ACTE DEUXIÈME
LA COMMANDANTE
Soldat?
BRIÇAY.
Aux compagnies de discipline... Il a eu... un malheur.
DES MOULINARDS.
Oh! je n'aime pas ça! L'intérêt que je portais à la femme Toupance diminue beaucoup depuis que je connais ce détail. Beaucoup.
SUZANNE
Ça n'est pas sa faute, la pauvre femme?
DES MOULINARDS.
Non. Mais enfin, ça n'en est pas moins la mère d'une canaille... et dame, nos charités locales doivent s'exercer ailleurs que dans des familles tarées !
MADAME ROCHE
Il est cependant nécessaire de faire quelque chose pour elle.
DES MOULINARDS.
Faire quelque chose?... Oh! de grand cœur. Mais pa& davantage. Surtout pas d'argent! Elle pourrait l'envoyer à son fils, et alors quel rôle jouons-nous? C'est une prime accordée à l'indiscipline. Non, il faut lui donner par-ci parlà quelques bons de viande, je ne sais quoi.... l'amuser
enfin, et puis s'en tenir lâ.(lci madame DuHeu qui depuis deux ou trois secondes, luttait contre le sommeil, s'assoupit doucement.) D'abord,
ça n'est pas d'hier que je m'occupe du paupérisme, eh bien, moi, j'ai remarqué que la question des pauvres se trouve compliquée par cette raison ; qu'on donne toujours trop, et à tort et à travers!
MADAME ROCHE
C'est impossible autrement.
DES MOULINARDS.
Au fond, la vraie charité, c'est de savoir refuser!
LA MARQUISE
Je pense comme vous. On refuse la mort dans l'âme, mais on est forcé, on le doit... dans leur intérêt même! Si j'avais donné de l'argent à tous les pauvres qui m'en ont demandé, il ne m'en resterait plus aujourd'hui pour leur venir en aide !
BRIÇAY, à part.
C'est admirable !
SUZANNE
Moi je ne suis pas de cette école-là! Je soutiens qu'il faut donner quand même et toujours !
LA MARQUISE
Tu en parles à ton aise! Tant qu'on a, encore, ça va bien. Mais quand on n'a pas, ou qu'on n'a plus?
SUZANNE, prenant la boaree sur la table* On quête. (Slle tend la bourse à des Moulioards.) AUOUS ! de
l'argent!
Des Mottlinards lui donne, et elle tend Clément sa bourse à chacun. Tout le monde donne.
LA MARQUISE
Certes je ne prétends pas trancher la question sociale. La vie est très dure. Nous en savons tous quelque chose ! mais c'est surtout la vie morale faite de chagrins et de soucis. Quant à la vie matérielle, elle n'est pas chère, pas chère du