CHAPITRE QUATUJÈME
ir
fiitn*y 7 on
L'absolution.
La prlilerglise du hameau de Sûnt-
Viclor tk'puis des siècles demeurait toujours (a mciue : son mi éral)Io intérieur était toujours aussi net el aussi soigné, ses murailles aussi noires, sa uappedau-
1 IG LKS DEUX SOkUKS
tel aussi blanche, le peuplier qui, après la chute de sa flèche gothique était venu lui faire un clocher naturel, était toujours aussi verdoyant, aussi lier.
Vers la fin de celle journée d'octobre, et comme l'ombre se répandait déjà dans le temple mystique, une femme y entra et alln se placer d'un côté du confessionnal ; bientôt après, une forme légère franchit aussi les degrés du portique et vint sagenouiller de lautre côté du tribunal de pénitence.
Un jeune gars du \illage, qui faisait les fonctions de sacristain, entra presque au même instant pour allumer la lampe de nuit.
SB CUAKITE i!7
Après avoir rempli cet office, il aperçut des robes de femme doul le bas s'étendait sur la dalle, et dit a haute voix :
— Tiens, encore du monde a confesser à cette heure!... c'est égal, je vais avertir M. le curé.
Le vieux pasteur arriva bientôt à pas lents.
C'était l'abbé Lebrun.
Il avait desservi pendant dix ans une église de village dans les Pyrénées, au bout de ce temps, l'évéque qui Tavait exilé étant mori, et la cure de Saiiil- Victor étant vacante, il avait obtenu d'y revenir, et il jouissait depuis sixjansdu
118 LES DETfX SOBUIVS
bonheur d'èlre réinlégro dons son cher pelit villa^^p.
Mais les peines l'avaient cruellement éjrouvé. La \ieillesse, retardée chez lui pendai;l longtemps, avait, au contraire, durant l'exil, devancé le coursdu temps. Ce corps de fer, qu'autrefois aucune fatigue nepouvail rompre, tremblait maintenant sous le souffle seul des années; son attendante clievelure noire était devenue une légère couronne de neige; son regard paîernel et le sourire ineffable qui venait de sa conscience But ses lèvres étaient seuls demeurés les mêmes.
1) entra dans l'église ea arrageanl son
suri)lis, el alla s'asseoir a sa place habituelle avec U Iraiiquillilé que donne la longue habidide de iout mlnislère.
Mais a peine la pénilc; lp,dont il entendit les aveux (n ouvrant une des grilles, eui-elle coninjencé une confession générale dons h.quclhî il lui fallait dérouler tout le cours de son existence, que le bon abbé ln>ssaillil profondémenl. Son corps brisé frissonna romnie la feuille, mais d'un saisissement aussi doux qu'il était violent! ses mains se joignirent avec ardeur dans un mélange d'émolioB el d'extase indicible.
Il fut un instant hors d'étal dô rien •nlendre, «l près de s'élaneer du confes-
120 LËi OKVX SOBVAS
sioncal ; mais le caractère de prêtre reprit le dessus quoique à grand'peine sur les sensations humaines, et il demeura fixé à sa place jusqu'à la fin de la confession générale.
Ensuite il lui fallut ouvrir le guichet où l'allendail l'autre pénitente.
Heureusement les aveux de celle-ci, qiii rnppela aussi son enfance, furent pourtant bien moins longs à entendre, car la voix douce et suave qui murmurait maintenant à son oreille redoublait tellement le trouble du pasteur, que sous les mouvrmenis tumultueux de son âme il était enlièremerit hors de lui-même.
Le cœur pal pilant, le souffle suspendu,
la (été perdue dans une sorte de délire, il attendait seulement que la jeune femme eût achevé sa confession, sans avoir la force de prononcer une parole.
Le prêtre et les deux pénitentes sortirent en même temps du confessionnal.
L'abbé Lebrun prit dans ses bras paternels chacune des deux jeunes femmes, il les pressa sur son cœur, et jeta un cri profond dans lequel vibrait une joie céleste.
— 0 mes deux Marie! disait-il, je vous bénis!... je vous bénis toutes deux, au nom du Dieu éternel qui enseigne l'amour... Vous avez été bonnes, gène-
|!t2 IKS DEUX SOlîURS
reusos, dévouées... \ oiis n vpz bien aimé... tovez nlevées de V(;s fades, ai; ges du ciel, snuvés en ce iinndt» parla charilé!
Puis rald>é Ubrun couriil s'ai^ciiouiller sur les îijarebrs de 1 an'eli-jl leva son visage baif'iié de laiines, son rriçard se perdit vers la voûte i:(jlhiqi!e, el loule ^on âiïie se fondit dans l'action de grâce qu'il adressa au ciel. .v.\
Pendant cet inslanl, les deux jeunes femmes élaienl roiées en face Tune de l'autre, el se regardaient avec une sof|e de sluj>enr pleine de joie.
Elles s'écrièrent en n.ênic Umjts; ,^/
— C'était dune loi!
— Waria \
DE CITARITÉ 425
— Ma sœur !
— Oh 1 11 voix de mon cœur ne m'avait pas Iro.i pée !
Il y eul un rnoiDt'nl de boiiliour qui ne peul se poindre : celle poli le église rus-? fique vojail Daîlie loul a coup lanl lie surprise délicieuse! elle eiiferniail Uni de ravissemenls et de tendresse ineffable I
Enfin l'abbé Lebrun, s*cveillanl do son doux rêve, songea à emmener ses deux filles a la cure où elles se rej oserai^'nl des fatigues du voyage.
-Jl les fit asseoir toutes deux dans son grand fauteuil, près de la fenêtre par la»quelle pénétraient les rayons du crépus-