‹ Les deux Mina: Chronique Espagnole du siècle, Volume 1Chapitre 27 sur 45 · II4R1Q0ITA · texte numérisé non relu

II4R1Q0ITA

Tu dis, Pilar, que Mina a perdu deux cents hommes? je croyais que sa guérilla n*en comptait Ke.

Pas davantage? elle en a plus de mille, pluti dedixmiUe.

MARIQUITA

Bah!

PlLAR.

AU moins : on ne le sait pas, parce que Xavier lie se fait jamais suivre que d'une partie de ses volontaires. {D'un ton de confidence.) Onosame

^n^imniàmt mois 11 aura diassé de VEsfttgf».

toates^ les trodpes de Napoléon^ ■ ■ ^

Et comment a-t-il su la tratHscm de rafràncesada?

CABMBN.

C'est le père lu^mlme de eette damoée qiû a tout découvert, et qui Ta déooneée à Xavier.

PILAIi.

Voilà un brave bomme!

CARMBN.

Je le croîs bien : aussi, frère José. m'a assuré qu'il irait droit au ciel , quand même il mouiTait sans les sacrements.

MARIQUITAÎ

Et il doit le savoir ceîul-lâ !

PILAR t M grand iftsant ponr regarder.

Lés toîlà! les voilà! (Ette appelle.) Catalîna! Mercedes! Dolorès!,.. venez, venez donc si vous voulez avoir une bonne place. {Tmrteêteê

femmes qui étaieni amsesseUpentà ia fais. )y]le \ vite ! dépêchons-Qous.

m ENFANT, plenrant.

Je veux voir, moi.

MARIQUITA

Attends! chiquiritin {\)y sois tranquille! je vais te porlei\ 4 . • là ! es-tu Inen à présent?

l'bnfant.

Oui. Est^îe qu'on va la tuer toul-à-fait?

MARIQUITA

Tout-à^fait.

L'ENFANT, frappjual «» maios «le joie.

Buenolbuenol (2) onvalatuer tont-à-fait.

SGÈNE IL

La bande de Mina, sous les ordres de Juan ,

(i) Prononces ichlqulrhlne. Diminutif de ehîco, petit. (9) Boni boni -

tÇS mVX MINA. 165

Tient se rai^r en bataiUe dutotïr de la ptoce, mais de manière à laisser le mur du couTent en^* tièremient dégagé. Tontes lès lenétres des bab^ tations environnantes se gamkstot de iMMnbreusL spectatem^s : une seule, qui attire souvent l'attention du cominandant de la troupe , reste dose et inoccupée.

Quelques gumlleros repoussent les curieux dansks rues adjacentes > et bientôt, au milieu d'un groupe de soldats, on aperçoit Ulpiana. Elle estnurpieds; sescbeveux noirs, détachésetépars, l'envdoppent comme un long voile funèbre; sa figure r^ulière et grave est altérée par le chagrin, mais sa physionomie conserve toujours son ex« pression fière et imposante. Elle s'avance avec fermeté, livrée tout entière aux exhortations du prêtre qui l'accompagne.

Dans ce ntoment , un individu sort de la maison près de tequefle va passer le ewtége, et, quoique ne s'attendant pas au spectacle qui s'^fre tdut-à-coup devant lui, il ne témoigneeependant ni surprise ni émotion. Ssos être vwu

IM va mm imiA.

pour Bidster au supplto&qul se prépare, ri«n ne prouve pou plus qu'A cherche à ériter d*eii être témoin : il fhndrait pour cela M donner trop de mouvement et de peiné. Il 8*arrftte mr le isenll de la porte, s*en¥ël(^pe de la veste jetée négU* g^nment sur son épaule, et, comme s'il todt étranger à ce qui se passe , il promène autour de lui un regurd n^itureUement sombrp et farouche.

Quand s'approche cette panvre fiHe, id tran« quille panni la multitude furieuse, si msueil^ Utt au miOeu du tumulte qui r^uvinsBDe ; lui , lu! seul, dans h foule qvà s'agite, demeuré indifférant et impas(»ble. Vertus, attraits, jeu-* nease, riea ne rmnue ee peihscmnage, qui ol>^ scàrve et écoute sans parattre voir ni entaidre. Quel est donc cet homme, ciÉne en préieàoe dHme victime, sans r^;rets pour d'éternels adieux, sans pitié pour ^i touche à Tlienie soprême ?;..... Cet honune, le croiiœ ** vousi e'est un pèrû : oui, un père; c'ert Mantid; oehii qui, entraîné paa- de prétendus devoirs.

îM mm wm; 167

tf a pas craint de sacHfi^ sa ffile; celnl <[a}, croyant iMir à un dieu de clémence et de bonté , a osé livrer son propre sang an bourreau. Tant il est vràî que l'erreur ne recule devant rien ; tant 11 est vrai que les passions nous rendent plus cruels que le tigre et la hyène, Ignore-t-il, le malheureux ! que si jadis le Ciel voulut éprouve]^ dnsi un pieux dévouement , il arrêta la main qui s'apprêtait à frapper?

Cependant Uipiana s'avance jnsqu^à l'endroit où Manuel/ debout, immobile et silencieux, semble un envoyé de Tenfer, qui, sûr de sa vic« toire, attend le crime sans impatience. Apercevant, au-dessus de la porte, une image delà Vîei^, elle se prosterne avec humilité : les soldats qui la conduisent sont entraînés par son exemple; et /quoi*' que insensibles à l'infortune, tous écoutent àveo nu respect religieux les paroles qui sortent de sa bouche.

« Sainte Marie ! dit-elle d'une voix douce et touchante, acceptez mon sacrifice ; mais surtout pardonnez à mon père, car il me croit coupable, i

168 LES OBUX MINA.

Après ces mots, ette se trouble, pâlit, et se sentdéiaiUir : c'est qu'elle a reconnu c^d qui devrait la prêter et qui s*est fait son accusa^ teur ; c'est que sur ses traits sévères elle cberche à lire un comi>at entre la tendresse et le courroux. Un moment elle s'abuse; die joint les mains, supplie, implore de nouveau la mère du Sauveur.... vain espoir! la figure de Manuel demeure ce qu'elle était; froide et impitoyable, dure et glacée comme le bronze.

Ulpi^ia alors se lève, une larme sillimne ses joues décolorées, elle s'appuie sur le père Ambrosio, et elle ne retrouve quelque courage que pour se diriger vers le lieu fatal qui l'attend.

Arrivée sur la place , des vociférations menaçantes, des injures, éclatent de toiites parts. La pauvre enfant ne peut s'empêcher de tressaillir et de serrer le bras du prêtre, seul soutien qui lui reste

CLPIANA.

Mon père ! entendez-vous ces clameurs? ils me maudissent.

LS3 OEUX MINA. 169

Pà&£ AMBBOSIO.

Que VOUS importe, ma fille, pourvu que Dieu vous absolve.

GARIIBN.

R^arde donc, Mariquital ne dirait<^Dpasune apinle , avec se^ yeux baissés et son air cafard ?

JUANi é\ui ton briuqae.

Allons, femmes I retirez-vous.

LBSFfiMMES.

Nous retirer! et pourquoi? est-ce que nous vous gênons ici?

D'AUTRES» riant.

Nous vous aiderions plutôt s*il le fallait, Juanito.

CLPIANA.

Mon père , je ne me reproche rien.

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