‹ Les deux soeurs: drame en trois [i.e. 4] actes avec une préfaceChapitre 33 sur 108 · ACTE PREMIER. H · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. H

goutte la moitié de Tannée, quoiqu'il le nie. Il prétend que ce n'est qu'un rhumatisme.

Je n'ai pas le droit de lui reprocher son âge. Si je l'eusse trouvé trop vieux, c'était à moi de ne pas consentir à l'épouser. Rien ne m'y forçait.

VALENTIIIE.

Assurément rien ne t'y forçait... Mais tu es si bonne, que tu ne sais résister à rien de ce qui doit rendre les autres heureux. Il a suffi que maman te dise jusqu'à quel point ce mariage la rassurerait sur ton avenir et le mien pour te faire rétracter ton premier mouvement... :,

CÉCILE

Sois juste, Valentine : est-ce que maman avait tort? est-ce qu'en effet ce n'était pas un mariage inespéré? est-ce que je devais m'attendre que le marquis de Terreplane, avec ses trois cent mille francs de rente, s'éprendrait de moi et demanderait la main d'une fille de vingt-deux ans, qui n'avait pour toute dot que l'éducation pour laquelle sa mère s'était imposé tant de privations ?

VALENTINE

C'était bien la peine qu'elle se les imposât I c'était bien la peine qu'elle te donnât tous les talents que tu possèdes , pour le cas que ton mari en fait !

18 LtS DEUX SOEURS.

CÉCILE, r interrompant.

Valentine !

VALENTINE, reprenant-

Il n'aimait pas la musique : aussitôt tu t'es mise à dessiner et à peindre. C'est ta seule distraction. Un de ces jours, j'en suis sûre, il se plaindra que tu uses trop de crayons et que tu fais une trop grande consommation de toiles et de cadres... Sais-tu ce qu'il me disait hier, en me parlant de toi , dont je prenais le parti ? , |

CÉCILE

Que te disait-il ? !

VALENTINE

Il me disait : « Ah! les femmes parfaites... ne m'en par- i

lez pas I je les ai en horreur. Ce sont des . consciences vi- !

vantes... ; elles vous gâtent tous vos plaisirs. » Il semble, en vérité , que tu lui as volé sa liberté ! S'il tenait tant à la garder et à rester vieux garçon , alors pourquoi t'a-t-il épousée?

CÉCILE

Pour avoir un héritier de son nom et de sa fortune qui ne fût pas son neveu... Mais, au lieu d'un fils qu'il souhaitait, c'est une fille que je lui ai donnée, et une pauvre petite fille maladive.

VALENTINE

Est-ce une raison de t'en vouloir? Est-ce ta faute?

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