ACTE TROISIÈME
CÉCILE
Ils n'ont pas eu le temps
ROBERT
Grâce à Dieu! ils Font manqué. Confus et atterrés, en présence de leur bagage qui les accusait, les deux fugitifs se sont hâtés de se soustraire à l'avidité des regards qui les poursuivaient et à la malignité des commentaires dont je n'ai pas perdu un mot... (Avec coière.) Le lâche! la misérable! les infâmes !
CÉCILE
Le premier devoir d'un juge, c'est d'être calme... Avant de les condamner, attendez qu'ils s'expliquent.
ROBERT. '
Cécile, n'essaye^ pas de les justifier..., vous me deviendriez su9pecte...
Je vous pardonne cette injure, car vous souffrez.
ROBERT
Ah! si je souffre?... Cruellement!... Je devine, mais trop tard, ce que j'aurais dû prévoir tout de suite... J'ai été trahi à Paris, j'en suis sûr, par un de mes gens qui aura averti votre sœur de mon départ...
CÉCILE
Ne faites pas un éclat qui retomberait sur vous et qui perdrait Valentine. Évitez le scandale; si ce n'est pour vous, Robert, que ce soit pour vos enfants.
ROBERT
Est-ce qu'elle y a songé, ellel L'éclat est fait. Je n'ai plus rien à ménager. Vous pensez à elle! Est-ce qu'elle a pensé à vous? Est-ce qu'elle a pensé aux reproches dont votre mari va vous accabler, à cause de sa criminelle conduite?
CÉCIIE.
Ne vous inquiétez pas de moi. Il n'y a de lourds à porter que les reproches qu'on a mérités.
ROBERT, très-Tisiblement agité.
Où peut -elle être?... Le méprisable séducteur! Quelle excuse peut-il invoquer? N'y a-t-il pas à Paris assez de femmes qui se vendent et qu'on peut acheter? Oui, mais les femmes qu'on achète, il faut les payer! elles vous déconsidèrent, tandis que les femmes qu'on vole à leur mari ne vous coûtent rien et vous font briller! Grâce à elles, on se dispute à qui vous aura ! Vos détracteurs 'feont qualifiés d'envieux ! On vante votre esprit si vous avez de la verve, et votre réserve si vous n'avez pas d'esprit! On met dans l'ombre tous vos défauts et en pleine lumière toutes vos qualités! Le père, les enfants, l'union de toute une famille.