II. — Les Bestialités
Soudain il entendit comme un rire, puis d'autres
Alors il s'écria : « Mes erreurs sont les vôtres,
que savez-vous, ô voix ! »
Mais les cris repartaient plus fort tous à la fois,
claquaient dans le silence assombri de l'espace.
Il sentait tout cela lui couler sur la face
et la nocturne ampleur s'esclaffer ou rugir.
Partout il entendait surgir
les échos de ces bouches sans nombre,
qui semblaient la parole de l'ombre.
C'étaient des chants, c'étaient des cris,
tout son être en vibrait, surpris.
D'où cela venait-il?
— Comme pris de démence,
il vit à ses côtés la basilique immense
agiter tout à coup ses monstres dans la nuit.
Tous se redressaient avec bruit :
les Chimères grondaient dans leurs gangues,
tendaient leurs crocs, tordaient leurs langues ;
les Boucs se cabraient enchaînés,
les Sphynges aux faces exsangues,
tous les Damnés
de.la pierre et du mal, les Empuses, les Cuivres,
rugissaient avec Téclat des cuivres ;
les Basilics dansaient, les Phénix et les Sphinx
se mêlaient à la ronde des Lynx
et des Diables cornus au noir sabot bisulce ;
les Griffons le fixaient d'un œil qui se convulsé,
tout ricanait sans fin.
C'était comme un linceul tendu sur le divin
et la négation de l'espérance entière
par tous ces enchaînés brutaux de la matière,
qui bondissaient à ses côtés
comme le rut sanglant des bestialités.