‹ Les deux noblesses: comédie en trois actesChapitre 8 sur 89 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

HENRI

C*est dans mes moyens. Tu as commencé ma future, achève-la.

ROCUE.

Eh bien, je te dis, une belle et honnête fille de notre monde?

HENRI

Tu tiens absolument à ce qu'elle soit de notre monde?

ROCHE

Sans doute. Gomme ta mère.

Alors, on n'en trouvera pas?

ROCHE

Si, je la chercherai.

HENRI, appuyant aur le nous.

Nous la chercherons.

ROCHE

Bien entendu. Le mariage ne te répugne pas?

HENRI

Moi? Au contraire.

ROCHE

Tant mieux. (Avec pia» d'intimité.) Et puisquo nous sommes sur ce chapitre et que nous envisageons l'avenir, il y a une question que je n'ai jamais encore osé aborder avec toi, et sur laquelle j'aimerais pourtant bien être fixé.

HENRI

Parle.

ROCHE

Quand j'aurai disparu, que tu sois marié ou non, garderastu la direction de la maison Roche?

HENRI

Qu'est-ce qui peut te faire croire que je ne veuille pas la conserver?

ROCHE

Rien. Comprends-moi. Je n'ai jamais supposé...

HENRI

Tu ne supposes pas, mais tu crains, ce qui est pire. Si tu as quelque reproche à m'adresser...

ROCHE

Aucun. Me permettras-tu seulement de te parler à cœur ouvert?

HENRI

Je t'en prie.

ROCHE

Oui, tu es un fils excellent, tu m'aides, tu prends ta grande part de mes travaux, et je n'ai que des éloges à te faire.

HENRI

Tenons-nous en là. Qu'est-ce qu'il te faut de plus?

ROCHE

Que tu sois heureux,

HENRI

Je le suis.

ROCHE

Pas entièrement.

ÀGT£ PREMIER. 11

HENRI

Nous sommes quelques millions comme ça. Toi, qui proclamais ton bonheur à la minute, es-tu complètement heureux?

ROCHE

Non.

Tu vois bien.

ROCHE

Parce que je suis père et que je me tourmente pour toi. J'ai besoin d'être rassuré. Je voudrais, une bonne fois, tenir de ta bouche que tu es content de ton sort et de ta situation sociale, qu'il n'y a pas en toi le plus petit sentiment d'envie, ou de regret...

HENRI

Regret de quoi? Envie de quoi? Nous avons tout ce qui s'acquiert.

ROCHE

Nous avons davantage. Mais je m'explique. Je m'imagine souvent, peut-être à tort, que tout ce genre de travail et ces études si spéciales te sont à charge, que l'industrie scientifique ne te prend pas... seulement, qu'étant merveilleusement doué tu t'en tires tout de même très bien, mais plus en surface qu'avec une réelle conviction, si j'osaisje dirais un vilain mot, je dirais : en amateur.

HENRI, piqué.

Bien.

En amateur intelligent et appliqué, parbleu ! mais sans y

mettre le meilleur de ton esprit, de ton énergie et de ton âme. Est-ce vrai?

HENRI

Quelle drôle de conversation! Est-ce que je me plains?

ROCHE

Non, et c'est bien ce qui m'inquiète. Je te connais à fond. Tu es à la fois une nature aimable, tendre, facile, et puis orgueilleuse, autoritaire et très emportée. Aussi, quand je devine que tu as des ennuis, je n'aime pas te voir tranquille comme un mouton. Fâche-» toi vite, allons? Je vais essayer de te mettre sur la voie. Tu t'ennuies ici?

HENRI

Rarement,

ROCHE

C'est-à-dire quelquefois. Voilà ce que c'est que de t'avoir fait faire tes études à Paris ! Aujourd'hui tu souffres de ne pas Thabiter.

HENRI

Ça m'est absolument égal, et je me plais très bien en province. Où veux-tu en venir?

ROCHE

A savoir ce que tu as. Tu as quelque chose.

HENRI

Je vais te le dire. Eh bien, — comment t'exprimer cela? — il y a des jours où je suis en proie à une vague répugnance...

ROCHE

Répugnance de quoi?

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