XX PRÉFACE
éclater comme la foudre et qui deviennent alors de vrais drames ayant pour scène le foyer des familles» pourquoi, cette situation étant transportée au théâtre, le spectateur n'y serait-il pas transformé en juge, devant lequel seraient contradictoirement débattus le pour et' le contre par des personnages, — par des abstractions vivantes, — si Ton veut, — représentant les idées, les préjugés, les intérêts, les passions enjeu? Croit-on que la scène finale àix second acte des Deux Sœurs, où Yalentine finit par vaincre le duc Armand de Beaulieu , moins encore par la passion que par la logique, moins encore par le déchirement de ses cris que par Tirrésistibilité de ses arguments, puisse être écoutée sans faire réfléchir profondément les hommes et les femmes qui l'auront entendue ? Y a-t-il dans cette scène un seul mot qui soit une exagération et qui ne frappe pas juste le point qu'il doit toucher? Les raisons que donne Armand de Beaulieu ne sont-elles pas les meilleures qu'il soit possible de donner? Si elles ne sont pas bonnes, leur faiblesse même ne devient-elle pas une preuve concourant au triomphe de la démonstration de l'auteur? Ce que je défends ici dans cette préface , où je m'étends sans scrupule, parce que rien n'oblige le
PRÉFACE. xxi
lecteur à la lire s'il la trouve fastidieuse et sans intérêt, ce que je défends ici, ce n*est pas la pièce des Deux SœurSy telle que je l'ai imparfaitement exécutée, faute de l'expérience manquant au forgeron qui n'a jamais limé, c'est l'idée qui l'a dictée.
Si le public préfère l'invraisemblable au vrai, l'exagéré au simple, le convenu au réel et l'impossible au possible, il ne m'en coûtera nullement d'avouer que je masuis trompé, et de renoncer à ma tentative qui ne saurait réussir sans lui. Qu'il décide I
Mais le public a déjà décidé.
Je viens de lire la Dame aux Camélias y que j'avais vu représenter, que j'avais applaudie, mais que je n'avais jamais lue.
Qu'y a-t-il surtout de remarquable dans ce drame, dansée tte comédie qui a obtenu un si légitime succès? Ce qui en fait, à mon sens, une pièce qui restera et qui mérite de rester, c'est la triple vérité des caractères, des situations et du langage. Les personnages vivent. Ils font ce qu'ils doivent faire, ils disent ce qu'ils doivent dire. Qu'importe qu'ils appartiennent à un monde exceptionnel et peut-être éphémère I Est-ce que, pris dans sa généralité, le monde n'est pas un