ACTE DEUXIÈME
LE DUC DE BEAULIEU
Ce moyen ne sauverait rien. Fuir, ce serait avouer, et avouer, ce serait, Valentine, vous livrer sans défense aux emportements qui vous effrayent. C'est impossible, ce serait de la lâcheté.
VALENTINE
Cher Armand, cette noble réponse me fait vous aimer encore plus. Alors, partons tous les deux... Vichy est heu reusement sur le chemjn de fer qui conduit en Suisse*
LE l^UG DE BEAULIEU»
Ce serait de Tégoïsme.
VALENTINE
De l'égoïsme?
LE. DUC DE BiBAULIEU*
Oui, car ce serait accepter le sacrifice de votre vie tout entière.
VALENTINE
Si je suis heureuse de vous le faire?
LE OUG^DE BEAULIEU
Ce serait de la démence.
VALENTINE
D3 la démence?
ee. LES DEUX SŒURS.
LE VVC DE BEÂULIEU.
Gertâimement ; car, s^il est facile de partir, il serait impossible de revenir» Et l'hiver, grand Dieu! que ferions-nous en Suisse?
VALENTIIIE.
Il y a Fltalief il y a le lac de Gôme I il y a Florence I Vous donnerez votre démission, vous quitterez votre carrière... Alors, vous aussi, vous ne dépendrez plus de personne. Nous existerons l'un pour Tautre.** Mais, Armand, qu'avez-vous? Plus je m'anime à la pensée de vivre ensemble, toujours, sans nous séparer jamais, moins vous paraissez vous y associer. Je suis de feu... vous êtes de glace.
LE DUC DE BEAULIEU
Il y a des responsabilités qu'un homme d'honneur ne saurait prendre.
VALENTINÉ.
Lesquelles?
Celle d'enlever une femme à son mari et une mère à ses enfants.
VALENTIIIE.
Armand, est-ce bien vous maintenant qui me parlez ainsi? Est-€e bien vous que j'entends?
ÂGT£ DEUXIÈME. 67
LE DUC DE BEiCLIEU.
Valentine, quel autre langage puis-je vous tenir? quelle autre réponse puis-je vous faire?
VALENTIIIE.
Celle que vous me faisiez quand à votre amour j*opposais mes devoirs. J'en appeUe à votre mémoire et à votre loyauté : il y a quatre mois, que me disiez-vous? Lorsque je résistais à vos instances et que je refusais d'ajouter foi à vos serments, vous me disiez : Parions i allons au bout du monde f Vous me dépeigniez en traits de flamme le bonheur de vivre exclusivement l'un pour l'autre ; alors, mon cœur était libre et ma tête était calme ; alors c'était moi qui vous répondais : Ce serait de la démence!... Démence, en effet, car je n'aime plus mon mari, et vous ne m'aimez pas.
LE DUC DE BEAULIEU
Valentine !
VALENTINE
N*était-ce pas là ce que vous me disiez?
LE DUC DE BEAULIEU
Ce que je vous disais, c'est ce que tous les hommes vivement épris commencent par dire à toutes les femiues dont ils ont à vaincre l'indifférence ou l'incrédulité.
Ainsi j'étais pour vous toutes les femmes dans le moment
suprême où vous me déclariez que j'étais la seule que vous eussiez Jamais passionnément et profondément aimée?
LE DUC DE BE AULIEU
IkTaupiez-vous écouté si je vous eusse parlé autrement ? Mais ces paroles ont-eltes pu vous tromper? Avez-vous pu croire que je briserais tous les liens de votre vie et tous ceux de la mienne; que je vous donnerais et que je me donnerais en spectacle à tous les moqueurs; que je nous exposerais, vous et moi, au ridicule et au scandale? Non, vous n'avez pu le croire!
VALENTINE
Ce que j'ai cru, je l'ignore; je sais seulement qu'entre le moment où l'on doute de tout et le moment où l'on ne doute plus de rien, il n'y a qu'une seconde..., le temps de l'éclair qui précède la foudre. Mais, puisque vous ne m'aimiez pas, Armand, pourquoi m'avoir juré que vous m'adoriez? pourquoi n'avoir pas été sincère? pourquoi m'avoir menti?
LE DUC DE BEAULIEU
Je n'ai pas menti.
VALENTINE
Vous mentez encore I
LE DUC DE BEAULIEU
Je n'ai pas menti et je ne mens pa«... Je n'ai pas «essé d'être sincère. Je vous ai aimée et je vous aime comm3