SCÈNE XL
BURL, ROSALINDE.
BURL.
Diable!..
ROSALiNDE, à demi-vêtuc d'un costume fantastique , une moitié de se» cheveux en papillottes de papier, et l'autre en tire-bouchons.
Quelqu'un ! . . Encore un inconnu !
BURL.
Silence! madame, silence! (A part.) Que faire?
ROSALINDE
Qui êtes VOUS , monsieur?
BURL.
Qui je suis?.. Devinez.
ROSALINDE , à part.
Je tremble!.. (Haut.) Qui êtes- vous? que voulez-vous d'une aussi faible femme ?
BURL , avec feu.
Ce que je veux! (a part.) Je veux m'en aller... mais comment... (Haut.) Ce que je veux!., ce que je suis... vous le demandez.
ROSALINDE, à part.
Quel espoir! (Haut.) Monsieur... n'abusez pas de mon émotion. Parlez... seriez-vous?..
BURL , vivement.
Je le suis! (A pan.) Je la tiens!., je suis sauvé !.. Ah! tu veux du lord Byron... je vais t'en donner! (Haut, à genoux.) Oui , madame, oui... je suis un amant idolâtre, extravagant, forcené!.. Silence , madame , silence !
ROSALLNDE.
Mais monsieur, c'est épouvantable ! (A part.) C'est adorable... En voilà donc un, enfln!
BURL , à part.
Elle y mord!.. Du bruit... (Haut.) Oh! venez...
(Il veut Tentralner vers sa chambre.)
ROSALINDE
Audacieux!., où m'cnuaînez-vous?.. (A. part.) Et un brun, ea« core!..
BURL.
On peut venir, on peut troubler cet entretien, m'empêcher de vous exprimer toute ma passion... Ah! j'ai tout osé, pour arriver chez vous , j'oserai tout pour y rester. Je vous préviens que je n'ai de ménagemens à garder avec personne, avec Dieu ni avec diable... Oh ! je suis digne de vous... je suis étranger , réfugié espagnol !
ROSALIISDE.
Espagnol !
BURL.
Oui, madame , Jeune-Espagne , virtime des inimitiés politiques, don Émilio Pandaro, sans patrie ni famille, sans feu ni lieu, sans foi ni loi.
ROSALINDE, avec exaltation.
Mais , c'est un véritable corsaire î
BtRL.
On monte l'escalier!., de par toutes les Castilles, il faut absolument que vous me receviez dans cette chambre. ROSALINDE, troublée.
Jamais! jamais!.. Oh! il me rendra folle! ^
BURL.
Il le faut, pour votre honneur... Si vous me refusez, je reste, je vous compromets ouvertement, en criant à tous que je suis ici pour vous et par vous.
ROSALINDE
Oh! monsieur...
BURL.
Ou plutôt... non... il n'y aura qu'une victime... Si vous refusez encore , je me poignarde à vos pieds.
(Il tire un poignard et s*agenouille.
ROSALINDE , épouvantée et charmée à la fois.
Un poignard!.. Ah! venez! venez! (A part.) Comment résister à un poignard ! (Haut , à Burl.) Ah ! monsieur , vous me perdez ! (Elle ouvre la porte de sa chambre.) BURL , à part.
Allons donc! me voilà enfin un vrai réfugié!.. Entrons... Comment en sortirai-je ?.. 0 ma providence , ayez pitié de moi ! {Au moment où Burl entre, Murray paraît au fond, et traverse la scène précédé de Tom qui porte deux flambeaux. Rosalinde tire vivement la porte , et reste immobile devant sa chambre. — La toile tombe^)