qui les accueillirent avec cordialité. La comtesse surtout manifesta une joie extrême de revoir Marie , sa meilleure amie, à qui elle avait si souvent pensé. Celle-ci ,

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toiil en n'pondanl àces vives drinonslralidiis, seml)lait prôoccupëe et cherchait des yeux dans l'appartement.

Madame de Saint-Géran sonna sa fenmie de chamhre, lui dit quelques mots à voix basse, et, au bout de quelques minutes, Clémence entra.

Il y a une sagacité surprenante dans le regard de certaines femmes , quand elles se rencontrent pour la première fois. Souvent elles se jugent du premier coup d'œil avec un tact admirable. C'est pour elles que le visage est véritablement le miioir de l'ame. Elles n'ont pasbesoin d'en scruter toutes les lignes, une loupe à la main. La première inspection leur a tout dit : elles saisissent avec une facilité qui tient du prodige les petits mensonges, les plus adroits, eu apparence les plus

insignifiants. A l'aide de certains indices imperceptibles pour tons les autres, mais qui ne sauraient échapper à ces yeux d'aigle, sur l'intonation de la voix, sur des paroles sans portée aucune, elles vont vous dire, si elles veulent, ce qu'est cette femme qu'elles n'ont examinée qu'un instant.

Que si vous ajoutez l'accompagnement du geste , les manières , la contenance de celle qui est l'objet de cette investigation , alors leur pénétration est presque infaillible. Ce geste, elles savent s'il est vrai ou faux : le moindre mouvement leur révèle de merveilleux secrets.

Ge n'est qu'ainsi qu'on peut expliquer la répugnance invincible née tout à coup dans l'esprit d'une femme pour une autre. Des organisations moins subtiles, des intelligences moins perspicaces ne sauiaient être initiées

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i\ colle |)uissaiicr de; divinalion. Kllcs uv voienl (juc les dehois , que la snperlicie ; il faut une facullé plus pereaiile j)oui' aller au fond .

Mais c'est surtout l'œil d'une mère qui est doué, en quelque sorte, d'une vertu d'intuition surhumaine , alors qu'il s'agit du bonheur, de la destinée de son enfant. Vigilance inquiète, craintes pieuses, alarmes mortelles, il exprime tout. C'est la dernière lutte de cette mère toute dévouée au fruit de ses entrailles , lutte qui va couronner, d une manière heureuse ou à jamais funeste , tous les efforts qu'elle a multipliés autour de cet objet chéri. Elle rassemble toutes ses forces comme pour un combat à mort. 11 y a dans cette contemplation quelque chose de douloureux et qui fait mal.

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Clëmeiice se sentit tout d abord comme sî<. terrassée par le regard de madame Bonneval ; elle baissa la tête en tremblant. Cette Marie si douce , si aimante , dont la figure respirait d'ordinaire une angélique bonté, l'avait examinée d'un œil perçant. La jeune fdle trouvait cela si étrange, qu'elle demeurait interdite. Elle n'aurait pu relever les yeux en cet instant ; mais tout à coup une main caressante saisit la sienne, et la bouche de Marie vint frémir sur son front, sur ses joues, murmurant quelques mots qui résonnèrent délicieusement à son oreille. Alors elle examina à son tour celle qui venait de l'appeler sa fdle, et elle trouva empreinte dans tous ses traits la tendresse affectueuse d'une mère. Oui, c'était une mère, en effet, que sa grâce et sa candeur avaient conquise en un moment. Madame Bonneval prenait maintenant [)laisir à analyseï' ce visage si frais, si rose.

tlO LA HVr.UK DK l)IVM\NT.

\ ..-"jÉr couronne par nii IVoiU jun* (?! harmoiiieiist;mont encadré dans les boucles d'une clïevelure soyeuse. Elle avait lu sur ce visage la timidité, la douceur, l'innocence, et dans ces regards furtifs et humides qui allaient chercher ceux de Léon , un amour ardent comprimé par les terreurs vagues et si touchantes d'une vierge.

Les choses en étant arrivées là , l'union de Léon et de Clémence ne souffrit plus de retard. Maître Bonneval fut chargé de rédiger le contrat. Le comte de Saint-Géran, comme tuteur de mademoiselle de Breuil , remit un compte exact de ses biens , dont il

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avait t^té le fidèle dt^positairc. L'avocat, de son coté, énimiéra avec complaisance tous les avantages dont sa femme et lui voulaient faire jouir immédiatement leur fils unique. Après quoi, il fit le calcul du revenu des terres, du produit annuel des capitaux, enfin de toutes les valeurs actives des deux futurs conjoints, et un sourire erra sur les lèvres des deux jeunes gens eux-mêmes, quand il fit résonner d'une voix claire un chiffre rond et considérable.

Le père Bonneval était là sur son terrain. C'était à lui qu'on s'en rapportait pour les autres formalités préliminaires du mariage. Aussi il fallait voir sur son visage la joie de son cœur. Les premiers jours, sa contenance avait été embarrassée dans les salons de la comtesse; mais cet incident lui rendit toute son importance et son aplomb.

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Il citait de mémoire les articles du Code. Satisfait d'avoir captivé l'attention de M. et de madame de Saint-Géran, il se mit à éclaircir avec beaucoup de netteté tout ce que ces dispositions avaient d'obscur pour eux.

Rien n'humilie plus les hommes qui ont l'habitude de conseiller les autres que de se voir réduits au rôle d'auditeurs. Ce brave homme jouissait, dans le fond de son ame, de pouvoir reprendre, même dans une question aussi aisée, celui que ses connaissances et le désir d'être utile l'appelaient naturellement à jouer. Son amour-propre était flatté d'entendre une femme frivole , comme madame de Saint-Géran, rendre justice à son érudition. Toutefois , nous devons dire à sa louange, qu'au lieu de profiter de cette occasion pour faire étalage de son savoir, il eut le bon esprit de n'en user que dans les cas

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indispensables, et que, hormis ces rares moments, on ne trouva pins chez lui l'avocat , mais le bon père.

Pour Léon, en voyant approcher le jour si ardemment désiré, il sentait son cœur bondir dans sa poitrine. Après tant de craintes, de tourments , tout maintenant était pour lui joie et bonheur. Pourtant nous devons rendre compte de deux circonstances qui firent une assez vive impression sur son esprit.

Un matin , il vit entrer chez lui son camarade d'enfance, son meilleur ami, Jules Dérancourt. L'intimité la plus étroite avait toujours régné entre eux. Une se passait point de jour que Jules ne vint chez Léon. On les voyait sans cesse ensemble aux promenades,

aux speclaclos, etc. H semblait qu'un plaisir n'était rien pour l'un, s'il ne le partageait avec l'autre. Cette intimité, qui datait du collège , avait pris sa source dans de vives sympathies et une grande sensibilité qui leur était commune. C'était une chose rare, à une pareille époque , de voir le dévouement mutuel de ces deux jeunes gens.

Jules avait la passion du jeu, et plus d'une fois il avait puisé largement dans la bourse de Léon pour réparer ses pertes. Il est vrai que ce dernier, toujours sage et économe, n'avait point eu occasion de réclamer le même service de son ami; mais le caractère franc, la loyauté et l'affection de Jules ne laissaient aucun doute à cet égard.

Cependant cette amitié semblait s'être refroidie depuis quelque temps. Jules, piqué de ce que Léon ne lui consacrait plus ses jour-

nées , mais trop fier pour se plaindre, chercha un amusement ailleurs. Le jeu fut pour lui un puissant moyen de distraction : il s'y livra même avec une espèce de fièvre, sachant bien que, s'il était malheureux, son ami reviendrait à lui ; mais, contre toute attente, il remportait, chaque soir, des sommes considérables.

Ce fut avec un embarras visible qu'il se présenta devant Léon. Celui-ci crut qu'il avait perdu au jeu, et qu'une fausse honte l'empêchait de le lui avouer.

— Eh ! mon cher Jules ! dit-il , comme te voilà troublé... devant moi!... Voyons , qu'est-ce ?... Ne suis-je plus ton ami?

Et, lui prenant la main avec force, il y glissa une bourse pleine d'or.

Jules la jeta sur la table.

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— Quoi (loue ! ii'as-tu point [)erdu ?

— J'ai f^agnë , au contraire ; et voilà

25o louis que je te dois J'ai rais tout en

écrit.

— En vérité, Jules, tu m'affliges beaucoup.

— ' Pourquoi donc ? Tu m'as prêté cette somme en diverses fois pour des dettes de jeu, et je te rends le tout ensemble. C'est bien simple.

Jules s'était détourné pour cacher son émotion.

Léon, qui le connaissait, attendit un peu. Puis se plaçant en face de lui :

— Mon cher Jules, dit-il^ tu as quelque chose que tu me caches ; cela n'est pas bien.

DE D1A.MAWT. i ig

— Moi ! pas du tout. Tu es bien libre de l'aire d^autres amis. Je n'ai pas à me plaindre... Je serais un sot... Je conçois que ma

compagnie ne te soit pas indispensable ,

parbleu !

— A la bonne heure! dit Léon en lui prenant de nouveau la main..., je te comprends, comme cela. Ma conduite a dû te paraître, en effet, singulière; mais un mot me justifiera. Tu es toujours mon meilleur, mon seul véritable ami^ entends-tu? Seulement je t'ai négligé depuis deux mois , parce que.... je vais me marier.

Dérancourt laissa échapper un mouvement de surprise. Son front se dérida. Il voulut articuler quelques mots pour se plaindre de la discrétion extrême d'un ami à son égard ; mais sa figure disait assez qu'il était heureux

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de cette explication. A la fin, cédant à son bon naturel , il embrassa Bonneval avec effusion.

Après cette réconciliation, Bonneval lui donna à deviner laquelle des jeunes personnes qu'il avait vues chez madame de Saint-Géran était la fiancée. Jules cita successivement un grand nombre de noms. Son ami faisait toujours un geste négatif. A la fin , pour satisfaire une curiosité trop longtemps excitée , Léon prononça , à son tour , celui de mademoiselle de Breuil.

Dérancourt changea de couleur.

— Eh ! mon pauvre Jules ! qu'as - tu donc ?

— Rien.... N'as-tu pas dit mademoiselle de Breuil ?

— Elle-même.

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— Et ne sais-tu pas que cet impertinent duc avait des prétentions ?

— Que m'importe ! elle ne Taime pas.

— Prends garde , Léon , prends bien garde ; je connais mieux que toi cet homme; il te tuera.

— Bah!

— Il te tuera, te dis-je! Ignores-tu son adresse à manier les armes , le succès scandaleux de ses duels? Mademoiselle de Breuil ! Mais ne sais-tu pas qu'il a tué ce pauvre Sirant pour avoir osé ramasser avant lui le bouquet de cette demoiselle , et en avoir obtenu un remercîment ?

— Certes, je ne m'attendais pas que ce serait toi , le fils d'un officier de l'empire , qui viendrais me donner le conseil de m'incliner devant un bretteur titré.

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— IMoi , dit Jult^s (|iii s apei'çul «'iiCm <|ii<' son amilié l'avait conduit trop loin , moi te donner un semblable conseil! Non; et, si l'occasion se présente , tu verras que je ne redoute pas ce M. de Frias.

— Du reste , reprit Léon , tu peux te rassurer pour ce qui me touche , il m'a cédé la place d'assez bonne grâce.

— J'aimerais encore mieux son inimitié que cela, dit Jules en secouant la tête — Si tu savais ce qu'on m'a raconté de lui... Mais, au fait, j'ai peut-être tort.

Il sortit au bout de quelques instants , se promettant bien de se dévouer à son ami, si cela devenait nécessaire.

Trois jours après, la veille de son mariage , comme Léon s'avançait vers la porte de l'hôtel Saint -Géran et n'en était plus qu'à quelques pas , il vit la voiture du duc stationner à une courte distance. M. de Frias se tenait dans l'intérieur. Il semblait at-

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len(ir(MiU(*lqii'uii, el jetait de lré(|uciits regards vers la eour.

Un sentiment de curiosité et d'inquiëtude cloua Léon à la place qu'il occupait, et d'où, protégé par un angle de mur, il pouvait tout voir sans être aperçu. Tout à coup il reconnut la mère de M. de Frias qui sortait de l'hôtel, tenant en main une petite boîte qu'elle mont ra à celui-ci en riant. Le duc se pencha à la portière pour la recevoir. Sa figure respirait un air de joie infernal que Léon avait appris à connaître. Ce dernier chercha vainement dans son esprit ce que cela signifiait , se demandant si les dernières paroles de son ami Dérancourt, sur la perfidie du duc, se trouveraient si tôt justifiées.

Il entra tout rêveur au salon, où Clémence causait doucement avec madame Bonneval.

La jeune fille était plus enjouée que jamais. Madame Bonneval parla de leur prochain départ pour la campagne. Les amants se regardèrent tous deux à la fois. Un amour passionné souffre au milieu de la contrainte et du cérémonial qu'impose le grand monde.

C'est dans la retraite seule que les cœurs vertueux placent alors le véritable bonheur. Celui de Clémence palpitait , ses joues colorées et son œil brillant laissaient voir combien les idées que cette nouvelle avait éveillées chez elle étaient agréables. Elle les développa avec toute l'ingénuité de son ame et toute l'ardeur de son âge ; elle manifesta un goût si vif pour la campagne , que madame Bonneval l'attira sur son sein, et ne put s'empêcher de dire : a Mon excellente fille ! » Léon était ému. Les réflexions pleines de naïveté et de sentiment de celle qu'il aimait eurent bientôt changé le cours des

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siennes : il oublia les impressions pénibles qu'il venait de ressentir pour ne plus penser qu'à la journée du lendemain^ se la figurant déjà toute radieuse de lumière et de bonheur.

Ce lendemain arriva enfin , mais il fut triste. Jamais Lëon ne s'était trouvé si grave et si sombre. C'est en vain qu'il Voûtait chasser les étranges soucis qui l'assiégeaient : ils devenaient plus poignants , sans qu'il pût leur assigner aucune cause. C'était comme un

pressontimeiU vague et sans objet réel, mais dont les effets agissaient douloureusement sur lui. Maintes fois il essayait de sourire à sa fiancée, le sourire expirait sur ses lèvres.

De son côté, Clémence avait perdu toute sagaîté : il lui en fit la remarque. Je ne sais, répondit-elle, ce qui me pèse.... Ces épais nuages, cette lourde atmosphère me font mal — Elle s'était détournée pour essuyer furtivement une larme avec le voile nuptial.

On était à la fin de mars. Le ciel était couvert de sombres teintes dont les dégradations allaient du noir au gris foncé. Des vapeurs brumeuses circulaient dans l'espace , et permettaient à peine de distinguer les objets à quelques pas. Il n'y a plus guère que ceux qui ne se rendent pas compte de ce

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qu'ils ëpi'onvoiU, qui nient l'influence secrète de la température sur notre humeur. Dans cette circonstance , on eût dit que le deuil qui attristait la nature se fût étendu sur tous les visages. Madame de Saint-Géran elle-même paraissait pensive. Le père Bonneval, d'ordinaire si jovial, avait les traits assez profondément altérés. Quant à madame Bonneval, elle était, comme toujours, recueillie et pâle.

On monta en voiture pour se rendre à Saint-Roch. La pompe, tant soit peu mondaine , déployée dans cette église aristocratique pour la cérémonie, ne put parvenir à rasséréner les figures des assistants. Celle de la mère surtout avait une expression saisissante. Elle priait avec ferveur, et ne levait les yeux de son livre que pour les reporler sur ses deux enfants.

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(^U'inciicc priait aussi , mais elle n'jjardait souvent, à l'ouverture méiia(j;ée au dessus de l'autel, comme si elle eût cherché à découvrir quelque chose. Elle avait entendu dire, dans son enfance, par une vieille gouvernante de sa mère, que les unions sur lesquelles ne hrillaitpas le soleil n'étaient point bénies de Dieu. wSans se laisser dominer par ces idées superstitieuses, elle ne pouvait entièrement s'y soustraire. Elle attendait avec inquiétude un rayon de soleil qui ne parais- I

sait point. « Mon Dieu! » dit-elle plusieurs fois intérieurement , u ne verrai-je pas un peu d'azur de votre ciel? » Malgré cette ardente prière émanée d'un cœur pur , toute la journée fut sombre et pluvieuse.

A cette contrariété venait s'en joindre une autre. Depuis la veille , Clémence avait vainement cherché sa bague de diamant; elle

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n'avait pu la trouver. Cette bague, par les souvenirs qui s'y rattachaient , était un de ses biens les plus précieux : c'était sur son lit de mort que sa mère la lui avait donnée, en lui faisant jurer de ne jamais s'en séparer; et elle l'avait perdue la veille du jour d'où dépendrait le reste de sa vie ! Elle s'accusait de négligence, négligence qu'elle regardait comme une faute grave, et presque comme une impiété filiale. Elle espérait retrouver cette bague, mais son absence, dans cette circonstance solennelle, lui semblait de mauvais augure.

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A huit jours de là , Clémence vint embrasser, le matin, madame Bonneval, et lui dit : « Enfin , maman, c'est donc demain que nous partons. »

— Oui , mon enfant. M. Bonneval est

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allé faire les préparatifs nécessaires pour votre réception.

— Comme je voudrais déjà être dans votre vieux château !

— A votre âge , répondit madame Bonneval d'un ton grave, la nouveauté plaît toujours; mais ce séjour vous ennuiera peutêtre bientôt?

— Moi ! maman ! avec Léon , avec vous?

— Mon enfant, je désire, du fond de mon cœur, qu'il n'en soit pas ainsi; mais il y a peu de femmes qui , habituées à la vie bruyante de la ville , puissent se résigner à celle de la campagne.

— Eh bien! moi, ce sera ma joie, mon bonheur. Leurs plaisirs vides ne me laissent que de l'amertume. Oh! être affranchie de

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la {;êne, de la contrainte, de l'ëtiquette et des impoi lunités ! Maman, ma chcire maman, si vous saviez!.... Ah! je vous dis , moi, que c'est là seulement que je serai heureuse.

Madame Bonneval la regarda avec une expression où se peignaient d'anciens souvenirs, puis elle reprit : Tant mieux, ma fille! Heureuses les femmes dont le cœur est assez pur pour abandonner sans regret les plaisirs et les fêtes !

— Et que leur manque-t-il donc, interrompit vivement Clémence, quand elles aiment?

Il y a des mots qui rompent sur-le-champ un entretien ; c'est l'effet que produisirent, en ce moment, les derniers prononcés par Clé-

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