ACTE PREMIER
ROCHE
Toute ma vie. A rinstant, pendant que tu lisais, elle a défilé devant moi.
HENRÎ.
Eh bien, ça n'était pas désagréable ce qui défilait?
ROCHE
Je te parle de ma vraie vie. Pas seulement celle de la biographie, Tautre, celle qu'on ne mentionne pas dans le Panthéorif la vie de déboires et de luttes avant d*en arriver où j'en suis.
HENRI
Oui. Mais tu y es, arrivé I C'est le principal. Tu n'as pas lieu de te plaindre, j'imagine?
ROCHE
Ah Dieu non! J'ai la meilleure des femmes, un bon fils...
Unique, tu peux le direl Avec cela une colossale fortune...
ROCHE
Et la santé. Vraiment, je suis stupéfait de mon bonheur, au point de croire... (se reprenant.) Mais non, j'ai tort.
HENRI
Dis tout de même.
ROCHE
Au point de croire par instants que ce bonheur ne durera pas et que je le paierai cher.
PENRI.
Bon! Est-ce que tu deviendrais pessimiste? Ce n'est pas ton affaire, tu sais; ça ne va qu'aux ratés.
iVOCHE. m
Tu as raison. Et puis, franchement, il n'y a pas lieu aujourd'hui de voir les choses en noir. Arrive ici. Je viens de regarder les chiffres de cette année. Nous ne sommes qu'au début de juin, et nous avons déjà un total de dix-neuf cent mille francs de bénéfice, (aycc mélancolie.) Que d'argent !
HENRI
Deux cent mille de plus que Tannée dernière à pareille époque... Ce n'est pas mal.
ROCHE
Ah! tu ne seras pas un monsieur difficile à marier, je t'en réponds. Tu n'auras qu'à te montrer, on te trouvera de ^
beaux yeux. Mais ne t'inquiète pas, je suis là, et je sais ce qu'il te faut.
HENRI
Moi aussi.
ROCHE
Une douce et brave jeune fille... jolie, je n'y vois pas d'inconvénients...
HENRI
Moi, je n'y tiens pas. Non, pas jolie. Mais belle. Je la veux belle ou rien, pas de milieu. ^
HOCHE
Tu as de l'ambition.