VII
Eg etitränt dans la chambre qu'habitait Nada, à côté de son camarbde Romulus, aü milieu des officiers de Ja réîne, le due fut désagréshlement frappé des gé- Misséments poussés par te pauvre petit être. EL s’apbroché virement dé lui.
su Qu'és-tu, Nadä? lui deianda-t:il,
= Ah! monsidur le. duc, je vous vois enfin! que Dieu bit lbuë! Veiller sûr la reine, je Vous en conjure. Je suis empoisonné : elle doit l'être comfae moi.Qu'onlasoigie, qu’on appelle tous les medecins. Ne souffre-t-elle päs?
«= TU eë fou, on pauvre nain! répliqua le duc ; tu n’es pas empoisonné, et la reine ne l’est pas plus que toi.
«+ Je suis empoisonné, vous dis-je ! et, pour l'amour du ciel, faites donner du secours à la reine, il en est peut-être Ghcüre terhps pour elle, Quant à moi, qu’impôtte!
++ Pourquoi geraistu empoisonhé? pourquoi la réin6 16 sefhit-elle? N'aves-vous pas tous mangé les rémer chbses?
— (l'est le gâteuu de la comtesse de Boissons.
= L6 roi et toutes des daïïtes en ont prib leur part. Fuut lé monde se porte bien: |
— Et Nina, et Zapata, et la comtesse. # Penits se pôrtént-ellés bles aussi ?
= Klles sünt ches 14 reiné, mais elles no plaignent, fà est Vrui, d'une envis de dormir invincible.
we Bt 14 réine?
— La reine également
…s Écoutéz-inoi, je. vous en conjurt; vous n’éties pas 14, vous fie savez pas. Et, si vous y eussiez été, tout celé ne serait pas artivé, j'en suis sûr. Ne perdek pas un instant! que les médecins de la reine soient thändés, les inédeciris dé l'ambassade française, Surtout, ét qu'on, applique un contre-poison vigoureux. Là reine & tjangé uñ lis; cés dames ét moi, nous tioùs él sotmes disputé les miettes; je suis plus petit, plus délicat, j'en suis frappé plus vivement, mais nous
sommes tous morts. Ces poisons d'italie ne pardonnent pas.
Le majordome-mayor se sentit glacé de frayeur. Ge que disait le naïn se rapportait avec les avis qu’il avait recus. Le départ de la comtesse, combiné avec cette collation, ces venins d’outre-monts calculés pour ne produire leur effet qu'après un certain temps, tout se représenta à son imagination en quelques secondes.
— Attends-moi, Nada, s’écria-t-il, je vais te ramener le vieux médecin more de ma maison. Gelui-là nous :dira la vérité. |
Il descendit en courant les degrés, arriva dans la cour, sauta dans le premier carrosse qui se trouva devant lui, se fit conduire d'autorité à son palais sans s'inquiéter du propriétaire, seulement par ce mot magique : « Service du roi! »
Et, un quart d’heure après, il ramenaiït un vieillard à barbe blanche, en costume bizarre, qu'il traînait après lui. Il ne lui laissait pas le temps de marcher.
— Viens, viens, Joseph, je t’en supplie! lui disait-il.
Ce nom de Joseph avait été imposé au More par le père du duc, qui l'avait amené d'Afrique et fait baptiser pour éviter les persécutions du saint-office; mais, au fond de son cœur, Yousouf était resté musulman, et en gardait les croyances comme les habitudes, bien
qu'il affectât de se montrer à l’église assez souvent. IL passait sa vie à Lire, à étudier, dans le palais d’Astorga, et à répandre sur les pauvres les trésors de sa science. Le duc le prétait à ses amis. Il le payait richement pour lui et les pratiques qu’il lui donnait. Yousouf ne recevait jamais rien que de lui seul. I l'aimait comme son fils, il l'avait vu naître, et son admiration pour son mérite ne le cédait qu’à sa tendresse. Bon, charitable comme son maître, il avait les vertus des vrais chrétiens, et nul n'aurait pu croire qu'il ne le fût point. Plusieurs fois, il avait vu le roi et la reine. Son opinion sur l’un et sur l’autre était bien formée. Il avait déclaré dix fois que Charles IT était fou, qu’il ne pouvait vivre, qu’il n'aurait pas d'enfants, et que, quant à la reine, si on ne la tuait pas, elle mourrait de chagrin, de tristesse et de regrets, avant l’âge de quarante ans. Le duc lui avait raconté en peu de mots ce qui se passait. Il le fit entrer dans la chambre de Nada, et, le lui montrant d’un geste plein de sollicitude : — Voilà ce pauvre nain, Yousouf ; je t’en prie, sauvele, si c’est dans la puissance d’un homme de le faire. Le médecin regardait Nada, tâtait son pouls, soulevait ses paupières, palpait son petit corps, et écoutait, pour ainai dire, les douleurs qu’il lui faisait éprouver. — As-tu du courage, mon petit bonhomme ? dit le
médecin: peût-oh barlér devant tb commié 8 ttt étais dë nütré taille?
=— Oui, barlez, Nada ést ün taillañit cœur, et péut tout eñtéhüreé.
— Qu'il réponde iaburd à tés Questions, qu'il ÿ réponde coiime s'il élagissait dé là vie et de là mort.
Ïl l'intértogea &ar la collation de la veille, lui fit ré: pétet ce qui s'était fassé, ce que la réine et lui aÿaietit iiangé, là figure extériéute du gâteau, son Büût paiticuliér, étifin millé détails, après lesquels il réfléchit ün instant. 11 lui éxpliqua ensuite tout ce qü'il éprotivait, : éè qüe devait éprouver la teihé, et aussi lés senoras dé hôïiôr: tout cela était dé la plus scupilleuse éxactitüde.
— Maintenant, tjouta-t-il, te trué ous à dit Nada st certain, ils sont tôus efhpoisbhtiôs,
— Mon Diet!
— Oui, mon cliër miattré, ét je contiais le poison.
< Venez donc alors, véné# vite! il faut moïter cliez la reine, il faut là prévenir.
Le savant secoüa la télé avec tristesse.
— ]l est trop tard! murmüta-f-fl.
— Ést-ce bién possible! Éile imourra? on tie peut la sauver? Tu te trompes, Joseph. Elle est bien, je vien de l'entendre rire; ellé ne souffre pas, elleest pleitie de vie.
-“ Elle mourra, et toi aussi, mon pauvre petit homme,
LBS DBUX REINSS 88
tu es victime de ton attachembdf, et œuk qui vdulaiont briser. l'arbre $e sont peu souciésde détruiré l'arbMisseän.
— Hélas! répliqua Nada, les larmes aux Yeux, 4i mort pouvait au moins rachètet sa vie!
«4 Borne petite créature, je ne puis te satitér, mbis jamortirai tes douleurs. Tu 16 souffrirds pas beaucoup! grâce à moi, tu souffriras encore moins. Je veux ue ta moft sbit douce, tu le mérites, tbti pauŸie enfant. Laise sehinoi séulement un quart d'heure trés de ce lit, mot sigheur, ét, Hi vous voulez due je voie la reitië, pré: parez-la à me recevoir. ?
= Ïl faut d'abord qüe l’empoisohneuse sûit arrêtée, ramenée iei ; qu'on lui fasse endurer millé mots !..; Oh! je vais tout dire hu roi!
N laissa Yousdüf avec soû maladé et retourné en téute hâte 4 l’appärtement dé là reine, où fl trouva tout en rumieur: Marie-Louise venait de g'évanoufr ! Eh même tempé, le Comtesse de Pénitz aÿhit été rattiende cher elle dañs uñ état fort alatmañt: Le roi avait fait efhpôrter la reine dans sû chämbre ét l'avdit duttié; Pérgünhe tie Corfiptendit rieñ à ce qui se pässait ét l'it: quiétude était dans tous les curs. |
Le majordome-mayür, sans écoutet lés plaitites et les ävertissements qu'il entendiit de totites patts, s'en alla droit à la chambre royale. Il frappa d'un ton d'att:
torité. La duchesse d’Albuquerque se présenta et lui demanda, pâle comme un linge, ce qui l’amenait dans un pareil moment :
— Le salut de Sa Majesté la reine, duchesse! Dis au roi, je t’en conjure, que je le supplie, sur la vie de la reine, de m'écouter quelques instants.
La duchesse connaissait d’Astorga, elle savait de quelle sérieuse loyauté étaient ses paroles. Elle alla droitau roi, debout près du lit de Marie-Louise, que les médecins entouraient; elle lui répéta ce quete venait d’entendre et ajouta :
— Écoutez-le, sire ; il apporte sûrement quelque lumière, et vous savez qu'on peut se fier à lui.
Le roi suivit la duchesse sans rien dire; il trouva le duc à la porte, et qui, malgré son violent désir, n’en eût pas franchi le seuil, pour ne pas manquer de res. pect à la reine évanouie. En apercevant son maître, il s’agenouilla et prit sa main pour la baiser.
— Sire, dit-il, vous êtes bien malheureux, plus que vous ne le supposez encore, peut-être. Que Votre Majesté me pardonne; mais, en cet instant terrible, je crois lui devoir la vérité.
— Parle, d’Astorga ; que sais-tu ?
— Sire, les menaces sont exécutées, les choses prédites arrivent...
— Eh bien ?
— La reine est empoisonnée, sire !
Le roi poussa un gémissement et s'appuya auprès 4e Ja porte.
— D'où le sais-tu ? :
— Du pauvre Nada, mourant pour avoir partagé le fatal gâteau apporté par cette abominable femme. Qu'il plaise à Votre Majesté d’ordonner qu’on coure après elle et qu’on la ramène.
— ]l faut sauver la reine.
— Oui, sire, il faut sauver la reine, et j’ai ici pour cela, mon savant Yousouf. Il n’attend que vos ordres pour se présenter; mais il ne faut pas que l’empoisonneuse s'échappe ; au nom du ciel, sire, permettez qu’on se mette à sa poursuite.
— Tout ce que tu voudras, d'Astorga; mais d’abord Yousouf.
— Ïl est là.
— Qu'il vienne !
— Un ordre, sire, contre cette misérable.
— Voici mon anneau, je n’ai pas la force d'écrire; va! qu'on t'obéisse comme à moi-même. Voici justement le duc de Medina-Celi, c’est à lui de te seconder. Yousouf, la moitié de l'Espagne l’appartient si tu sauves la reine! oo
Le grand docteur s’approcha de la malade, Aussitôt, lesautres médecins s'écartèrent avec respect; sa science était bien connue, ils lui laissèrent prendre la première place. Il examina le visage, les mains, la poitrine de Marie-Louise, écouta sa respiration et les battements de son cœur. Le roi était à côté de lui, et le regardait dans une anxiété terrible. .
= $i lo roi veut donner l’ordre que l'on fasse sortir d'ici toutes les femmes, excepté madame la duchesse d’Albuquerque, tous les hommes, excepté les médecins et Le révérend père, je donnerai mon avis sur l’état de la reine.
Le roi fit un geste, et bientôt il n’y eut plus autour de lui que les personnes désignées.
— Eh bien ? demanda le roi d’une voix entrecoupée de sadnglots.
— Sire, messieurs, l'état de Sa Majesté la reine n’est pas douteux pour moi, elle a été empoisonnée. N’estce pas votre avis ?
Tous baissérent là tête en signe d’assentiment,
ws Un remède, un contre-poison!.. Hâte-toi, Yoüsouf} Tout ce que tu voudras; si tu la sauves.
-u fire; vous me demantez ce que les forces hu- Maities ne peuvent faire. Le poison employé est un poison italien, sans contre-poison conau, le poison
LES DBUX REINES. 87
des Borgià, appürté eh France per Côme Ruggieri, sous Catherine de Médicis, perdu une première fois, retrouvé par le chevalier dB Sainte-(foix, et dünnie par lui à madame de Brinvilliers, laquelle l’a comritinique à la Voisin. Et vous domprenes maintenant comiment nous le retrouvons iel, Ce poison, jé le répète, est datis contre-poison connu.
Le roi pousss un gémissernent. | La teiné était immobile, comrhe iorté, le teiht vit: laté, l'œil buvert et fixe, le bout des doigts crispé! élle séinbldif dürmir d'uri sothtiéil pleih de rôvés terriblés. On avait éssayé toits les foyers connus de là rappelér
à 618, tous avaient échoüé.
= Nous né pouvühs éäuver la réine, messieurs, vous ei demëurez d'accord; ceberidant noùB poüvoïé proc longer sà vie, älléger ses souffrances, et les lui rendre plus faciles # stbporter. Si le roi veut me lxissé? libre, soùs ma tefpotisabilité, 4e cé que jé vais entréprèndte, je promets que 14 reitië viva huit jouts, à péti ptés, et que £a rhôrt ééFa douce côntimié Î4 fi d’ün betti jout. Que Votre Majesté prononce maintenant. J'ai dit inon opinion.
Le roi interrogeà sttécessivement les cinq autres triédecins présénts à cetté consultation ; tous confirihérent l'avis dt More. Il leur demanda s'ils abandénüaient
la reine et s’ils laissaient leur confrère libre d'exécuter ses ordonnances, se disposant à l'aider de leurs conseils et de leur assistance. Ils répondirent unanimement qu’ils y consentaient.
— Faites donc comme vous le ugerez à propos, Yousouf, et pensez que vous avez entre vos mains plus que la vie de votre roi.
Charles IT semblait avoir repris, en ce moment, ses facultés. Son œil brillait d'intelligence, sa parole brève portait avec elle le commandement et la soumissiorr. Son amour pour la reine s'était réveillé dans toute sa force; il eût donné sa couronne pour que cette femme chérie lui fût conservée. IL suivait les mouvements du médecin ; il le vit chercher une petite trousse qu'il avait sur lui, y prendre plusieurs instruments et faire, avec une lancette d'or, une incision au bras de la reine. Quelques gouttes de sang en jaillirent, le savant les recueillit immédiatement, il en examina la couleur, sembla les peser, les flaira longtemps, les flaira encore, puis il releva la tête et dit au roi avec un accent de joie :
— Sire, je la sauverai peut-être.
— 0 mon Dieu! s'écria le monarque, faites ce miracle: et jmais une église n’aura été. aussi riche, aussi belle que celle que je vous ferai bâtiren reconnaissance.
La physionomie du vieillard avait comme une auréole, un rayon de la Divinité semblait descendu sur son front. Il tenait le vase sous le bras de la malade et laissait tomber une à une les gouttes de sang qui sortaient de sa veine.
— Yousouf, Yousouf! s'écria le roi impatient, vat-elle reprendre ses sens?
— Oui, sire, dans quelques minutes.
— Et tu la sauveras ?
— Je n'ai l'ai point promis, sire; j'ai dit que cela était peut-être possible. Tout est entre les mains de Dieu. Il se présente un symptôme favorable dans la couleur du sang. Si ce symptôme ne se dément pas, on peut espérer que le venin n’a pas encore pénétré jusqu’au cœur ; c’est ce que je saurai tout à l'heure.
Le san tombait toujours. La reine fit un mouvement presque imperceptible. Le roi poussa un cri de joie. Yousouf fit un geste de la main pour demander silence.
— Le moindre bruit peut étre fatal, sire. Elle va se réveiller dans un état de faiblesse dont rien ne saurait
90 LES DEUX RBINSS.
vous donner l’idée, Garden que Sa Majesté ne vous voie d’abord; veuillez vous retirer derrière madarhela duchesse.
Le roi obéit, bien à contre-cœur ; lorsque le médecin crut la saignée suffisante, il ferma la veine, et attendit quelques minutes. Marie-Louise remua très-distinctement, puis elle poussa un séupir prefonid et tächä de se relever sur les coussins; élle retonba de faiblesse.
— Qu'est-il arrivé ? où suis-je? fit-elle.
= Votre Majesté s’est trouvée un peu incommodée, madame; on l’a transportéé dans s6n lit.
as Ah! oui, je sais... hier:.. la futique….
— Oui, madame, justement.
a Où est le roi?
+ Il est Là, tout près:
— Et...?
Elle chercha autour d'elle.
— Je ne vois aucune dés personnes de ma maison.
— Pardonnez-moi, madame, reprit madame d’Albudüerque, me voici. |
= Ah! oui, c’est bieh. Et... et... Nada?
Une faible rougeur se montra sut sés joues pâle, en prononçant ce mensonge. |
= Nada est fatigué également ; je lui ai ordonné de gärder lu éhambre.
LES DEUX REINBS sn
Elle regarda celui qui parlait et le réconnut,.
— Vous êtes le savant médecin du due d’Astorga, je me rappelle votre visage; je suis done bien malade, qu'on vous a fait appeler?
— Madame, je me trouvais par hasard au palais; jy étais venu pour un domestique de Sa Majesté le roi. Mon maître m’a rencontré et m'a conduit ioi lorsque
“Votre Majesté a perdu connaissance ; c’est moi qui vous ai soignée,
— Pourquoi le roi n’approchestil pas? il n'éft poirit malade, j'espère?
— Mo voici, Louise. J’attendais ton réveil; tu n6 souffres pas, n'est-il pas vrai?
« Un peu de la têté, un peu di bras; de l’emban ras, pas davantage.
Le roi regarda Yousouf, qui hochaït lu tôte. |
— Gela doit être ainsi, marmotta-t-il titré ses delts, et bientôt nous verrons lé resté.
Il questionna encote là reine; elle lui répondit d’uné voix mourante, se plaignatit d’avoir les membres brisés et de n6 plus se sentir vivre,
s. J6 voudrais dormir et the reposer: il me semblé que ma pensée même S'arrête et qu'éllé no fatigié, tout est figé en mbi.
C'est en effet 1à le symptôme de de poison terrible?
je l’ai éprouvé, bien que j'aie été sauvée avec le remède de mon sorcier, le seul qui ait ce contre-poison. Il est ignoré; et e ne crois pas que personne, excepté lui, en possède; on sait qu’il n’en donnait qu’à bon escient, et, malheureusement pour la reine d'Espagne, le médecin more ne le connaissait pas.
Ge poison est composé de plusieurs essences, il se donne à des doses différentes qui produisent différents effets. On peut vous tuer sur-le-champ commeun Coup de foudre, ou vous laisser vivre quinze jours, six mois,
an, dix ans; seulement, une fois que vous en avez pris, il faut que vous en mouriez à l’époque où vous en devez mourir, rien ne vous sauvera. On ne souffre pas beaucoup. La vie se suspend d’abord, puis s’arrête, c’est un engourdissement ; lorsqu'il a. gagné le cœur ou le cerveau, tout est dit.
Yousouf s’aperçut bientôt qu'il avait donné au roi un espoir impossible à réaliser ; il ne le lui dit pas néanmoins sur-le-champ et le laissa ave: cette illusion ; il la perdrait assez tôt.
Le médecin more donna à Marie-Louise plusieurs potions, à la suite desquelles le sommeil vint, elle s’endormit profondément. Yousouf insista pour faire retirer le peu de gens qui restaient près d'elle, pour faire coucher le roi, et ne garder que Louison seulement avec
lui; on dressa des Ifts de camp pour les médecins dans la pièce voisine ; les dames se retirèrent, excepté la camaréra-mayor, qui s'installa dans un cabinet.
Louison sanglotait; le médecin n’essaya point de la consoler, il savait qu’elle perdait tout en perdant sa maîtresse et que rien ne pouvait empêcher ce malheur.
— Vous croyez qu’elle n’en reviendra pas, Yousouf ? vous en êtes bien sûr?
— Très-sûr, ma pauvre demoiselle, que trop sûr, et c’est grand dommage. Une si belle et si bonne reine! une si jeune créature !
— Oh! lhorrible, l’exécrable femme! avoir eu le courage de tuer une reine qui lui montrait tant de bonté! Si je la tenais, je l’étranglerais de mes propres mains.
Il n’y avait aucuns soins à donner à cette étrange maladie. La présence seule d’Yousouf était indispen sable; il devait surveiller le sommeil de la malade, en diriger les effets ; il devait lui donner:à intervalles égaux certains élixirs, dont dépendait la conservation et la prolongation de sa vie, si toutefois c'était vivre que de vivre ainsi.
Au point du jour, on gratta à la porte; Louison ou vrit. Le duc d’Astorga entra, plus défait et plus pâle qu'un spectre. Il avait passé la nuit à attendre quelques
sà LES DEUX RBINES,
nouvelles, après avoir fait expédier les ordres pour l'arrestation de madame de Soissons. Il n’avait pas agé se présenter plus tôt: mais il se mourait, il n'y tenait plus, il voulait tout savoir.
— Hélas! monsieur le duc, regardez, dit Louison en s'écartant pour lui laisser apercevoir la reine, ce qui eût fait jater les hants cris à la camarera-mayor ; mais, en un moment semblable, aucun de ceux qui étaient là ne gongsait à l'étiquette.
Mortal mon Dieu, morte! s'écria-t-il.
— Non! pas morte, mais endormie; c'est yn spectacle à fendre le cœur.
Ne fit deux pas en avant et s'arrêta à la contempler ;
n’eût pas osé aller plus loin, son respect était plus ton que son amour et que son désespoir. Ni le médeçin ni Louison ne lui parlèrent plus. Il s'agenouilla et pria en silence, la tête basse et les mains jointes. On a su depuis qu’il avait fait le vœu, pour racheter cette existence si chère, de donner tout son bien aux pauvres et de s’en aller nu-pieds en terre sainte, pour y prendre l’habit d’hospitalier et passer le reste de ses jours à soigner les malades. Cet homme avait tous les dévouements.
e lendemain, de trés-bonne heure, le roi revint ; d'Astorga était depuis longtemps retourné à son poste
LES DEUX RKINES. a
d’étiquette. La reine dormait toujours; les médecins annoncérent qu'elle ne tarderait pas à se réveiller, qne le roi et les personnes indispensables la verraient, mais qu'il lui fallait le plus grand repos, Charles II semblait aussi mourant qu’elle. Il 8 "assit auprès de son lit, prit sa main, la baisa, fixa son reg ard gur çe visage inanimé et ne l’en détourna plus. Il ne répondit à aucune question, n’écouta rien, refusa toute nourriture, jusqu’à ce que la reine ouvrit les yeux ef parût se réveiller d’un long sommeil.
Elle eut quelque peine à rappeler ses esprits, il lui semblait renaitre, sans cependant pouvoir faire un mouvement. Elle sourit ay roi, qui s’en aperçut et n'eut pas la force de Iui parler: puis elle chgrçha encore par l3 chambre sans trouver çe qu'elle cherchait; son visage exprima la contrariété, mais elle ne se plaignit pas
Juste, en ge moment, le duc d’Astorga se montra à
la porte ouverte, et salua, pour indiquer qu'il avait yne communication à faire, Le premier médecin, effrayé de la torpeur du roi et sachant de quel ministère était chargé le majordome-mayor, dit tout bas: | — Sire, regardes ; M. le duc d’Astorga atiend vas ordres ; il a sans doute à vaus donner quelque réponse
au sujet de la comtesse de Soissons ; ne lui voulezvous point parler
— Me la rendra-t-il? reprit Charles Il en montrant la reine, dont les yeux s'étaient tournés vers le duc d’Astorga et ne le quittaient plus.
— Recevez-le, sire, recevez M. d’Astorga ; ne vous laissez point abattre. Dieu fera peut-être un miracle ; soyez préparé à ce bienfait.
Le roi se souleva comme un automate et s’en alla dans la chambre d'attente. Le duc lui demanda d’abord comment se trouvait la reine.
— Elle ne vit plus qu’à moitié, mon pauvre d’Astorga, et moi, je crois bien que je mourrai avec elle. Que veux-tu de moi?
— Sire, l'ambassadeur de France est aux portes du palais avec une attitude assez hostile. Il demande à voir la reine et assure qu’il ne quittera pas la place sans lui avoir parlé; il a des ordres de son maître.
— Ce n'est point la coutume, en Espagne, que les étrangers entrent chez la reine alors qu'elle est au lit. Faites-le dire à l'ambassadeur de Louis XIV, afin qu'il ne perde pas son temps à attendre.
— Sire, les différents messagers sont revenus ; ils ont été sur toutes les routes, à toutes les postes, dans toutes les auberges, on n’a aucune nouvelle de la com-
tesse de Soissons; èlle n'a passé par aucune route; les relais préparés sur celle de Barcelone y sont toujours ; elle est évidemment cachée sous quelque déguisement. Si elle n’était pas coupable, elle se montrerait. Mais, sire, il faut absolument que cette femme se trouve, il le faut!
— Hélas! duc, elle m'a pris la joie de ma vie, et la vengeance ne pourra me la rendre ; mais je partage ton impatience; cette empoisonneuse doit nous étre livrée ; ne laisse pas de repos aux agents qu'ils ne l’aient découverte. Va! et laisse-moi.
ll retourna près de la reine, et le duc sortit pour rendre réponse à l’ambassadeur et donner de nouveaux ordres au sujet de la comtesse. Il semblait un véritable enragé.
Le duc allait de l’antichambre de la reine au lit de Nada, dont la vie s’éteignait doucement, mais qui avait quelquefois des accès de révolte en songeant à sa maîtresse et au malheur qui la frappait. Son unique désir était de la voir encore, de baiser sa main et de mourir à ses pieds comme un chien fidèle. 11 suppliait le docteur et d’Astorga de le lui permettre; il promettait de ne pas montrer un visage triste, pour ne pas frapper la reine.
— Elle ne verra pas que je meurs, elle croira que je dors.
On résistait à sa prière, à ses désirs, et c'était pour lui un grand chagrin. La Providence lui réservait cependant ce bonheur qu'il ambitionnaïit ; dans la soirée, Marie-Louise reprit un peu de force et tout à coup demanda son naïn.
— ]l est un peu incommodé, madame, répondit Yousouf.
— Ne peut-il venir? est-il à l’agonie?
On affecta de rire et de plaisanter sur l’agonie de Nada, et le médecin assura qu’il avait une indigestion pour avoir trop mangé de tartelettes françaises.
La reine insista pour le voir elle avait demandé aussi la comtesse de Penitz, Zapata et Nina, ainsi que plusieurs autres de ses femmes. On n'avait pas voulu lui avouer l’état des premières, afin de ne pas l'alarmer ; on en fit une mesure générale et on leur défendit à toutes de paraître. Excepté Louison et sa compagne française, la reïne n’en avait vu aucune autour d'elle depuis qu'elle était malade; on persista dans la mesure, mais on ne crut pas devoir lui refuser Nada; le dévouement : et le courage du petit homme le rendaient capable de cacher ses maux et de sourire à sa souveraine au moment de mourir.
L duc monta chez lui, chargé de le prévenir, et le trouva dans un assoupissement plus profond; cependant
LES DEUX REINESs 99
son cœur était fort et vaillant. Il entendit trèssbien ce qui lui fut demandé et répondit à d’Astorga qu'il était prêt à descendre, que c'était le plüs ardent de ses vœux.
4 ]l faudra me parer, m’habiller, me donner un cordial; Yousouf ne devra pas craindre de le forcer : que : m’imipotte de mourir plus tôt! Je l’âurai revue et je lui aurai peut-être donné un peu dé courage, uni peu de distraction: Disposer de moi, mongeigneur, j'attends le médecin, :
— Cher petit home! répliqua lé duc les larries aux veux, Ah! si bien d’autres avaient ton cœur!
Yousoüf morta bientôt. Il prit Nada comme une poupée, le farda, l'arranges de telle façon, qu’à un peu dé pâleur prés, il semblait de la méilleure santé. Il lui fit avaler quelques gouttes d'un élisir réeonfortant et tdi fécomifandü surtout dé la gaieté.
4 Fu tiontes à uf dssdtit, mon brave nain; de là ré* solutiou, du cotrage, et Dieu te protégera. Tu aimes ta tialtresse, éllé vetit te voir, tu peux lui ôtér des craintes qué éertaiñement elle a conçues! c’est à ton dévouement de fes lui épargnet. Nous comptons sur toi,
— Et vous y pouvez compter, je vous lé jure ! M, le dut le sait bien.
Loréqu'il fut prêt, on l'erpoïta; pouf ré pus le fatis guer inutilement. Le laquais le post par terre, à la porte
de la chambre de la reine. Il eut un instant de faiblesse, on lui donna une nouvelle dose.
— Maintenant, je suis disposé, dit-il; entrons.
On ouvrit et Nada parut, Nada frais, dispos, à la mine éveillée comme dans ses beaux jours; il entra en sautant et courut au lit de la reine, qui l’attendait en lui tendant les mains et le sourire aux lèvres.
—Ah!mon pauvre nain, jesuis contente dete voir. Tu n’es donc pas bien malade? Tu as bonne mine; viens ici.
ll était près d’elle, elle l’attira et le regarda fixement. Son visage se rembrunit, elle comprit tout. Il n’est pas de coup d'œil plus perçant que celui d’un malade auquel on veut cacher la vérité.
— Ah! poursuivit-elle, je comprends! Reste prés de moi, tant que tu pourras, je veux te parler.
Le roi semblait plus content; le visage de la reine s’animait un peu. Nada commença une conversation avec Romulus, avec Yousouf, avec tous ceux qui les entouraient. Jamais il ne fut plus étincelant d'esprit et plus drôlement comique. Le médecin n’en revenait pas.
— C'est un héros que cet embryon, dit-il plus tard; il a l’âme d’un demi-dieu dans ce corps chétif. Il devait s'imposer une force de volonté à briser des mon tagnes ; car le propre de cet affreux poison est de figer en même temps le sang et l'intelligence.
Nada resta ainsi plus d’une heure; la reine sourit plusieurs fois, c'était beaucoup. Elle regardait ensuite ie pauvre nain avec tristesse, et l’approchait d’elle. Ses mains se promenaient sur sa chevelure rare et grisonnante, et tout à coup elle dit :
— Je voudrais rester seule un instant avec Nada et Louison ; cela se peut-il? |
— Tu m'éloignes, Louise? répliqua le roi d’un ton de reproche.
— Tu es fatigué, il faut te reposer, Charles ; va dormir, tu reviendras ensuite. Moi, je ne dois pas dormir, au contraire, je dors trop. Nada et Louison vont m'aider à composer une lettre pour mon père. Nada est mon secrétaire, tu le sais.
Le médecin fit signe au roi qu’il ne fallait pas la contrarier; celui-ci se leva alors avec peine, embrassa la reine à plusieurs reprises, et se retira. En passant par la première salle, il trouva d’Astorga immobile à son poste, et lui fitun signe de désolation.
— Tu restes là, due? tu ne vas pas à ton palais ?
— Tant que Sa Majesté la reine est en danger, la place de son majordome-mayor est là auprès d'elle, sire, et je n’en sortirai ni jour ni nuit.
Le roi passa; il n’était point jaloux, hors dans ses accès de rage, et la passion de d’Astorga pour ER
où LÉS DÉÜX RPINES:
réinié lui bäraisbait utile Choke établié de fätün à tie chôtiüer pérsonrié, dépuis tätit d'années qü’ellé existait à l’état làtent : d’Hilleurs, devant ce lit &e mort, les passions Be taisaient pour faite place 4 la douleur.
— Merenvoyez-vous, madame ? dettiända le médetin more.
— Non, Yousouf, au contralté, je püis parléf de: vant Vous, vous m'aiderez ausêi : j'âi ui derniet service à vous demander. |
— Un dettiér!
— Oüi, Yousouf, tin dernier. jé sens fort bien té que j'éprouvé;, Vous ine faites exister par votre drt, mais là viè m'écliäppe: bientôt je ne serài plus qu’un cadavre. Mon pauvre Nada, noùs sommes empoisünnés tous Îes deu, et ces paüvrés femmes qu’on mé cache, aussi.
— Nôn, madämie, vous votié trémpez.
— je ne rie tromye bas, tu ne me trompes pas non plus, Nada. Je vois, jé sais tout et le temps tious presse. Tu fäis des efforts héroïques, tu éxiges de ta petite natüre plüs qu’elle ñe peut donnét, mon pauvre nain, ét jé mé hâte de te remercie, de te dire adieu, pour qué tü l'en ailles ensuite mourir tranquille. Tu as été pour moi un bon et fidèle serviteur; jusqu'à la fin, tu me le prouves. Nous nous retrouverons bientôt, sois ranquille, ét ñous ne nous séparerons plus.
— Madamë, ma botte maîtresse, Vous re fender le cœür.
— Ne m'iitetromips Gas, tin enfant: j'ai beudcouÿ à diré ef peu de temps devant moi. Je tie vel pus qu’on répände mon émpoisctinétiient, etitendet-vous? Je vous ôrdore à tous de le nier, etitendez-vous? à toi surtout, Yousoüf, qui feras äutbrité put ta stiencé. Ma mort servirait de prétexte à la guetre, beüt-éthé. J'aime l'Éspagne, je l'ai bien servié et je là servirai Même quand je n'y serai plus. Vous proüïettez de in'obéir ?
— Madame...
— Ïl le faut, jé le veux ; lës volontés des mourañts sont sacréés ét ne se discutent pas ; prométtéz-le.
__ Is étaient autour de so lit, Lotiison ageñouillée, pleurant à sanglots, Nada acctotipi, So sottehant à peine, le médecin debout à sof chevét.
—Nous obéirons, madame, je m'y engagé en feutiiom.
— C’est bieri.
— Madame, reprit Louison aü inilieu de ses lartnés, si Votre Majesté désire voir son huissier. il est là dans ma chambre.
— jete remercie, Louison, je réconnais là tot attachement sincère, et tu m'as devinée. Tout à l'heure: j'ai des adieux à faire auparavant. D’aborü, à cé malheureux qui souffre et se tait, dont lés forces s'épui-
sent, et que ma reconnaissance voudrait soulager. Embrasse-moi, mon Nada! au seuil de l'éternité, les distances s’effacent, la maîtresse et le serviteur paraîtront ensemble devant Dieu. Je te bénis comme ta mère et ta patronne, et, je te le répète, tu es une noble et digne créature; pardonne-moi ta mort. On pouvait au moins te laisser la vie, à toi, elle ne pèse point dans l'équilibre de l'Europe. |
Un sourire amer rida ses lèvres päles; le naïn tenait ga main et la baisait.
— Va, mon ami, va-t'en! Yousouf, emmenez-le, il a déjà trop fait violence au mal. Adieu, ou du moins à . bientôt! Si tu pars le premier, attends-moi, je ne tarderai guère. Adieu ! adieu!
Nada, presque mourant, fit un effort suprême, baisa encore une fois sa main et marcha seul vers la porte. Le médecin le suivit, sur l’ordre réitéré de la reine. Aussitôt qu'ils furent sortis, elle fit signe à Louison de se rapprocher d'elle.
— Ma chère fille, poursuivit Marie-Louise, ce n’est pas tout encore; il y a là près de moi, dans cette autre chambre, un malheureux qui souffre aussi et de grandes douleurs ; appelle-le.
Louison se leva en silence.
1ls le trou veront mauvais, peut-être ; cependant je
ne puis mourir sans l’avoir revu, sans lui défendre de me suivre, sans qu’une fois nos lèvres aient échangé ces mots que nos cœurs se sont répétés si souvent.
Louison appela le majordome-mayor, il entra, et jamais la douleur ne laissa de traces plus profondes sur un visage humain. I] s'arrêta à la porte, son cœur battait si fort, qu’il ne pouvait parler.
— Venez, monsieur, murmura la reiñe, je vous attends. |
Il fut bientôt près d'elle, fléchit le genou, et, les yeux baignés de larmes, les mains jointes, il attendit qu’elle lui parlât encore.
—.D'Astorga…
Ce mot expira sur sa bouche, elle crut qu'elle allait mourir.
— Mon cher duc, reprit-elle après quelques instants, il faut nous séparer.
— Non, madame.
— Hélas! je ne le sens que trop, tout espoir est perdu.
— Non, madame, nous ne nous quitterons pas, je vous suivrai.
— C'était là ce que je craignais et pourquoi j'ai voulu vous voir; je savais bien que vous ne vivriez pas sans moi, et je veux que vous viviez.
— Pour souffrir !
108 LES DEUX RÉEINES.
— Pour penser à moi, pour cotiserver mon souvenir, pour me regretter, pour servir l'Espagne, votre pays, et mon époux, votre roi.
«+ Madame, je n'avais du’une chose dans ma vie,
-. C'était mon amour.
— Et cet amour doit vous faire vivre, monsieüir ; car c'est moi qui vous l’ordonne,
— Ah! ma reine, tous les sacrifices, demandez-lesmoi, hors d’habiter cette terre quand vous n’y serer plus.
ms J°y serai toujours près dé vous, mot ami; #iün àrné ne vous quittera pas ; car notre chaste éf pure tendresse est de celle des anges, et Dieu la bénira 46 8oû regard loréque j'aurai quitté moñ'onveloppé mortelle. Je vous ai bien aimé, je vous aime, j'ai voulu vous le dire une fois. devarit mon Gréateur qui me rappélle, en face de la mort qui m'attend. |
— Oh! merci! merci! c'est déjà lé éiel püuf moi.
— Qué ce souvenir tous console et embellisse les jours qui vous restent, Vivante, j'appattenais üü roi, & l’Espagne, à mes devoirs; morte, je ne suis plus qu'à vous: tout ce qu’il y à én moi d'ifnibortet ést votre bien, votre récompense; je ïe vous quittetäi pag ün setil
nstant, vous me retrouverei partôut, dañ# vos prières, dans votre sommeil, dans vos conteiplatiüns de la
* nature, le soleil, les bois, les fleurs, les chants des oiseaux, tout cela sera pour vous mon âme, passée dans les merveilles de la création et se révélant à vous, sous les mille formes, par les mille harmonies qui vous plaisent. Je vivrai près de vous, pour ne vous plus délaisser, jusqu’au jour où je vous prendrai moi-même pour vous conduire au pied du trône de Dieu et vous placer à ses côtés, parmi ses élus, parmi ceux qui ont rempli dignement la tâche imposée ici-bas. Voilà ce que je vous demande, Alonzo, voilà ce que j'attends de vous. Vous êtes un loyal et généreux gentilhomme. Vous répondez à vos ancêtres et à votre maison du nom que vous portez; l'amour d'une reine ne peut inspirer à un d’Astorga que de nobles pensées et de nobles actions, j'y compte, entendez-vous !
Louison sanglotait; le duc était comme mort auprès de la reine : elle avait étendu sa main vers lui, il ne - la prit pas, la force lui manquait.
* — Me le promettez-vous, duc?
— Madame, il n’a pas le courage de lever les Yeux, il se meurt, répliqua Louison.
— Non, ilne mourra pas, Louison; l’espérance de me retrouver, la joie de m’obéir le soutiendront, j'en suis sûre. Relevez-vous, Alonzo, et venez recevoir le dernier souvenir d’une affection qui doit survivre à ma vie.
Elle sortit, d’une petite boîte de chagrin, un mé daillon enfermé dans une enveloppe d’or émaillé; ce médaillon contenait d’un côté son portrait, de l’autre une mèche de ses beaux cheveux noirs. Elle passa elle-même ce médaillon au cou de son majordome en lui disant : |
— Ne le quittez jamais; je vous le donne de ma main, je vous le donne pour qu’il me rappelle à vous en consolant votre affliction. Maintenant, votre promesse de m'obéir, duc, je l'exige, et je mourrai en paix. Vous prierez pour moi, vous irez à l’Escurial visiter la tombe où reposera cette Louise que vous avez tant aimée, mon cœur en sera réjoui.Vous me jurez. de vivre... pour moi?
— Oui, madame, je vous le jure !
— Je suis contente maintenant. Adieu, adieu, mon Alonzo, mon ami ! du courage et à bientôt. Nous allons nous réunir, pour étre ensemble toute l'éternité. Soyez homme et gentilhomme d’Espagne, montrez que vous méritez l'amour que je vous porte et que je sois fière de mon choix. Adieu! Emmène-le, Louison ; il me fait mal. Du courage, d’Astorga !
Blle répéta plusieurs fois ces mots, mais elle se sentait défaillir; le duc d’Astorga ressemblait à un insensé, il couvrait le médaillon, la main de la reine, de bai-
sers frénétiques, et jetait des mots'entrecoupés, sans suite et sans raison. C'était un vrai délire. Yousouf rentra justement en ce moment-là, et ce fut heureux pour tous. Obéissant aux ordres de la reine, il entraîna son maître presque inanimé, le fit revenir à lui, lui rappela son devoir et l'obligation de cacher à tous ce désespoir indiscret, pour l'honneur de la reine et la paix de ses derniers moments. Il fit rentrer le calme dans cette âme brisée, et Marie-Louise put dès lors compter que ses vœux seraient accomplis.
— Maintenant, Louison, j'en ai fini avec la terre; pensons au ciel, dit-elle.
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Le pèrt Gabriel attendait dans La chambre de la camériste; il fut introduit par les corridors intérieurs, et, pendant le temps qu'il restait près de la pénitente, Louison fit sentinelle à une porte, Yousouf à l'autre. — La reine dormait d’un sommeil paisible, — répondaient-ils à ceux qui les interrogeaient, — et sous aucun prétexte, on ne pouvait entrer chez elle.
Après la confession terrainée, l’absolution reçue, Marie-Louise communia. Ce viatique, donné au lit de