‹ Les deux soeurs de charité (volume 2)Chapitre 10 sur 18 · C4 LES I>£11X SOEURS · texte numérisé non relu

C4 LES I>£11X SOEURS

— Mon Dieu!... mais je ne vois plus rien, le village, l'horizon, le soleil, tout se voile...

Dora, dans un mouvement de désosation, se jeta dans le sein de sa sœur, en disant d'une voix plus faible :

— Albert !... Albert!... oh! je ne le verrai plus ! Dieu ne veut pas m'accorder le seul jour que je lui demandais encore à vivre !

Le voile funèbre se souleva une minute de ses yeux mourants , et elle reprit :

— Ah ! je t'aperçois encore... toi... mon père... mon boa père... mon premier...

mon dernier soutien U.. >^i*j/ anu'ô

Le pasteup, qui venait d'entrer, s**lança vers îa jeune femme et la prit dans ses bras.

Elle expira sur son sein.

Le vieux prêtre demeura quelques minutes immobile, tenant ce corps inanimé penché sur sa poitrine, et frappé de mort lui-même dans son cœur paternel, dans le meilleur de son être.

Lucienne, pâle, froide, sans mouvement, les regardait avec cette expression surnaturelle d'exaltation céleste, de détachement de la terre qu'on voit sur les figures des saintes.

Le pasteur déposa la morte sur sa couche.

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Voyant ensuite que Lucienne n'avait pas la force de se soulever, et attribuant

sa faiblesse à la douleur, il la porta près du lit de sa sœur et il resta auprès d'elle,

comblant également ses deux filles de

. ne

baisers et de larmes.

Depuis cet instant , sœur Lucienne prononça peu de paroles, mais elle voulut demeurer avec l'abbé Lebrun auprès de sa sœur. C'était la veillée funèbre, et il lui fallait encore, selon son âQie dévouée , accomplir ce cher et cruel devoir.

Elle demeura toute la nuit prosternée dans ralliludede la prière, qu'elle devait garder près de la mort... Elle puisait en-

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core dans la charité un dernier soiiilde d'existence! un dernier battement de cœur sublime!...

Au retour du matin, à la première blancheur pure de l'aube qui vint tomber sur son bandeau de lin, la sœur de charité, toujours ag^enouillée, pencha sa "lêie 'stlr Ta couche de sa sœur, et elle s'endormit du sommeil éternel.

'ta (divine enfant mourut sans avoif dit sa Souffrance.

L'abbé Lebrun resta seul à contempler encore ses deux filles qui ne le voyaient 'pius...

Il faut jeter un voile sur la figure de ce ' ttiàlheuréux vieillard ; sa douleur

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était de celles que rien ne saurait peindre.

Le lendemain, les cercueils des deux sœurs suivaient Tallée verdoyante qui conduisait au petit cimetière, et ils entraient dans ce champ du repos, où l'abbé Lebrun avait répandu toutes les richesses et toutes les grâces de la nature, comme s'il eût pu prévoir que ce lieu renfermerait un jour ce qu'il avait de plus cher au monde.

Parmi la foule des, villageois en deuil qui suivaient le convoi des deux Marie^ se trouvait un beau jeune homme, étranger, paie, abattu, et que les traces

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de sa profonde tristesse rendaient en quelque sorte respectable aux. habitants de l'endroit.

Lorsque le cortège sel fut retiré, l'étranger resta le dernier prosterné sur la terre où on avait déposé les deux cercueils à côté l'un de l'autre.

— Adieu! dit-il, quand il fut seul, adieu, mes deux anges protecteurs!

créatures célestes qui avez passé ici-bas, sous des aspects si divers, et avec une âme semblable. Toi que la religion avait parée de perf^^clions divines! toi qui avais tout reçu de la généreuse nature! femme exemplaire, selon Dieu! femme adorable selon les cœurs humains!...

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