‹ Les deux serruriers; drame en cinq actes (volume 2)Chapitre 14 sur 89 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

SAMUEL, seul.

Guérir! homme charitable, il croit me tromper!.. Pour me guérir, il eût fallu une potion d'or, aux premières atteintes du banquier. Maintenant, le mal est invétéré jusqu'à la mort. Grand Dieu! j'ai entendu gémir h côté, là, dans le berceau... (il se lève et se traîne vers le berceau où il contemple Venfant.) Pauvre enfant, déjà souffrir!.. Malheur qui finit, malheur qui commence... Né à peine et déjà bon pour la douleur... Quelle agitation!., la faim, sans doute , oui , la faim , en attendant le reste... oh ! mes entrailles se déchirent... Mais quand l'arbre meurt, le rejeton devrait mourir... meure donc, pauvre fille , meure comme ta mère qui a emporté le lait pour te nourrir... En être venu à ce point, mon Dieu ! qu'il faille maudire la fécondité de nos femmes et la santé de nos enfans. Oui, heureux sont les morts!., meure donc, mon ange , avant d'être martyr!.. Pourquoi vivrais-tu? pour souffrir comme nous dans tous tes besoins , dans toutes tes affections ? Sais-tu quelle serait ta destinée ? Tu grandirais dans la douleur, toujours en peine de ta vie ; damnée enfin, car tu es pauvre. La beauté même qui t'eût fait une idole avec la richesse, te ferait victime avec l'indigence. Tu serais la maîtresse du riche ou la femme du pauvre; la honte ou la misère ; deux maux dont je ne sais pas le moindre... Ah! retournons donc ensemble à Dieu; oui, retourne avec ipoi lui dire comme ses créatures de tout âge et de tout sexe sont heureuses ici-bas , lui dire que tu n'as pas voulu rester plus iong-temps sur cette terre , et que tu reviens l*abriier au ciel , de tous les maux de l'humanité !

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