ACTE DEUXIÈME
VALENTINE
Il ne me reste plus que le choix entre l'audace ou l'hypocrisie. Je préfère l'audace.
CÉCILE
Mais cette audace peut le porter à toutes les extrémités I Elle peut le rendre fou de douleur I
Il n'y a qu'au théâtre et dans les romans qu'on perd ainsi la raison. Robert aura un violent chagrin ; mais ce nuage passera comme passent tous les nuages. Ce ne sera pas le premier mari qui aura cessé d'être aimé par sa femme et qui s'en sera consolé.
CÉCILE
Jamais Robert n'acceptera cette situation.
VALENTINE
Eh bien, s'il ne l'accepte pas, nous nous séparerons
CÉCILE
Te séparer de ton mari ! Comment une telle pensée a-t-elle pu te venir à l'esprit ?
VALENTINE
Tout... plutôt que de renoncer à Armand !
CÉCILE
Ce serait le scandale.
VALENTINE
Ce serait la liberté !
CÉCILE
Le monde dira de toi que tu as été aussi mauvaise mère que mauvaise épouse.
Oui, pendant huit jours, jusqu'à ce qu'une autre histoire lui fasse oublier la précédente.
CÉCILE
Mais, violent comme il est, si Robert provoque en duel le duc de Beaulieu?...
VALENTINE
Sachant que le duc de Beaulieu ne pourrait accepter, Robert ne le provoquera pas.
CÉCILE
Tout est possible, tout est à craindre. Arrête-toi, je t'en conjure, sur le bord du précipice où je vois que tu vas tomber. Faut-il pour te retenir que je me jette à tes genoux..., je m'y jetterai !