‹ Les deux soeurs de charitéChapitre 11 sur 14 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

vu

Une visite du malin.

Ferdinand fui témoin du rélablissemenl de M. de Vareins, avec une salisfaclion sans doule bien réelle, mais qui chez lui ne pouvait pas fondre le flegme cl la fiYideur habituelle de sa physionomie.

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Du resle, il était diflRcil»^ de lire ce qui se passait en lui : le regard ne révélait rien sur son visage, où un œil était privé de la lumière et l'autre habituellement baissé , et une même gravité impassible était toujours empreinte sur ses traits.

Cette réserve austère, et un peu sauvage, était pourtant excusable chez un jeune homme dont l'existence avait été pénible et l'âme fatalement contrislée dès l'enfance.

Déshérité delà nature, de la fortune, Ferdinand avait eu une première jeunesse inconnue, mais à ce qu'on devait pensér;i*e* plus misérables. Il était ré-

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pëtiteurdans un petit pensiouiial de Fontainebleau, lorsque M. de Vareins père, ayant été à même d'appri'cier sou savoir au-dessus de sa position , son esprit juste et souvent profond, avait eu la pensée de l'attacher, en qualité de secrétaire, à son fils, qui venait tiabiter Paris.

Il pensait ainsi réparer une injustice du sort, en donnant au pauvre Ferdinand une condition plus douce, et en même temps placer auprès do son fils un ami qui, par son caractère sérieux, son amour extrême de l'élude , serait pour Albert d'un exemple constant et précieux, au milieu des préoccupations

frivoles dont le monde viendrait TeQlourer.

Les inlentioris généreuses de M. de Vareins père envers Ferdinand, avaient été entièrement réalisées par la bonté dont Albert avait usé envers son jeune secrétaire. Il le traitait en ami, et avait aveclui un ton d'égalité qui est la plus délicate flatterie de l'bomme riche et noble envers le malheureux.

Colle condescendance, du reste, ne lui coûtait aucun effort; ayant lui-même des penchants assez graves et un esprit élevé, il appréciai! avanl lout la hauteur de l'inlelligence, et avait une estime

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réelle pour Ferdinand, que d'ailleurs son malheur lui restait cher.

Celui-ci, dans sa sinécure, se consolait surtout par l'étude des sciences naturelles, pour lesquelles il avait un p^oiit passionné.

En effet, il y trouvait un refuge contre sa triste deslinée, autant qu'une occupation attachante. Dans les relations habituelles de la vie, ses travaux lui faisaient fréquenter des savants, des hommes de pensée qui dédaignent souverainement la forme et ne s'aperçoivent pas des disgrâces de la figure. Dans la solitude, la contemplation cousiante de la nature éternelle, lui faisait paraître

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l'exislence de l'homme si rapide, que la lukleur et le dénûmenl dont il était frappé, [irenaient à ses yeux une importance ni oins nccablante.

La bonne ^rarde-malade, comme nous le disions, permit à Ferdinand de rester près de M. de Vareins pour lui faire une lecUne. Elle jugea aussi à propos de donner plus de jour à la chambre du convalescent.

Une grande glace sans tain était placée au milieu du lambris qui séparait celle pièce du salon ; elle leva le store qui voilait habiluellem<^nt la glace, et ehlr'<»uviil la persiennede la fenêtre»

Quelques heures se passèrent.

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Ferdinand , devant une petite table placée au milieu de la chambre, lisait a haute voix.

Sœur Lucienne avait repris son tricot travaillait acti\ement pour ses pauvres ; en même temps, elle regardait au dehors, k travers rouverlure des persiennes, et remerciait Dieu dans son ânje envoyant le soleil bienfaisant essuyer sur les faibles plantes l'eau ^acée de l'hiver.

Albert, assis dans un fauteuil près de la cheminée, écoutait peu la lecture de so[i sccrélaire. Dans ce premier moment de retour à l'existence, son être étail plus épanoui aux sensations qu'aux pensées j

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il feuilletait un cahier de roQiances nouvelles et se faisait tout bas de la musique à lui-même.

Cette harmonie intérieure le ramenait aux puissantes impressions qui depuis longtemps dominaient en lui. A mesure que les forces vitales renaissaient, l'amour, celle seconde existence, se ranimait plus rapidement encore, et Albert s'abîmait dans les profondes rêveries d'un sentiment dont l'avenir était impénétrable.

Ces trois personnes étaient ainsi occupées , lorsqu'un domestique vint dire à M. deVareins que M. Martial Duvilliers

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et une clame qui ne s'était pas nommée, demandaient à le voir.

Albert, saisi d'un pressentiment inexprimable, mais qui s'empara de lui avec violence, s'élança dans le salon pour ^~,;>s aller au-devant des deux personnes qui j

se présentaient. ^ " ,-'i:.:?>-!^î'-'

A peine était-il là qu'il vit entrer Dora.

La jeune femme était accompagnée de M. Duvilliers, mais Albert ne vit qu'elle, dans l'éblouissement délicieux que lui causait l'apparition subite de celle dont à rinstant même il se croyait à jamais éloigné.

La belle actrice s'avança d'une démarche aisée, légère, dans le nuage

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transparent de son voile, de son écharpe dedonlelle, et dil à Albert avec le plus charmant sourire :

— Vous n'avez pas pu me faire enlever, monsieur de Vareins ! C'est un

heureux hasard qui l'a voulu ainsi... aûn que j'eusse le plaisir de venir chez vous de nooi-mème.

Albert fil un mouvement pour se jeter à ses genoux... mais il resta tout à coup immobile, .\ucune démonstration n'aurait été assez expressive pour sa reconnaissance, aucune expression assez forte pour son bonheur. Il demeura incliné devant Dora et dans le silence le plus éloqueul

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La jeune femme jela sa légère capote, son échappe, son ombrelle sur les fanteuils autour d'elle, et s'élendant h demi sur les coussins d'un divan, d'un gracieux geste de souveraine, elle engagea ces deux messieurs a s'asseoir.

— Je sais tout, dit-elle à Albert, et je viens m'informer des nouvelles du pauvre blessé, qui , dans cette vie aventureuse, a été si cruellement puni par ses mauvais desseins.

— Pardon, madame, dit Albert, si na blessure pouvait d'abord ressembler à une punition, il faut reconnaître maintenant qne mesdésirsles plusambitieuxne pouvaient aller aussi loin quecenjalheur,

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auquel je suis redevable de voire présence.

— Je dois dire d'abord, reprit Dora, que si l'enlèvement a échoué, ce n'est point la faute de son plan habilement

conçu Consolation d'amour -propre

pour l'auteur! ajouta-t-elle en regrardant Martial... Un billet, qui m'a été remis a rOpéra, m'avertissait peut-être du complot, mais M. Duvilliers, avec la même habileté, l'a fait disparaître...

— Un billet, remis a l'Opéra! dit Albert.

— Oui, je crois que nous avions un faux frère, répondit Martial. Devines-tu quice peut être ?

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