‹ Les deux Mina: Chronique Espagnole du siècle, Volume 1Chapitre 11 sur 45 · MIN · texte numérisé non relu

MIN

Au fait, nos gens avaient besoin de cette halte. Douze heures de marche sans s'arrêter et par une nuit obscure

JUAN

Fatigueraient dix Castillans, mais non pas un Kavarrais. Une nous est resté que deux honimes en arrière , et encore je gagerais que c'est pour toute autre chose que pour se reposer.

MINA

Quels sont-ils?

(i) Les deux sœurs ; on appelle ainsi deux montagnes assez éle- Tées» qui, placées de chaifue côté de la gorge qui conduit d'Irunun . à Tolosa, ont des formes presque semblables.

(a) Espèce de pot-au-feu.

LES DEUX MJNA. 81

JUAN

Le Galeote et rjbigeo.

MINA

Je l'aurais deviné! {Baissant la voix.) Je te Tai déjà dit, Juanito, ces gens-là nous étaient nécessaires quand nous n'avions rallié personne à notre cause ; mais aujourd'hui ils nous font plus de tort qu'ils ne nous sont utiles.

JUAN

En ce cas n'en parlons plus : ce soir, après l'affaire , quelques grains de poudre épargneront à la justice la peine de les condamner encore.

MINA

A la bonne heure. (// se dirige vers la porte.) Holà! oncle Espoz.

ESPOZ , avec humenr.

Qui m'appelle?

MINA

Parbleu! c'eirt moi.

Mf LES DEUX MINA.

ESPOZ.

Eh bien! qu'est-ce qu'U y a? et surtout dépêchons, car je n'ai su où attacher mes chevaux, et ils pourraient s'en aller.

MINA

C'est précisément à eux que je pensais , moti oncle ; comment vont-ils?

KSPOZ.

Pas trop mal, après une coui^se comme celle qu'ils viennent de faire. Mais à propos, quand songeras-tu à m'en débarrasser, Xavier? tu sais que tu m'as promis un autre emploi.

MINA

Ne voulez-vous pas déjà être chef? vous qui savez à peine lire et qui ne parlez qu'un mauvais basque.

£SPOZ, d'un ton presque menaçant.

Un mauvais basque! II n'est pas nécessaire d'avoir été étudiant pour commander, Xavier, et quelque langue que je pmle, je te

LES mVX 1IIN4, 81

réponds que je saurai me faire comprendre.

MINA

Allons, 410 peu dQ patienee, oncle : puisque vous aves été trois mois domestique tfon Fran^ çais, vous pouvez bien, quelque temps, me servir d'ordonnance.

ESPOZ.

Un peu de patience ! croîs-tu que je n'aurais pas mieux aimé continuer le métier de soldat dans Je bataillon de Doyle (i), que de venir ici pour rester palefrenier? Si j'avais su les fonctions que

tu me destinais (S* éloignant en courant. )

Bon ! les voilà qui se sauvent, les maudites bêtes !

MINA , k Jaan.

Je crains que nous ne soyons pas long-temps amis avec le frère de ma mère : il est envieux en diable ! si je Técoutais , c'est lui qui sei*ait le maître et moi qui exécuterais ses ordres ; et pourtant le pauvre hommi^ est d'une ignoraocel. . ,

(i) Batailloii m^mâté par lu fnni» immtHémM^i'hfnft^

Si LES DEUX MINA.

JUAN

C'est un ours, que ton oncle, Xavier; mais il faut le ménager; il a la patte lourde. Tu le sais, à marmite qui bout jamais mouche ne s'at-* tache.

MlNà.

Oh! le ménager, c'est autre chose. A chair de loup , dent de chien : s'il devenait par trop. . . . {Prêtant f oreille). Silence! je crois entendre quelqu'un.

UNE VOIX, du dehors,

J ve Maria purissima ( i ) .

JUAN

Sinpecadoconcevida. Ah! c'est toi, Morales?

entre : que viens-tu faire ici?

MORALES

J'accours, de toute la force de mes jambes,

(i) En Navarre et dans la plus grande partie de l'Espagne, les gens du peuple annoncent ainsi leur arrivée dans une maison, et ils ne pénètrent plus avant que lorsque de l'intérieur on a ré« pondtt par les premiers mot» qui coptinuent la phrase.

prévenir Mina que soixante Français qui escortent des voitures se sont arrêtés à Irurzun, et que maintenant ils doivent s'être remis en route pour continuer leur marche sur Tolosa. {On entend un coup de fusil dans le Unntmn. )

En effet, voilà qui me l'annonce; mais je ne t'en remercie pas moins, mon garçon. {Élevant la voix.) Aux armes ! mes amis.

 ce commandement tous les hommes couchés dans le coral se lèvent avec précipitation, et sortent aussitôt pour aller derrière le bâtiment, où Juan les range en bataille, ,

MINA« à Morales, . .

Tu dis donc qu'ils sont soixante ?

MORALES

Pas un de plus ni de moins : tout en ayant l'air de leur tourner le dos, lorsqu'ils défilaient, je les ai comptés, et au plus juste, je vous en réponds.

86 US mox muia.

Et combien de cbarrettes conduisent-ils?

MORALES

Dix, remplies de iliallideB.

MIIIA.

Comment marclie cette troupe?

MORALES

Quatre hommes et un caporal d'abord, comme qui dirait une centaine de pas en avant ; ensuite, quinze autres en tète duxonvoî, avec un officier; cinq de chaque côté des voitures; vingt-cinq derrière, commandés par le capitaine ; et cinq un peu plus loin, qui font Tarrière-garde.

MINA

Il suffit : tu peux t'en aller. Quand tu les rencontreras, s'ils t'adressent quelque question, dis-leur que tu n'as pas vu une seule personne sur ta route.

MORàlilS.

Soyês tranquille, senor ; je saînrai leur répondre : quoique Màgdalenà m'appelle et Umto (rimbécile), ce n'est pas la première fois que je les aurai enjôlés. (// descend la montagne en courant)

MINA, & ses gens.

Compagnons! déjà en deux circonstances importante nous nous sômmei» mesunés avec 1 -étranger , et deux fois le Ciel nous a fait rester maîtres du chuip de bataille; j*espèré qu'il en sera de mômeaiqoiird'faiii.

tODS.

Oui! oui! nous le jurons.

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