‹ Les deux noblesses: comédie en trois actesChapitre 61 sur 89 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Oui. A vous je ne m'en cacherai pas. Voilà trop longtemps que je souffre de la situation respective où nous sommes, et pour y mettre un terme je m'en yais.

BRIÇAY.

Déserter! Ce n'est toujours pas le moyen d'arranger le* choses?

HENRI

Elles ne sont pas arrangeables, vous le savez bien. Tout est contre nous. Les dernières tentatives de madame Durieu auprès du marquis et de mon père ont encore échoué... D'ailleurs, suis-je digne de Suzanne ? par instants je me le demande, à tel point je trouve qu'elle m'est supérieure !

BRIÇAY.

C'est une créature d'élite !

HENRI

Elle a toutes les qualités de la classe à laquelle j'appartiens, et moi... je n'ai guère que les défauts de la sienne I

BRIÇAY.

Vous l'aimez toujours?

HENRI

Certes! Mais comme on aime quand c'est sans issue. J'ai pour elle une espèce d'amour chronique, fait d'estime, de respect, de tendresse et de résignation... mais fermé à tout espoir, et cela devient cruel en se prolongeant I Je suis à. bout.

BRIÇAY.

Déjà?

ÎOi LES DEUX NOBLESSES.

HENRI

Pas à bout de mon courage et de mon cœur. Ah! non ! mais à bout de ma patience et de mon sang-froid I comprenez-vous ? Je ne me sens plus maître de moi en face de mon père. Chaque jour qui s'écoule creuse entre nous un fossé plus grand, et j'ai peur à toute minute d'un éclat, de je ne sais quoi d'irréparable entre lui et moi, dont j'aurai après la responsabilité et le regret !

DRIÇAY,

Votre mère ?

HENRI

Maman c'est mon père, elle ne pense que par lui, et ils se tiennent !

BRIÇAY.

En ce cas, vous avez raison, il faut vous éloigner.

HENRI

Sans compter que je n'ai pas le droit d'éterniser tout seul une situation dont nous sommes deux à souffrir : cette jeune fille et moi. Je dois songer à Suzanne qui ne songe pas assez à elle-même. Loin de moi la pensée de lui rendre sa parole ! j'y tiens trop ! Mais néanmoins mon absence, pour elle comme pour moi, sera une espèce d'arrêt, d'apaisement, pendant lequel nous éprouverons mieux chacun la réelle vitalité de l'engagement que nous avons pris.

BRIÇAY.

Doutez-vous d'elle une fois qu'elle sera aux prises avec Téloignement et le temps?

HENRI

Non. Pas plus que de moi. El si nous savons tous deux

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