VII. — La Tentatrice
Et la Ville aux idoles de fange,
}a Ville où tout se vend, la Ville oii tout s'échange,
vint se dressera ses côtés,
lascive et bégayant d'obscures voluptés
de ses lèvres de vice.
Elle se révéla montrant ses jeux factices
et son fard mensonger,
semblant offrir à l'étranger
l'exemple morne de ses hôtes.
11 la vit, satanique, assise dans ses fautes, et la Ville disait : « Regarde, tout est vain I moi seule ici je grise comme un vin et je mets dans les cœurs le délice de vivre. Me combattre, pourquoi? j'assoupis et j'enivre, j'imprègne l'univers d'un suprême parfum. Viens, j'assoupis les sens dans ma liesse profonde, je suis la rose rouge ouverte au flanc du monde.
Aï DAffS LA VILLE
I\'irtoul
je sème les plaisirs, tu prendras à ton jçf^ût
les plus divines fleurs de mon jardin d'ivresse,
je suis belle, et regarde, on me dit que j'engraisse. »»
Un moment il fixa la Ville, obscur t<''moin.
Au loin,
parmi les profondeurs nocturnes, sous les nues,
il discerna comme des formes nues,
qui le fixaient semblables à des yeux ;
et dans l'ombre des soirs bas et mystérieux,
il voyaitcomme un groupe obscène qui saccouple,
le Satyre fourchu et la Sphynge au dos souple...
Mais il chassa cette offre loin de lui.
Alors les voix du mal cessèrent dans la nuit.
VIll. — L'ÉTOILE
Il n'existait plus rien, le monde s'était tu.
Lui seul, plus douloureux mais non pas abattu,
se dressait sur la cime céleste
où toute vérité lumineuse s'atteste.
Le ciel était muet, et comme un cône d'ombre
on voyait la Cité monter dans la nuit sombre,
satanique, et portant ses palais et ses tours.
Lui seul dans cette mort, rêvait Taube des jours,
Taube sereine qui ranime et sauve à tout jamais les hommes de Tabîme. Grave il se demandait dans la paix de ces lieux : Suis-je Celui qui parle au nom sacré de Dieu? par quel Signe vaincrai-je enfin? qu'il se dévoile.
Et voici, tout à coup apparut une Etoile.