‹ Les deux noblesses: comédie en trois actesChapitre 47 sur 89 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LA MARQUISE

C'est possible. Pour me résumer ; on doit être charitable, sans doute, mais se rappeler qu'au temps où nous vivons, la classe des malheureux', en général, depuis le pauvre jusqu'à l'ouvrier, prend une extension inquiétante. Nous sommes débordés. On ne parle que d'eux, ils remplissent les colonnes • des journaux, ce sont les héros du jour. En dehors de cela, sociétés de prévoyance, patronages, crèches, asiles, ouvroirs, hospice...

DES MOULINARDS.

Où ils ne veulent pas aller ! ils sont orgueilleux comme des paons !

LA MARQUISE

On a tout inventé pour leur venir en aide ! Les hautes classes et le clergé sont à leur dévotion, et nous-mêmes, en ce moment-ci, nous perdons notre temps, voulez-vous me dire à quoi, si ce n'est pas à leur procurer du bien-être ? Serrons- nous donc un peu les coudes pour résister à l'envahissement parce que, du jour où nous serons dépouillés, nous les bienfaiteurs, c'est triste à dire, mais ce ne sont pas les pauvres enrichis de nos dons, qui nous ferons l'aumône. Maintenant excusez-moi, je me sauve, j'ai une robe à essayer.

DES MOULINARDS.

Moi aussi.

LA COMMANDANTE, même jea.

Et puis laissons reposer cette excellente madame Durieu- (a madame Roche). Veuez-vous, madame?

LA MARQUISE, à ea fliie.

Tu viens, Suzanne ?

• SUZANNE

Je reste.

MADAME ROCHE

C'est ça. Vous nous excuserez près de madame Durieu. (a la marquise.) Tout de môme, aujourd'hui, nous n'avons pas travaillé bien sérieusement?

LA MARQUISE

Ça ne fait rien. Nous avons toujours remué de grandes idées, (a des Mouiinards.) Monslcur le député nous accompagne?

DES MOULINARDS.

Veuillez m'excuser, j'ai un professeur qui m'attend.

LA MARQUISE

L' allemand ? L'anglais ?

DES MOULINARDS.

Non. La savate.

LA MARQUISE

Charmant !

Page 1