ACTE TROISIÈME
INGEBURGE, vivement.
Vous savez qui je suis?
AGNES, naïvement.
Non, vraiment; mais je sais Que vos yeux sont remplis de larmes!... c’est assez!
INGEBURGE.
Vous-même, qu’ôtes-vous? .
AGNÈS, souriant.
Qui je suis?... Je suis celle Qui voudrait apaiser votre douleur mortelle...
Qui le pourrait peut-être!...
INGEBURGE, souriant avec tristesse.
Oh ! j’en doute !
AGNÈS
Pourquoi?
INGEBURGE.
Trop puissant est le bras qui pèse ici sur moi !
Depuis quand, en ces murs, vous retient-on captive?
* INGEBURGE.
Voilà plus de deux ans que j’y meurs toute vive!
AGNÈS
Deux ans! deux ans! qui donc osa vous y plonger?
INGEBURGE.
Celui de qui la main devait me protéger!
AGNÈS
Quel est-il?
INGEBURGE.
Mon époux!
AGNÈS
Votre époux ! un tel crime !
Un époux ! le bourreau d’une telle victime !
De quel droit? en quel nom commit-il ce forfait?
INGEBURGE.
Hélas! au nom du mal qu’il m’avait déjà fait!
Oh ! chaque inot de vous me fait peur et m’attire ! Je n’ose aller plus loin; pourtant je le désire!
Que vous a-t-il fait?
INGEBURGE.
Jeune et pure comme vous,
Je me suis vu traiter d’infâme aux yeux de tous!
AGNÈS
Far lui ?
. INGEBURGE.
Par lui! j’ai vu briser mon mariage Comme un lien impur...
AGNÈS
Par lui?
INGEBURGE.
Par lui!... Sa rage
Enfin, pour dernier coup, m’a jetée en ce lieu,
A la fois exilée et captive!... Oh! Dieu! Dieu!
Etre en captivité sur la terre étrangère,
Mais c’est perdre deux fois sa patrie et sa mère!