‹ Les deux Mina: Chronique Espagnole du siècle, Volume 1Chapitre 28 sur 45 · PÈRE AMBROSIO · texte numérisé non relu

PÈRE AMBROSIO

Tant mieux, ma fille! le Seigneur recevra

110 as mvx MINA.

¥otre âme avec joie, an Heu de la repousser dms

les abfmes étemels.

ULPIANA.

Je suis bien jeune eacore pour mourir!

riRB AIffiBOSIO.

Ma fille 9 TOUS savez ce que c'est que la justice des hommes; estimez- vous heureuse de connaître bientôt la miséricorde divine.

Ulpiana est conduite contre le mur d'enceinte du couvent: là, elle s'agenouille, et le père Ainbrosio s'éloigne, cachant avec peine son émotion. Alors, la condamnée porte ses yeux vers le ciel, et laisse sur son front lire son innocence. Tout-à-coup, ses regards s'arrêtent, sa figure s'anime, un trouble extraordinaire l'agite, et, étendant les bras, on l'entend s'écrier: « Xavier! tu veux ma perte, moi Je demande que l'on t'éparçne. »

Les spectateurs étonnés s'efforcent de découvrir celui auquel s'adressent ces paroles: à certaine

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fenêtre solitaire od croit voir une main qoi se ièTe lentement; mais aussitôt ce signal, vingt fusils partent à la fois^ et c'en est fait! Ulpiana a

terminé sa destinée

Cette fille si fraiche , si belle, à peine au printemps de ses jours, est maintenant privée de chaleur et de vie. Elle est tombée , sansr exhaler une plainte: tombée comme la fleur que la faux vient d'abattre, et dont le souvenir s'est effacé quand a fini son existence.

EEHCOIITEB.

Dans le courant de mars 1810 (1) un détachement dut être envoyé à Urroz. Léonce, qui depuis quelque temps saisissait avec une ardeur sans égaie toutes les occasions de rencontrer rennemi, sollicita de nouveau le commandement

(1) Le 21 mars.

de cette troupe. Le général Dufoar, gouYeroeor de la Navarre, acquiesça volontiers à ce désir. Le jeune capitaine lui inspirait Fintérêt le plus vif, et, le voyant soucieux, préoccupé, il pensait qu'il convenait de le distraire par une vie active. De son côté , Léonce était charmé de s'éloigner de Pâmpelune ; Urroz le rapprochait de Lumbier, et par suite d'un sentiment dont il serait assez difficile de se rendre coiopte, on aime, presque malgré soi , à revoir les lieux où le cœur a éprouvé de véritables peines.

Le jour de son départ, la nature était grisâtre et triste; cependant, atlcun de ces pressentiments fâcheux qui en pareil cas nous agiotent quelquefois involontairement , surtout lorsqu'on va s'exposer à des dangers, ne se présentèrent à l'esprit du capitaine. Au contraire, on aurait dit qu'une puissance inconnue lui avait fait hâter ses préparatifs , et le portait à quitter avec plus d'empressement encore une ville qui Tempêchait de se livrer à son goût pour la solitude et à son penchant à la mélancolie^

Un broiiflliurd ép«is domait à la eaupagne Taspect d'une mer sans rivages: tons les oi^els éudent environnés d'une atmosp hèrebrimieus^ àmki Voâl ne pouvait pénétrer les proftMidettrSp et la Tne, comme arrêtée par plusieurs rideaux transparents, arrivait à peine jusqu'à un horizon de queues pas^ d'étendue. Cette circDnstancei qui oblige à la guerre à de grandes précauticms» avmt Mgai^ Léonce à rebMiir près de lui soft A?ant^arde : â cra^^naitque^ s'él<%nant tnfpsans s'en apercevoir, elle ne vint à être enlevée avant qu'il n'eût le iemps de la secourir. Tout son mpnde marchait donc à peu {Hrès réuni, et dans m& silence profond.

Le hasard voulut que ce même jour Mina prit aussi le chenun d'Urros à Pampelune ; et sa troupe, qui s'avançait avec confiance, arrivée à im coude que fait la route près du village de Lavianp^ se trouva rencontrer inoplnémetit la colonne sous les ordres de Léonce.

La surprise fut grande d'abord de part et d'autre; mais» revenus luentftt de leur étonne»

ment) les Français se précipitèrett sur lenn^ adversaires, tandis que cenx-ci ne Tirent densdut qnedansla fuite. Mina, qui se trouvait adhérai^ à la tête de sa guerlHa, montra daais cette occurrence que sll était propre à dressât des embuscades ou à combiner une attaque de nuit, il n*aTait ni le sang-froid, ni le talent nécessaires pour commander en face d'un ennemi qtt*il faut combattre. Un danger si inattradu lui fit ouMier ses résolutions héroïques et jusqu'à ses devoirs. Sans srniger à exposer la moindre rénstance , il ne pensa qu'à sa sûreté personnelle. Il sort de la route, se jette dans une vigne plantée sur la pente rapide d'un coteau ; mais les jambes de sa monture s'embarrassant parmi les ceps, il l'abandonne et se met à courir avec autant de rapidité que le lui permettent son trouble et la natmre du terrain. Malheureusement, aveuglé par le péril, étourdi par la vigueur de la poursuite, Xavier trébuchait à chaque pas; à chaque pas il se précipitait contre quelque obstacle qui lui barrait le passage: blessé légèrement au

bras gauche , un voltigeur ne tai^da pas à Fatteindre ,. et il allait le traverser de sa bayonnette » lorsque la fortune amena le commandant français près de loi^ au moment où il s'écriait:^ « Grâce! je suis Mina. »

Il serait difficile de peindre TefiTet que ce nom produisit sur Léonce: d'abord, on vit sa figure pâlir et se contracter , ses debts se choquer avec fwee, ses yeux s'enflammer de colère. Tenant la pointe de son sabre sur le coeur de Xavier, ses lèvres tremblantes étaient sur le point de laisser échapper un arrêt de mort; mais tout-à-^oup, comme s'il eût été frappé d'une réflexion subite qui lui fit faire un grand effort sur lui-même, il dit en laissant retomber son arme : « Misérable! remercie le ciel de mon respect pour la dernière volonté de ta victime ; » Et, craignant de donner encore un regard à Findigne adversaire qu'il avait tant sujet de haïr, il recommanda de veiller sur sa personne, et s'éloigna de lui avec la précipitation qu*on met à fuir un reptile venimeux que Ton n'a pas voulu écraser sous ses pieds.

Conduit dans les prisons de Pâmpelune^Mina, cet homme auquel l'esprit de parti a prêté longtemps du cotirage et un grand caractère, s'empressa d'adresser à ses compagnons la lettre dont nous donnons ici la traduction littérale (i).

« Soldats! TOUS n'ignorez pas, je suppose, » que je suis prisonnier, et traité comme je Tes-

• pérais de la bénignité de M. le général Du- B four, gouverneur de la Navarre; mait comme n lui-même doit obéir aux ordi^s de PautoïKé

• supérieure 9 et que celle-ci a déjà décrété que É je dois être mis à mort à Tlnstant où je serai » ptls, ce général m'a fait connaître cette déter- » mination. Il n'y a donc plus qu'une ressource » pour sauver la vie de celui qui tant de fois vous » a donné des preuves de son fidèle attachement.

» Soldats! je vous le répète , mes actions vous » ont fait voir combien je vous estime : j'espère » que vous ne permettrez pas qu'on décapite » votre chef. Sachez bien que ma vie dépend de

(i) Ayant pu nous procurer ceUe pièce en original, on la trouvera autograpbiée à la lin du Z* irotume.

LfS DEUX MINA. 179

9 tous; que vous pouTOZ en même temps sauver 1 la vôtre, grandemeA menacée par les troupes » nombreuses qui partent et se préparent à vous * poursuivre. Oui, croyez-moi, puisque je vous » parle à la veillé de mon supplice (i). Empè^ » chez un si grand malheur , par des moyens qui f ne vous coûtent pas beaucoup.

» Sachez, soldats, combien il faut peu de » chose pour ma vie et votre salut. Ce bon gé- » néral ne demande que ce qui est juste , c'est-àr » dire que vous veniez dans cette ville; et il > promet à chacun de vous un sauf-conduit, à » condition que vous irez vous présenter aux » alcades de vos villages respectifs. Ceux qui se- » raient éloignés des leurs, comme les Allemands • et les Italiens, n'auront qu'à se rendre à la » maison rouge (2), où Ils seront bien reçus. Ce- 9 lui qui voudra servir sera babillé et payé dail^

» «ne compagnie franche, si! le^désîre, etsi=-

( 1 J II ^ a daos le texte^ de ta porU tU mon suppUa^» (3) Maison située à peu de dislance de Pampeluoe, et où les Francis aratent établi «n poste 4'observatlon.

f noD il se retirera tranquille dans ses foym^s.

» Qui de TOUS aurait la cruauté de s'y refuser?

9 j*espèi*e qu'il oe s'en trouvera aucun; car non-

> seulement on me laisserait condamner, mais on

• compromettrait sa propre vie.

* J'espère obtenir cette grâce de yos cœurs

• toujours affectionnés à ma persomije. »

Pampelane, 22 mars 1810.

MINA

C'était au commencement d'avril, quand, après ]in long hiver, la population de Paris s'empressait acquitter ses rues humides et boueuses pour aller observer dans la campagne les effets d'un printemps tardif. Un jour lespromeneurs de Yincennes remarquèrent une chaise de poste qui roulait avec

LES DEUX AIINA. 181

rapidité vers le château. Dans cette voitare, uq homme au regard faux, à la figure sinistréfetait assis entre deux gardiens. Les curieux se mirent aussitôt en mouvement, et, malgré l'ignorance du postillon, le mystère des soldats et le silence du personnage inconnu , on ne fut pas long-temps à savohr que le nouveau prisonnier était Xavier Mina. Alors vinrentlescommentaires, les caquets, les conjectures de toutes sortes. Ceux qui se piquaient d'une haute sagesse blâmèrent la clémence de TEmpereur en cette occasion, disant que cela pouvait avoir une influence fâcheuse sur l'avenir. En effet, les événements ne tardèrent pas à justifier ces craintes, et pour cette fois les politiques de carrefours eurent raison. L'importance donnée à ce chef de parti i*eleva considérablement sa réputation aux yeux des Espagnols, déjà très-portés à s'exagérer ses services, et cette circonstance fut une des premières causes du progrès des guérillas, non-seulement en Navarre, mais sur tous les points de la Pénin* suie.

OH CBBF*

La scène esta Lumbier, à la fin d'avril 1810. SCÈNE L

ESPOZ ET JUAN,

ësfoz.

£h bien ! Juan , ee jour se passera-t-il comiiie les autres? Yoilà un mois bientôt que mon neveii

a été pris par les Fraoçaîs, et nous sommes en«core à le remplacer.

JUAN

Il est sûr que cette indécision n*a duré déjà que trop long-temps! une troupe sans chef est comme un couTent de femmes sans confesseur.

Aussi, après la perte de Xavier, chacun a-t-il tiré de son côté; mais puisque nous nous rassemblons ce matin, il faut espérer que quelque chose enfin se décidera. Quanta moi, Francisco , j'ai été trop souvent dans rembarras lorsque je gardais les cinquante moutons de notre corrégidor, pour avoir l'envie de commander les quatre cents volontaires que tu es parvenu à réunir.

BSPOZ.

Connaitraîs-tu depuis hier quelques prétendants nouveaux?

JUAN

Parbleu! jamais une succession reste-t-eile sans liéritiers? dix ou douze sont maintenant sur lés rangs.

LES IMEUX MINA. 18&

ESPOZ.

Diable! on y prend goût, à ce qu'il paraît.

Croient-ils donc que le morceau soit si facile à avaler ?

JUAN

Il n'y a pas jusqu'à Manuel, qui à peine admis parmi nous voudrait être choisi , à cause , dit-il, du sacrifice qu'il a fait de sa fille.

BSPOZ.

Manuel aussi?... sa fille! sa fille! voilà grand'chose que sa fille ! ne donnerions-nous pas père et mère, nous, s'il le fallait?.... D'ailleurs, il n'est jamais sorti de son village et ne sait pas ce que c'est que la guerre. Il faut un autre homme que lui à la tête de nos Navarrais. Sois tranquille, Juanito! je mettrai bientôt tout ce monde-là d'accord.

JUAN

Et tu feras bien, Espoz. Il n'y a encore que six ou sept des nôtres qui consentent à te soutenir ; mais dans tous les cas, tu peux compter sur

IM LES DftCX mif A.

moi comme le chevrier compte .sur son chien.

Tu sais que je ne me bats ni pour de Taisent, ni pour des galons sur la maocbe ; mais si je con^ sens à obéir , je ?eux au moins être conduit k ma fantaisie. Et puis, Francisco, je te le dis ayec franchise , dans mes idées il faut que Xavier soit remplacé par quelqu'un de sa famiQe : puisque le pays chérissait le neveu , il préférera l'oncle au premier venu.

ESPOZ.

Cette raison est en effet la seule qui me fasse désirer le pouvoir^ Juan. Sans cela crois-tu que je m'inquiéterais d'être soldat ou capitaine? Quel est notre but? d'exterminer nos ennemis : les distinctions! je m*en moque comme de cela. (// fait craquer l'ongle de son pouce sur une dent. ) Quelles que soient celles que j'obtienne, je te promets qu'on me verra toujours avec ma gorra et ma cànpa ( mon bonnet et ma veste).

JUAN

Mofigens doivent être sur la place, allons Im

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rejoindre. Justement Toid Goris et Cruchaga qoi s'y rendent de leur côté.

ESPOZ.

Ils semblent discnter chaudement.

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