‹ Les deux soeurs de charitéChapitre 9 sur 14 · LKS DEUX SOEURS · texte numérisé non relu

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vant encore vivant, sa joie s'exhale en mille erabrasseraents.

Mais Vareins l'interroge avec vivacité sur ce qui s'est passé à l'Opéra.

Tout le monde se rappelle alors la belle cantatrice, qui devait venir forcément embellir de sa présence un agréable souper, et que Icvénement tragique avait entièrement fait oublier. On se presse autour de Martial, principal acteur de la pièce.

— Ah! m'y voici, dit-il en reprenant avec peine ses esprits troublés par les dangers de Vareins. Ainsi que je vous l'avais dit, j'ai retenu Dora jusqu'au dernier moment du bal. Comuie elle se dis-

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posait à sortir,je me suis précipité au bas de l'escalier, j'ai reconnu d'un coup d'œil que dos gens, notre voiture ëiaient à leur poste, ,et, sautant sur mon cheval, je suis venu me placer sur leur passage.

A la lueur d'un café du boulevart encore éclairé, j'ai vu passer notre équipage, et j'ai parfaiteaiCnt distingué, derrière la glace fermée, le grand bonnet

blanc de sœur de charité coiffure

assez remarquable — et dont je venais de voir notre b^lle Dora déguisée...

sûr alors du succès, je suis parti bride abattue et j'ai galoppé jusc^u'ici pour vous prévenir... En entrait j'ai appris

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le funeste événement, et ma tète s'est perdue... Mais, enfin, tennina-t-il, la vojture doit être maintenant à quelques pas d'ici.

Le désordre répandu dans lappartemcîit, ot l'état du maître de la maison, pouvaient apporter beaucoup d'embarras dans la réception de la belle captive; mais ni Varcins, ni ses amis, n'ont le leu)ps d'y sonpfer; dar»s l'étourdissement de ce louvt'l incident, tout le monde parlo à la fois, on bail à l'arrivée de la célèbre cantatrice, on fait boire Vareins, dont la blessure à son tour est presque entièrement oubliée... et tandis qu'on vide le premier verre, on en-

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lend sous la fenêtre un roulemeol de voilure.

Martial descend rapidement sur le perron où se trouve la jeune femme... Il lui offre la main... il lui friil franchir avec une vivacité étourdissante Tescalier. les salons bouleversés et obscurs, et Taiiiène devant le lit d'Albert.

Celui-ci joint déjà les mains en action de grâce, et porte son regard ardent sous le cerceau de toile blanche que forme la coiffure religieuse.

Mais il reste subitement altéré, car le visage qu'il découvre sous ce bandeau lui est entièrement inconnu.

Les jeunes gens réunis là regardent à

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leur lour celle qui vient d'enirer, et restent aussi stupéfaits, car assurément ils ne t'ont jamais vu !

C'est une très jeune femme, d'une carnation transparente et fraîche, quoique un peu pâle; ses yeux sont d'un bleu claii,sa bouche d'une faible nuance rosée ; ses traits doux et fins sont en harmonie parfaite avec l'expression modeste et candide de sa figure.

C'est une véritable sœur de Saiut- ViiJcenl-de-Paul.

Elle voit autour d'elle un luxe offensant pour ses yeux... un cercle déjeunes gens qui la regardent avec hardiesse...

elle presse ses mains conlie sa poitrine,

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et se relire sur elle-même, en tremblant de tout son corps.

— Qui êtes-vous, madame ?... et comment êtes-vous venue ici ?

— Où suis-je? et pourquoi m'a-t-on amenée ici?

Ces questions se croisent, prononcées en même temps par Vareins et par la jeune femme.

Cependant aux paroles d'Albert, la sœur de cliarité a tourné les yeux de son côté... elle voit alors le sang qui recommence a couler et mouille le linge autour de lui.

— Un blessé! dit-elle a demi voix et

en se parlant a elle-même Ah ! je comi u

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prends maintenanl, on m'a amenée ici pour le soigner.

Elle regarde de nouveau avec une certaine terreur cet intérieur de garçon...

fort élégant, mais d'un caractère un peu licencieux... elle fait le signe de la croix et se recueille.

Aussitôt le devoir a triomphé de la répulsion ; elle s'est oubliée elle-même, et le malade maintenant existe seul pour elle.

Alors elle ti rede ses vastes poches u n appareil complet de chirurgie, des baumes, des onguents, des ligatures; elle s'installe sans bruit dans l'appartement; elle prend parmi les objets de luxe^répandus

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de toute part,f e qui est à sa convenance pour les préparatifs du pansement; un plalepu en vefjn^^l li.ii sert pour étaler ses ustensiles; elle verse bravement le vfn chaud contenu dans un bol de cristal, et le remplit d'eau fraîche pour faire tremper des linges et laver la blessure.

Elle s'occupe en même temps de la boisson du malade, qu'elle prépare au coin du feu.

— Le diable m'emporte si je ne crois pas aux miracles ! s'écrie Marlial. Pendant que notre pauvre ami tombe frappé d'un coup de poignard, l'actrice enlevée se change en sœur de charité.

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Albert après sa cruelle déception s'est rejeté accablé sur son lit

Maintenant il reçoit les soins qui lui sont donnés sans force pour s'y soustraire et dans un anéantissement qui lui en ôle même la connaissance.

La douleur de sa blessure est devenue intense; les vins qu'on lui a fait boire redoublent la violence de la fièvre.Épuisé, défaillant, le soufQe ne sort plus de sa poitrine qu'en sourdes plaintes; il ne voit et n'entend plus rien.

— Le malade a besoin d'être seul et de reposer, dit la sœur de charité.

Puis, d'un ^esle naïvement impérieux,

elle indique la porte aux beaux messieurs qui l'entoureul.

Les amis de Vareins s éloignent, après être venus iour à tour se pencher vers lui et lui sefrer tristement la main.

La grille se referme sur eux.

Les derniers bruits s'éteignent dans le pavillon livré à l'obscurité et au silence, et le malade reste seul avec la sœur de charité.

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