VI. — La Nl'it Charnelle
Mais tout restait muet dans le gouffre des haines.
Les Dieux, pourquoi les Dieux I les Panses étaient plein
le monde s'endormait gorgé,
dans les esprits le mal était logé,
Et partout sur l'ombre des cœurs aux noirs vertiges,
la Bête étalait ses prestiges,
et dans sa nuit où les sens sont liés,
faisait sonner ses anneaux d'or et ses colliers.
Les hommes au fond de leur antre,
n*avaientplus que ces Dieux jaloux, le Dieu du ventre,
le Dieu de l'Or et la Vénus aux sens lâchés.
Tous, monstrueusement alléchés,
gravissaient les degrés des Temples de Ténèbres.
Leurs Idoles trônaient, funèbres,
et dans les basses profondeurs,
il entendait la voix des Sacrificateurs
et des Scribes maudits, agnostiques et fourbes.
Il voyait les Echines courbes
s'aplatir et baiser le Mensonge à genoux,
et les encens fumaient face aux Démons jaloux,
hissés sur le pavois par la masse brutale.
Oh I c'était bien la Nuit satanique et fatale 1
Alors il se mit à prier.
Le doute semblait le lier
sur le poteau nocturne oia tout ici se brise.
Quoi donc sa Soif d'Amour resterait incomprise !
un trouble douloureux s'emparait de son cœur,
il y sentait monter une sourde rancœur,
un dégoût persistant pour ce troupeau de brutes.
40 DANS LA VILLB
Il sanglolait de voir toutes ces chutes
d'ôtres dans le néant charnel et dans l'instinct.
Oh ! comme en son esprit lui paraissait lointain
le lever de l'Amour sur les cimes du monde !
Il tombait d'une chute profonde
dans le chaos des Deuils et des Illusions ;
son âme se terrait débile et sans rayons,
privée à tout jamais d'attente.
Tout s'enfuyait dans une chute ardente,
comme un nuage noir l'enveloppait de mort.
Il vit alors
l'inanité prolixe de Teffort,
ses réves vains, ses espoirs sans issue,
et la nuit le frappait comme à coups de massue,
rabattait dans son gouffre obscur et son néant.
Et des faces d'efîroi le fixaient en riant,
des voix d'ombre raillaient sa Divine Poursuite,
des monstres infamants se tenaient à sa suite,
et lui tendaient les bras,
semblant lui dire : — Viens avec nous ! tu viendras,
tu es des nôtres !
laisse rire Moloch et trôner le Bœuf Gras
et saigner les Apôtres.
Et d'autres
niaient ses rêves exaltants,
montraient leurs poings, grinçaient des dents,
luxurieux et noirs en leurs faces de gouges.
Du fond des bouges,
des voix lui répétaient : Crache sur le divin !
l'Amour est faux, le juste est fou, l'effort est vain ! »