‹ Les deux soeurs: drame en trois [i.e. 4] actes avec une préfaceChapitre 21 sur 108 · PRÉFACE. XXV · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXV

La séparation de corps n'est pas une solution, car elle condamne le mari qui a gagné son procès contre sa femme à Tune de ces quatre alternatives :

A être à son tour l'amant d'une femme mariée qui le consolera;

A être Tamaut d'une jeune fille qu'il séduira;

A être l'amant d'une femme qu'il payera;

Ou bien à s'imposer à perpétuité la continence la plus absolue.

Si la séparation de corps n'est pas une solution pour le mari, elle en est encore moins une pour les enfants issus d'un mariage qui n'est plus noué et qui n'est pas dénoué.

Elle ferme par le scandale la porte au repentir.

Elle a la prétention, suivant une expression célèbre, de faire de l'ordre avec du désordre; mais c'est là une prétention malheureuse, car elle est souverainement condamnée par l'expérience.

Le mariage est un acte religieux qui devait demeurer et qui doit redevenir exclusivement religieux. . C'est un acte de la foi, ce n'est pas un acte de la loi.

En opposant Cécile à Yalentine dans les Deux Sœursy le but que je me suis proposé, c'est de rendre manifeste qu'alors même qu'un mariage est conclu

XXVI PRÉFAGE.

dans les conditions les plus défavorables, et qu'un mari se donne tous les torts, torts de caractère et torts de conduite, il vaut encore mieux pratiquement chercher en soi-même et dans le bon emploi de son temps sa satisfaction que de la demander à une liaison qui ne saurait être que l'avilissement ou le scandale.

La logique me paraissant appelée à prendre et à occuper dans le drame moderne la même place que la fatalité dans la tragédie antique, j'arrive ainsi par la logique à la même conclusion que le catholicisme.

Mais, s'écrie la critique dédaigneuse, c'est de la logique à la manière de M. de la Palisse et à la façon de M. Prudhomme.

Je ne le nie pas. Est-ce ma faute si, pour le plus grand mathématicien s' élevant par le calcul à la plus haute puissance des nombres, comme pour le plus ignorant écolier qui apprend à compter, 1 + 1 = 2 ?

La même critique qui n'eût pas approuvé que, dans le Supplice d'une femme, Dumont pardonnât à Mathilde, n'approuve pas, dans les Deux Sœurs, que Robert de Puybrun provoque en duel Armand de Beaulieu. Quel est donc, messieurs, votre idéal? serait-ce le ménage à trois?

S'il en est ainsi, ayez la bonne foi de le déclarer.

Page 1