‹ Les deux noblesses: comédie en trois actesChapitre 26 sur 89 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Merci. Vous me rendez heureux.

SUZANNE

Nous nous connaissons en effet depuis longtemps et je crois que nous avons beaucoup de sympathie l'un pour l'autre. Je dois vous avouer que ma nature plutôt grave, indépendante et orgueilleuse, aussi bien que mes goûts de solitude, ne me poussaient guère au mariage tel qu'il s'opère couramment, et je ne m'y serais probablement jamais ralliée... sans vous. Mais comme vous êtes le seul jeune homme en qui j'aie trouvé jusqu'ici de la jeunesse et cette loyauté d'esprit et de cœur que je veux avant tout chez celui qui sera mon mari, —. que votre démarche, si nette et si franche, vient me confirmer encore dans l'estime toute spéciale et déjà grande où je vous tenais, je renonce en votre faveur à ces vœux secrets de célibat que j'avais prononcés, un peu à la légère!... et je serai votre femme... à une condition cependant? une double condition, sans laquelle il ne reste rien de tout ce que j'ai dit...

HENRI

Vous m'effrayez.

SUZANNE

C'est que nous ne nous marierons chacun qu'avec le plein consentement de nos père et mère.

HENRI

Et s'ils nous le refusent ?

SUZANNE

Nous ne nous marierons pas.

Si, tout de même, parce que l'amour est le plus fort.

SUZANNE

Je ne sais pas si c'est l'amour qui est le plus fort, moi je crois que c'est le devoir. Franchement, iriez-vous, pour m'épouser, jusqu'à passer outre à la volonté de votre père, même si la loi vous en donnait les moyens ?

HENRI

Non.

SUZANNE

Vous voyez bien? D'ailleurs, j'ai idée que ces unions conclues dans la révolte et la colère doivent rarement apporter le bonheur. Ainsi, c'est entendu : nous voulons ^tre l'un à l'autre.

HENRI

Oui.

SUZANNE

Mais... si nos parents le veulent I

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