SCÈNE XI
Les Mêmes, moins SUZANNE.
LE MARQUIS, à Henri.
Eh bien, monsieur ?...
ROCHE, mal à l'aise.
C'est inutile. Je...
HENRI
Pardon, mon père. Il faut que je vous parle à tous deux, et je vous prie de vouloir bien m'écouter. Asseyez-vous, (ils s'assoient. Au marquis.; Monsieur, j'aime mademoiselle votre fille, je viens à l'instant d'acquérir l'heureuse certitude que ses sentiments ne sont pas opposés aux miens, j'ai donc l'honneur de vous demander sa main. Je pourrais moi-
même plaider ma cause, mais je m'en dispenserai, ayant auprès de vous le meilleur des avocats.
LE MARQUIS
Qui cela ?
HENRI
Mademoiselle Suzanne. C'est moi qui demande, mais c'est elle qui obtiendra, (a son père.) Mon père, je vous prie de m'accorder votre consentement pour ce mariage auquel vous savez que j'attache tant de prix, et je compte que vous voudrez bien, sur-le-champ, demander au marquis de Touringe la main de sa fille pour moi. Maintenant, j'attends avec une grande émotion votre réponse à tous deux.
LE MARQUIS, à Henri.
Est-ce tout? Il était question d'un pacte.
HENRI
En effet, nous avons fait serment, même libres et pouvant abuser de notre liberté, de n'être l'un à l'autre qu'avec le consentement de nos père et mère.
LE MARQUIS
Je vous en félicite. Cher monsieur Henri, je vais vous répondre immédiatement, puisque c'est à moi que vous vous êtes adressé en premier. Avec d'autres que M. votre père, l'entretien forcé auquel vous nous soumettez d'une façon un peu téméraire, pourrait devenir délicat; grâce à la haute intelligence et au profond bon sens de M. Roche, il ne le sera pas. Et j'irai droit au fait. Je vous refuse la main de Suzanne. Pourquoi? Ohl mon Dieu, personnellement, vous n'êtes pour rien dans ce refus.
HENRI
Je ne suis que la victime.