‹ Les deux Mina: Chronique Espagnole du siècle, Volume 1Chapitre 7 sur 45 · REFUS · texte numérisé non relu

REFUS

XAVIER

Savez -VOUS, père Manuel, ce qui m'amène de vos côtés?

Oui : Hilarjio ton cousin , qui a passé ici bier soir, nous a parlé de tes projets.

/iO t£S DEUX MINA.

XAYIER.

Et qu'eo dites-vous?

MANUEL

Je dis que si ce n'était ces deux femmes , je partirais de ce pas pour Lumbier.

XAVIER

En vérité ?

LA gband'mère.

fion Jésus! ce n'est pas moi qui te retiens, Manuel. Dès qu'il s'agit de tuer des mécréants , je te suivrais plutôt moi-même. Va! mon fils , va!.... N*as-tu pas entendu ce que nous a dit l'auti^e jour notre curé? ne t'inquiète de rien : Dieu veillera sur tes jours, et santa Basilisa nous protégera pendant ton absence.

MANUEL

Mère! si je le pouvais, croyez-vous que je me le serais fait dire? mm ni vous ni le curé ne

L£S DEUX MllSA. 41

soignerez la récolte qui doit nous faire vivre rannée prochaine.

LA 6BAND*M£aB.

La récolte ! puisque le grain est en terre » le Ciel saura le conduire àbieo, et Uipiana ne pourra-t-elle pas effeuiller et couper le mtis quand viendra la saison?

MANUEL

£nsemencera-t-elle aussi les deux fanegas ( i ) de garbanzos (2) qui nous sont nécessaires jusqu'à la Purification de la Vierge? Nous verrons cela plus tard : Ton peut s'en rapporter à moi ; je ne serai pas le dernier à marcher contre des francs-maçons.

ULPIANA.

Mon père, les francs-maçons vont donc à la messe? Le dimanche que j'étais à Pampelune,

(1) Fauega , mesure de capacité de la contenance de cinquantesix litres.

(a) Pois-cliiche».

éS US OEDX miiA.

je l68 ai TUS à la cathédrale avec leur mu^ae f les tambours, le général, tout le monde enfin»

X4VIBB.

Qui! ils y vont comme des hérétiques, le wbre à la main et le chapeau sur la tête« Quand le diacre ^sente la patène Je vous i^oods que vous n*en verrez pas un seul la baiser* L4 grand'mère.

Bon Jésus! ne pas baiser ce qui a toucha le corps de notre Seigneur! Frère Bernardo a bien raison, ces gens^là ne tiennent pas à sauver leur âme. Ce sont tous des esprits de ténèbre, de vrais familiers de l'enfer, des créatures du démon, des soldats de Beizébuth, des..,,

[Elle s'endort en continuant à grommeler une foule d'épithètçs qui ea^pirent peu à peu sur ses lèvres,)

MANUEL

II faut que j'aille voir si j'ai encoce de la poudre. Je n'ai pas touché mon escopeta depuis le .

jour que j'ai couché raide mort cet aabual d*Uri* barï» qui croyait pouvoir me dire des iiyures.

{Il sort.)

XAYIBR.

Maintenant 5 Ulpiana, expliquon&4iOtts : consentiras-tu enfin à ce que je te demande depuis silong-^temps?

ULPIANA.

Tu Tas encore revenir à tes projets d'alliance : tu devrais aujourd'tiui y penser moins que jamais. Est-ce le moment de se mettre en ménage quand on veut faire la guerre et courir les champs? D'ailleurs, je me rappelle les paroles de ma pauvre mère, un jour que je lui demandais ce que c'était que le mariage : « Ma fille, me répondit-elle, c'est filer, enfanter, et pleurer. »

XAVIKU,

Très-bien ! tu as toujours eu mille raisons pour me refuser. Il y a quelque temps , nous étions trop jeunes l'un et l'autre^ et maintenant que tu

Ixk LES DE(JX MINA.

ne peux p]us rien dire de notre âge, tu cbei^hes de nouveaux prétextes qui ne valent guère mieux.

ULPUNi.

Tu le sais, Xavier, mon père te Ta répété cent fois; étant tous deux sans fortune, il faut, avant de t*établlr, songer d*abord à te faire une existence.

XAVIEE.

]N 'est-ce pas pour cela que je suis allé à Pampelune?

ULPIANA.

Oui; mais il y a à peine un an que tu nous a quittés, et tu n'es rien encore.

XAVIER, cbercliAnt à m coulenir.

Je ne suis rien! C'est ce que nous verrons d'ici à peu de jours.

ULPIANA.

Eh bien! alors je verrai aussi ce que j'aurai à te répondre.

XWIER.

El que faut-il être pour te plaire? officier, capitaine, colonel?

ULPUNA, fffttinent.

Tu m*y fais penser : oui! pourquoi pas colonel?

XWIBR.

Cesse tes plaisanteries, UJpiaoa! quoique je t'aime beaucoup, je ne répondrais pas qu'elles

eussent toujoui^ une heureuse fin Ainsi, je

le \ois, je n'obtiendrai encore de toi aucune promesse positive; je continuerai à vivre dans la même incertitude pour l'avenir.

ULPIAfiJA, avec ironie.

Si fait; tiens, Xavier, je veux que tu ne te plaignes plus Ecoute: deviens, comme il parait que c'est ton intention, un chef distingué, un brave militaire; bats trois fois les étrangers avec ton régiment » et alors il est possible que je consente à devenir ta femme.

{Xavier pousse avec impatience une chaise, qui VU tomber sur lagrand'mère et la réveille en sursaut.)

LA qrand'hère.

Q u'est-oe^ qne cela , bon Jésos?

MANUEL , qui rentre, nn fusil & la inain«

J'ai encore plus de balles à envoyer aux Français que je n'af dé duros dans ma poche.

tLWANA.

Voilà votre chocolat, grand'mère.

MANDBL.

Tu n'en prends pas avec nous, Xavier?

XAVIER

Merci ! je vais me remettre en route.

MAmiEL.

En ce cas bon voyage et bonne chance!.....

Ceux qui travaillent à chasser de la Navarre les ennemis de notre religion et de notre roi seront toujours les bien venus chez Manuel : sou-

LES DEUX MINA. [p

Tiens-t-en. Quoique je ne sois pas riche, ce qu'il y a ici je le partagerai de grand cœur avec eux. Tu sais aussi ce que je t'ai dit tout-àrtieure? avant qu'il soit long-temps, j'irai t'aider à soutenir une cause pour laquelle je suis prêt à tous les sacrifices: tous! sans aucune excep* tion; l'entends-tu bien, Xavier?

XAVIEA.

Je compte sur vous, Manuel!... Adieu.

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