SCÈNE IIL LE CAPITAINE et MANUEL
LB GAPITAINB.
Tenez, Manuel! payez-voos de votre fiolé.
MâNUCXi, avec brutqnerie.
Je n'ai pas besoin de votre argent.
iB GAPITAINB.
Oh! oli! toujours le même ton?....; Urne isemble cependant que vous pourriez en prendre un autre avec noiiSi sènor Manuel. Je ne crois pas que vous ayez à vous plaindre de nos pro* cédés à votre égard, et nous, au contraire {avec intention) , nous pourrions peut-être vous tfouver dès torts assez graves pour mériter peu d*indu^ence.
HA usa D£DX MINA.
Amoi?
tB OÂNTAn^B.
A TOUS
lIAIfCEL.
Je m sais ce que vous voulez dire.
LB GAPITAINB.
Eh bien ! je vais m'expliqtier mieux. (// tire un papier de sa poche.) Le lieutenant Raoul vient de m'envoyer cette lettre trouvée sur un paysan de ce village qui voulait franchir nos avant-postes. Connaissez-vous cette écriture?
Manuel, troublé un moment, se remet aussitôt.
MAmiBL.
C'est la mienne.
LE CAPITAINE
Ainsi je ne m'étais pas trompé* Pourquoi celte lettre n'a-t-eUe aucune adresse?
tu mVX MINA. 11»
MMVBU
Pwde que oâiii qui la portait aatait à qui il deTaitlareoiettre.
LB CAPIIAUOI.
Oui : à Xavier lliBàf D'wt-ce pas?
maikiel;
Non, à un de mes parents qui habite Lum« hier.
LB GAPITAINB.
Sans doute: lequel parent eu aurait donné connaiissance à rindividu que la cbose intéresse* Cai* ce n'est pas 9 je pense, pour Tinstruction de votre oncle ou de votre cousin que tous terminez votre message par cette phrase: c Je ne peux aller te voir, parce que nous avons toujours à Yzanosdeox compagnies entières de voltigeurs^ fortes de plus de deux cents hommes» que le commandant» officier expérimenté» tient réunies dans ma maison et dans celle d'Ituritz» notre voisin. »
MANUEL
Je ne Yois daas ces paroles qu'âne explication qui me concerne et un éloge qui vous i^arde.
LE CAFFTAIIfE, d'an ton sërère.
Et moi, j'y vois une indication perfide de la force de nos troupes, de leur établissement» et de la manière dont se fait le service dans ce village. Senor Manuel, nous ne tombons pas dans des pièges aussi grossiers. D'ailleurs, vous ne vousêtesjamais beaucoup appliqué à cacher votre aversionànotre égard. De mon côté, je nechercheraî pas non plus à combaltre vos opinions: en fait de religion et de politique, après avoir écouté les raisons les meilleures et les observations les plus sages , chacun conserve ses idées et ses croyances; cependant, je vous donnerai un conseil qui, je l'espère, pourra vous être utile. Si je n'avais écouté que mon devoir, je vous aurais fait conduire sur-le-champ à Pampelune , devant le général gouverneur; mais votre fille , votre mère, la nécessité de votre présence près d'elles deux,
tout cela s*est présenté à mon esprit , el j'ai pensé qu'en tous éclairant sur les dangers de votre position, vous reconnaîtriez vos torts et cesseriez d'être notre ennemi : mesuis-je trompé?... C'est à vous maintenant à me rapprendre avec fran^ chise.
MANUFX^ avec insouciaiiee*
J'ai expliqué ma conduite à ma conscience , et ma conscience ne m'a rien reproché « senor capitaine. Si vous voulez que je sois coupable , ceci vous regarde et non pas moi : tout ce que je dirai alors, c'est que plus d'un Espagnol a été fusillé pour moins de chose et sans de meilleures preuves : heureusement ceux que Dieu éprouve en ce monde n'en sont que mieux reçus dans l'autre.
11 s'en va, et le capitaine Léonce craiprend sans peine qu'avec un tel caractère, ni les remontrances, ni les services, ne feront jamais de Manuel un partisan du roi Joseph Napoléon.