SAMUEL, PAUL
SAMUEL, les yeux fixés sur le papier.
Oui, voilà bien ce style inexorable et dur; je reconnais ces formules rigoureuses, ces mots bari)ares qui m'ont déjà poursuivi, dépouillé sans pitié... Que voulez-vous donc me prendre encore ?.. il ne me reste plus que mon âme !.. Oh! cette écriture me donne le vertige ; il me semble qu'elle a des griffes pour me déchirer... Comment faire, Paul? comment payer cette dette?
PAUL
Impossible , impossible , mon Père !
SAMUEL, vivement.
Impossible de ne pas payer, veux-tu dire? Samuel est pauvre, mais il ne mourra pas insolvable. Non, non, le dernier jour de ma vie ne saurait être un jour de honte , Paul. Je n'ai pas sacritié
toute mon existence à me libérer de mes dettes, pour eu laisser une après moi. Celle-là troublerait mon repos dans la tombe, Paul, entends-tu? Je ne veux pas mourir sans m'être acquitté...
PAUL
Nous n'avons plus d'argent... pas même pour acheter un pot de de tisane , aujourd'hui.
SAMUEL
Il faut cependant trouver de quoi payer cette dette.
PAUL
Si mon frère George était là seulement!.. Pauvre George! c'était l'homme aux ressources , le soutien de la famille , notre gagne-pain à tous; son travail, qui nous faisait vivre, nous eût encore tirés d'embarras. Mais c'est sa vertu même qui nous perd ; oui , son dévouement pour autrui perd les siens. S'il ne se fût pas blessé en arrachant une jeune lille à la mort , il ne serait pas k l'hôpital depuis un mois...
Et un mois de travail nous eût sauvés , comme un mois d'inaction nous a mis à toute extrémité. Le pauvre ne doit se reposer que pour mourir.
PAUL
Maintenant , quand sera-t-il guéri ?
SAMUEL
l\ ne le sera pas à temps...