‹ Les deux noblesses: comédie en trois actesChapitre 9 sur 89 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

HENRI

De ce que je suis, de ma personnalité.

ROCHE

Oh!

HENRI

ïl me semble en effet que je n'étais pas né pour les puits, pour les usines, pour l'industrie... que j'étais plutôt fait...

Il cherche.

ROCHE

Pour ne rien faire?

HENRI

C'est possible. Ou, du moins, pour faire autre chose. Oui, quand je traverse les magasins, quand je suis aux machines, sans doute, cela m'intéresse, mais il y a en moi un instinct qui renâcle, qui proteste. J'ai comme un haut-le-cœur moral.

ROCHE

Tout ça, mon cher Henri, ce sont des manières de vapeurs sentimentales qu'il faut chasser, sans quoi tu perdras le goût du travail. Et le travail, c'est la grande loi. Si j'ai acquis cette grosse réputation industrielle que tu partages avec moi et dont tu ne me parais pas assez lier, si tu es riche à millions, c'est parce que j'ai travaillé, tout bonnement... sans haut-lecœur moral ! Et parti de si bas ! (Henri commence & manifester de

l'agacement.) Car tcs grauds-parents étaient de petites gens, je te l'ai dit, des ouvriers. Nous nous appelons Roche, tout court.

HENRI

Je le sais. Tu me le répètes sans cesse!

ROCHE

Mais je le fais exprès! Certes, je suis fier de mes parents et de leur condition modeste. Surtout de cela.

HENRI

Orgueilleux!

ROCHE

Rougirais-tu de ces braves gens?

HENRI

Non. Mais...

ROCHE

Mais quoi?

HENRI

Il ne faudrait pas pousser ça trop loin. Parce que si on m'avait donné à choisir, j'aurais peut-être préféré pour eux autre chose que la condition d'ouvrier. Et toi aussi.

ROCHE

Je n'en sais rien. Et qu'est-ce que tu aurais préféré? Qu'ils fussent ducs, princes?

Hé!

ROCHE

Gomment! Tu en es là? Un titre, ça ^impressionne à ce point?

HENRI

Ça ne m'impressionne pas quand ce sont les autres qui le portent, mais si c'était moi ça ne me serait pas désagréable.

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