‹ Les deux PhilibertChapitre 12 sur 82 · ACTE I , SCENE VI. i · texte numérisé non relu

ACTE I , SCENE VI. i

CLAIRVILLE

J'ose me donner ce tilre. Par mes faibles talens , je suis l'âme des fêtes et des soirées que donne madame Dervigny ; par mon caractère, ma conduite et un certain usage du monde, j'ai mérité sa confiance et celle de son gendre.

PHILIBERT aine.

Quel homme est-ce que M. Duparc ?

CLAIRYILLE.

Un très-honnête homme , qui, après avoir été vingt ans notaire à Paris , a conserve une telle passion pour les affaires, que dans la crainle de s'ennuyer , il s'est fait l'intendant do deux, ou trois de ses anciens cliens , entr'autres du duc de Mircour , un de mes écoliiM's , qui vient d'être nommé ml'iistre. Madame Dervigny , aussi bonne femme que son gendre est bon homme , se fait remarciuer par sa tendresse pour sa petite-fine , (|u'e!le aurait gâtée si celte jeune personne n'eût été douée du plus heui'eux naturel. ]i y a en celle-ci un mélange de naïveté , de raison et d'innocente coquetterie , qui enchante tous ceux, qui la voient. Elle est fort l)ien.

PHILIBERT aillé.

Oui , c'est bien elle ; sans lui avoir jamais parlé , je la reconnais à ce charmant portrait. Ah ! mou cher Clairville !

CLAIRVILLE

Eh bien?

PHILIBERT aîné.

Il y a un mois que, pour la première fois, aux Tuileries , j'ai vu mademoiselle Duparc ; j'avais été frappé de sa beauté ; mais combien je me sentis éuui des soins qu'elle prodiguait à sa bonne grand'mère ! Sans afii^etation , je passai plusieurs fois dans l'allée où elles étaient assises. Elles se levèrent , je les suivis. La vieille femme s'appuyait sur le bras de la jeune fille. Quel échange de doux regards entre elles deux ! Dans ceux de la graud'-mère , c'était... comme une espèce de reconnaissance. Dans ceux de la

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jeune fille , c'était de l'affection , du dévouement , une expression angélique de tendresse filiale. Depuis ce temps , je vais m'asseoir à quelque distance d'elle dans les piomenades qu'elle fréquente. A l'église , derrière un pilier , j'admire sa douce et sincère piété. Au spectacle , je me place dans la galerie au-dessous de la loge qu'elle occupe ; je cherche à saisir quelques mots de son entretien avec son père ou sa bonne maman : je remarque dans ceux qui arrivent jusqu'à moi , de l'esprit , du sens , de la bonté. Je n'ose nie flatter d'en avoir été remarqué ; mais pas un jour ne s'est passé sans que j'eusse le bonheur de la voir.

CLAIRVILTE.

C'est fort intéressant. Il ne faut plus vous demander pourquoi , depuis quelque temps , on vous voit si rarement chez M. Forlis.

PHILIBERT aîné.

Mademoiselle Forlis est aimable et bonne ; je suis touché de l'amitié que son père me témoigne ; mais outre que je ne suis pas assez fat pour croire que l'on songe à moi, c'en est fait , je ne puis aimer que la fille de M. Duparc. Mon cher Clairviile , puis-je compter sur vous?

CLAIRVILLE

Compter sur mol ! Ecoutez , M. Philibert , voilà vingt ans que je fais métier de donner des leçons de musique ; oui , vingt ans. Car je commençai immédiatement après la chute de mon opéra , lequel fut donné un an juste après que j'eus remporté le grand prix de composition musicale.

PHILIBERT aîné.

Au fait , de grâce.

CLAIRVILLE

Je fais fort bien mes affaires. Outre les leçons particulières , j'ai deux collèges et trois pensionnats de jeunes personnes. Or , à quoi dois-je nies succès ? à mon talent d'abord ; quand on a formé presque tous les premiers sujets des théâtres lyriques de Paris et des dépariemens.... ; mais c'est à la régularité de mes mœurs que je dois ramilié des

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