IX. — La Prophétie
Mais la Ville lui dit alors dans l'ombre dense :
Va, tous les grands boucs noirs qui tournent en cadence
aux accents langoureux de la flûte du Mal,
ceux qui veulent la Bête et chantent l'animal,
qui vont baisant le Mensonge au derrière,
vivent d'erreur et traînent dans l'ornière
où les Bergers-maudits engraissent leurs troupeaux,
ceux qui prennent la Nuit immense pour drapeau
et se gorgent de fange,
tout le hideux mélange
du bas et du mesquin,
l'Egoïsme pervers au masque de coquin,
le Mensonge à l'œil fourbe et la brute à l'air louche,
ceux qui vont la bave à la bouche,
les attablés de mes festins maudits.
Aï DAlfS LA VILLE
les repus, les bandits,
qui savent mes désirs et caressent mes vices,
ceux que relie à moi la chaîne des complices,
tous li l'appel nocturne de ma voix,
comme de bas Césars hissés sur le pavois,
se dresseront face à ton rêve.
Et coinnie on voit tomber les ramures sans sève
dans le vent des hivers,
sous leurs gestes mauvais et leurs souffles pervers,
tu verras la vigaeur de tes fièvres
et tes chants enflammés s'éteindre sur tes lèvres,
et tes yeux,
pleins du miroitement insondable des cieux,
se clore dans Teiïroi, dans la mort et les haines.
Tes poings seront meurtris par le lourd poids des chat
ton flanc sera troué,
et dans les ombres écroué
comme un bandit funèbre et morne qu'on flagelle,
ton cœur en vain voudra battre de l'aile,
le monde sera sourd ;
et face à la Canaille Impure, au petit jour,
alors que ma grandeur ténébreuse s'avère,
les lâches te feront monter vers le Calvaire,
où sur la nuit terrible et louche des taudis,
sont accrochés tous les rêveurs que je maudis,
toute la chair qui se donne,
tous les Christs que j'abandonne.
augustes, palpitants,
à la meute qui grince des dents,
et qui pour assouvir sa haine et ses scandales,
vient lécher tout le sang qui coule entre les dalles,
et monstrueuse, ayant de la fange à ses pieds,
rire de la douleur de mes Crucifiés.
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