‹ Les deux soeurs de charité (volume 2)Chapitre 16 sur 18 · LIS DKUX SÔIURS · texte numérisé non relu

LIS DKUX SÔIURS

ici les forces sont égales, ou plutôt ce sera moi a mon tour qui en aurai Tavantage; car, avec un courage pareil au vôtre, j'ai encore celui du désespoir. En mourant, je n'ai rien a perdre, moi, rien que le sort d'un pauvre fugitif; et vous, dit-il, en jetant un rei^ard inexprimable d'extase et de regrets sur Régina, et vous, duc de Marlborough, vous laissez sur la terre des biens dont il est affreux de se séparer.

— Cette pensée même ne pourra m'affaiblir quand c'est contre vous que je combattrai, homme de malédiction.

— Venez donc; il est temps que deux

chefs qui ont tant de fois mesuré leurs armées se rencontrent corps k corps.

Ge ne sera plus. Dieu merci, un champ de bataille oà l'en s'aperçoit pour se. perdre de vue aussitôt, mais la solitude dans le silence et la nuit, mais quelques pieds de terre resserrés entre deux arbres. Juste ce qu'il faut de place pour lé combat de deux ennemis mortels et la fofeSekle celui qui succombe.

— Soit. A la volonté de Dieu.

— Viens donc la connaître, duc de Marlborough.'

Tout à coup. le duc changea de visage ;

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se» ifait9,quijusque-lk n'avaient exprimé qu'une simple valeur militaire, rayonnèrent soudain d'un courage moral bien plus grand, plus digne, plus élevé.

— Eh bien ! non, dit-il, je ne me battrai pas.

Et il frappa sur le pommeau de son épée, comme pour la fixer dans le fourreau.

— Je ne veux pas me battre, répéta-til comme se parlant à lui-même. J'ai usé assez de ma vie a celle barbare chose qu'on nomme les arme?. Faudra-t*il

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donc toujours passer de la bataille au duel, de la ruêlén au champ clos ? Ne suis-je donc rien qu'une épée, rien qu'une machine de guerre, rien qu'un drapeau qu'on proiiiène d'armée en armée? N'ai-je donc pas aussi mon cœur et mon intelligence pour vivre de la vie des hommes ? Faut-il donc mourir sans avoir secoué cette armure militaire qui m'étouffe, et montré ce qu'il j avait ladessous de dignes pensées, de sentiments généreux et de bonne volonté! Il me reste bien peu d'années sans doute à passer sur la terre; je jure Dieu de les consacrer à jouir noblement du bonheur qui m'est donné el à le répandre sur

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les aukes par les pouvoirs qui sont en moi.

j En prononçant ces pétroles, le duc,'

avait l'air de s'adresser à sa destinée et:

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de se raidir conlre elle dans une révolte

légitime. Ensuite il se tourna froidement

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vers le marquis de Bedmar et lui dit, ea

lui montrant la porte de sortie :

— Monsieur, vous êtes libre.

Le désespoir, la rage et surtout la 'jalousie du jeune Fronçais furent portés au dernier degré d'exaspération par (rie

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flegme du général et sa paisible confiance au bonheur qui l'allendait.

Il s'écria dans le délire de la colère:

p>^r^ Voilà de belles paroles pour colorer . y-çÀre conduite, mylord ; mais quelque prétexte qu'on lui donne, le refus d'un duel est toujours une lâcheté... et celui qui ne veut pas se battre, on peut le tuer! Son épée brillait déjà sur la poitrine du duc*

Au moment même Picard entra.

— Saisissez cet honnie, dit M«rIlK>,

le le

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roiigh au doiiiestique français; il refuse la liborlé; prenez uiie voiture, des hommes d'armes et conduisez-le à la Tour de Londres.

Le prisonnier, abattu alors, laissa tomber son épée, et n'opposa aucune résistance à Picard qui allait l'entraîner.

Régina était presque sans connaissance. Le duc s'approcha d'un buffet et versa de l'eau dans une coupe pour en humecter son front.

Pendant ce temps, Picard se pencha à son oreille et lui dit :

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— Miss Résina, j'ai risqué deux fois ma vie pour vous servir; mais le sacrifice que je fais aujourd'hui est bien plus grand, car je m'éloigne de vous: j'emmène le marquis de Bedmar en France.

A dater de cette soirée, le général Marlborough prit possession d'un intérieur plein de charmes, et entra dans la vie civile à laquelle il aspirait; le bonheur domestique qu'il obtint enfin fut sa dernière et sa plus chère conquête. 11 ne prit plus part aux affaires publiques que dans le conseil de Georges P', où ce souverain lui donna toujours une place honorable. Le marquis de Bedmar trouva

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dans de nouveaux succès et de nouvell amours la consolation qui ne manque jaraaj^^^.E(.Bégina, comme elle l'avait pressenti, se plut chaque jour davantage da ns -une affection grave, respectueuse, solide, qui convient mieux que toute l^ut^e^ la seGondti phase dp la vie.

Plus ,4e cent ans, s<? sont écoulps depuis que ces; légers événements et oes .jp ou f clients de cœur ont eu lieu dans le château de Churchill, et léchant qu'il ont inspiré à Picard^ ces notes naïves et rustiques^ surnagent encore sur les tom- \ beaux qui ont envahi tout le reste. On

/ chante encore cette chanson du départ

de Mariboroujïh qui, dans sa simplicité d'inspiration, exprime peut-être quelque chose de l'incertitude de toutes les destinées, dans ce monde où chacun de nous s'en va-t-en guerre et ne sait quand reviendra.

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