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La moisson était finie à Nazareth. Les
travaux de la campagne étant terminés, les
pauvres avaient cherché un autre moyen de
gagner leur vie, les riches se reposaient
dans leurs richesses.
Siméon et Salomilh , rendus aux occupalions du ménage, étaient seuls une grande partie du jour, et le soir ils sortaient ensemble comme de coutume.
Vellorax avait vu peu à peu le père et la fille changer à son égard. Ils le fuyaient maintenant! eux, qui autrefois, si hospitaliers et si bons, lui avaient donné tant d'heureux jours, par leurs soins et leur amitié, eux qui lui avaient presque fait retrouver une patrie!
Ce n'était plus ainsi ! Siméon , le front sérieux, l'air pensif et sombre, allait et venait dans son jardin , dans sa maison, sans adresser une parole à son hôte; et Saîomilh passait vainement près de lui sans paraître le regarder.
C'est que le vieux palriarche avait remarqué depuis long-temps l'amour de Vellorax pour sa fdle; et redouté celui de sa fille pour Yellorax.
Que deviendrait Salomith s'il en était ainsi? Unique trésor qui lui reste au monde, à ce pauvre père! doit-il encore, pour achever les épreuves qui ont abreuvé sa longue carrière j voir ce jeune ange souffrir et pleurer comme lui?...
Yellorax est païen, voilà d'abord le premier obstacle. Siméon donnerait-il sa fille à l'homme qui ne croit pas au Dieu d'Israël? Jamais!
Mais en admettant, ce qu'il croit deviner, que Yellorax est déjà à moitié disciple de Jésus de Nazareth , et qu'un jour il sera un
véritable élu de Dieu , quelle existence Vellorax peut-il oiïrir à Salomitli. Déserteur des armées romaines, exposé à tous momens à être arrêté et mis à mort , . . . et il ne peut s'échapper, étant à plus de deux mille lieues de sa patrie, et ne pouvant rester en Galilée sans s'exposer à la mort , ni fuir, sans rencontrer également les dangers qui le pressent de toutes parts.
Siméon pensait à tout cela, lorsqu'il vûyait les regards de Veîlorax se fixer sur Salomith avec amour, ou ceux de Salomith, dans l'embarras, l'émotion, la confusion, expliquaient assez ce qui se passait au fond de son cœur déjeune fille.
Siméon eût payé de sa vie le bonheur de
— i!7 — voir Veilorax quitter sa maison! mais la loi d'Israël lui faisait un devoir de sacrifier ses intérêts et ceux de sa fdle à la sûreté de son hôte. Il ne pouvait ni lui témoigner sa répugnance à le voir demeurer chez lui, ni encore moins le prier d'en partir.
Il lâchait au moins d^éloigner Veilorax de Salomith. Ils ne se parlaient plus, ils ne se voyaient plus. Le vieillardespérait qu'en les séparant ainsi le plus possible, il triompherait de leurs cœurs ! comme si on pouvait triompher du cœur!
Un jour, qu'il était seul, assis sur un banc de pierre dans son petit jardin etqu'il pensait à tout cela, Veilorax vint s'asseoir près de lui, et lui souhaita le bonjour avec cordialité; Siméon lui prit ia main et le salua de même.
Veîlorax désirait depuis long-temps avoir une explication avec Sinaéon. Il s'apercevait bien du changement qui s'était fait dans cet intérieur à propos de lui , et il en souiTrait trop pour ne pas oser s'en piaindre. 11 se décida donc, en voyant que le vieillard était seul, à lui parler avec franchise, et sans déguiser aucun des sentimens qu'il éprouvait.
— Mon père, lui dit-il en s'approcbant de lui, voilà bien long-temps que j'abuse de votre générosité ; trois mois sont déjà passés depuis que jesuis sous votre toit protecteur; vous m'avez sauvé la vie, et je vous devrai peut-être le bonheur de revoir ma mère, ma famille, et le pays qui me vit
— il9 — naître. Savez-voiis que je sens bien tout cela.
— Vous devez ces bienfaits à la protectioM de Dieu, reprit Siraéon ; vous ne me devez rien, à moi, j'ai été l'instrument dont il s'est servi pour vous sauver. Voilà tout.
— Ainsi, continua Vellorax , je dois penser à mon départ... il n'est pas probable que vous vouliez me retenir plus long-temps, je le vois.
— Vous resterez ici, mon fds, tout le temps que vous jugerez nécessaire.
— Comme vous me dites cela avec indifférence; on dirait que vous seriez bien aise de me voir partir.
Siméon ne répondit rien.
— Vous paraissez bien désirer le moment de mon départ, dit le jeune homme avec amertume.
Siméon gardait toujours le silence.
— Père, continua Vellorax, qu'avez-vous contre moi?
— Rien, reprit Siméon sans ajouter un mot.
— Il fut un temps où vous n'étiez pas ainsi avec moi.
— C'est possible.
— Et pourquoi avez-vous ainsi changé?
— Je vous le demande, reprit Siméon en le regardant alors très fixement,
— Mais je l'ignore , répondit Vellorax embarrassé. Je m'aperçois bien que depuis quelque temps , vous me fuyez et me laissez seul. Si vous sortez avec Salomith je ne vais plus avec vous; si vous travaillez ensemble je ne partage plus vos travaux. Cependant je ne crois pas avoir mérité cette sévérité de votre part; j'ai tenu la parole que je vous avais donnée ; j'ai respecté les devoirs sacrés de l'hospitalité, devoirs qui sont les mêmes dans ma patrie comme dans la vôtre. Pourquoi me traitez -vous comme si j'étais coupable ?
— L'homme est faible, répondit Siméon, et s'appuyer , et se confier aux forces de l'homme, c'est s'appuyer sur un roseau
fragile, et que le vent emporte comme un grain de poussière.
Yellorax comprit parfaitement ce que Siméon voulait lui dire, et voyant qu'il avait deviné son amour pour Salomith , il se jeta aux genoux du vieillard , et les tenant étroitement embrassés.
— Oui , lui dit-il, j'ai été faible, je le sais, j'ai laissé naître dans mon cœur un amour que je devais combattre, car j'ignore si tu me donneras la fille; mais je n'ai point essayé de gagner sa tendresse. Si elle m'aime, c'est un secret penchant qui l'aura liée à moij lien mystérieux qui unit les âmes en dépit de tout ce qui peut les séparer. Je ne suis pas coupable de cela du moins.
— Yellorax , dit Siméon en devenant ex-
trememcnt pâlOj sais-tu ce que c'est que la différence de religion chez les enfans d'Israël?
— Non, je l'ignore; adorer un dieu ou un autre, suivre une croyance ou en repousser une, je comprends que cela doit être indiderent ; et toutes les religions me semblent également bonnes et respectables.
— Pas à nous , dit Siméon avec une émotion profonde.
— Tu ne me donnerais donc paslafdle?
— Non, tant que tu ne croiras pas au Dieu d'Israël, car un enfant de la tribu deJuda, descendant de David , ne peut épouser un infidèle comme toi.
\ellorax devint triste et préoccupé, puis il dit ensuite :
— Oui, attendons quelque temps, atten-
dons encor3, le jour n'est pas loin où Vellorax doit croire ce que tu crois ^ aimer ce que tu aimes... alors iî sera ton fils, n'estceps?
Siméon ne répondit rien.
— Répondez-moi , mon père, je vous en supplie. Que veut dire ce silence , après ce que vous venez d'entendre?
— Hélas! dit Siméon en essuyant ses larmes , que puis-je dire! Insensé que vous êtes, vous osez parier d'hymen et de bonheur , sous le poids de la proscription et du désespoir. Quel est votre avenir ? en avezvousun, pour demander à une pauvre femme de !e partager? Vous mourrez demain, peut-être , et vous osez faire des projets ppur
demain! Vous n'avez pas songé à cela, vous! Mais, j'y ai songé moi ! moi, père , protecteur de Salomilh , et qui n'ai pas comme \ous la folie et l'égoïsme des passions pour m'empêcher de songer plus à elle qu'à moimôme. Mon ami,continua-tilenIui prenant la main, écoutez le conseil que j'ai à vous donner. Quand la vie est triste, pénible, quand on est malheureux , il ne faut associer personne à soi. il faut avoir le courage de supporter seul les misères delà vie, et ne se trouver satisfait que dans l'isolement et la solitude. Scul,on a toujours trop. Quand il faut penser à un autre qu'à soimême, on n'a jamais assez. Songez donc ce que c'est que de vivre ainsi que vous le voudriez. Songez donc quelle amertume
— d26 — vous vous préparez. Où irez-vous tous deux pour trouver un instant de repos? Rester ici , cela ne se peut pas. Voire mariage arrêterait tous les yeux sur vous et vous ferait découvrir. Aller ailleurs. Grand Dieu ! quel lieu choisirez-vous qui ne soit soumis à la domination romaine? Où pouvez-vous aller pour fuir vos maîtres et les nôtres? Vous les trouverez partout : ils ont conquis le monde. Vous regagnerez votre patrie? mais le croyez-vous ? Que de fatigues , que de dangers , que de folies et de sollicitudes , avant que d'y arriver. Et Salomith partagerait donc tous ces tourmens ? Je verrai cette enfant élevéeàl'ombred'une vie douce et reposée, n'ayant jamais connu qu'un travail qui délasse , et jamais celui qui brise;
— i27 — faible, délicate, craintive, pauvre ame épouvantée, je la verrais s'exposer ainsi à tous les maux qui doivent vous atteindre. Oh ! non, jamais ! jamais! n'y comptez pas.
Vellorax sentait bien que le pauvre père avait raison , et dans le fond de son cœur , il demeurait confus , d'avoir autant aimé Salomith , et d'y avoir si peu pensé ! tant l'amour est égoïste!
— Mon père^ dit-il avec douleur, je le sens, vous avez raison, je renonce à un espoir que je n'ai pas eu assez de force pour repousser ; mais vous m'aiderez. Oui , je le vois bien, j'étais indigne d'être appelé même votre ami à tous deux. J'étais un malheureux , qui , rendu tel par la persécution et la misère , n'avait songé
qu'à mon avenir, et n'avait pas assez pensé à celui que j'allais oITrir. Qu'elle reste avec vous , près de vous , qu'elle me laisse et m'oublie. Puisse-t elle un jour apprécier le sacrifice que je lui fais aujourd'hui. Promettez- moi , dit-il en essuyant furtivement une larme qui coulait de ses yeux, promettez-moi de le lui dire un jour , un jour!... quand je serai bien loin , quand elle sera assise , là où je suis maintenant , paisible et heureuse prés de vous, et que, seul, errant, abandonné sur la terre|, je traînerai dans les déserts une vie affreuse , dites-lui combien je l'aimais, dites-lui les combats que je me suis livrés , pour triompher de mon amour et tout ce que mon courage m'a fait refuser. Alors, vous lui appren-
drez seulement comme elle fut aimée , ce que je méritais, ce que j'ai perdu. Alors elle me plaindra, elle m'aimera peut-être... et je serai récompensé et satisfait.
— Je \ous promets de lui apprendre un jour tout cela, dit Siméon, plein d'admiration pour la générosité et le dévoûment de Yellorax. Oui, vous êtes bon et généreux, et si votre position eût été différente , je vous nommerais mon fils avec bien de la gloire.
— Ne parlons plus de cela , dit le jeune homme ; quand on perd une espérance , il faut en détruire jusqu'au souvenir. Ne parlons plus de cela; je partirai dans quelques jours , je vous promets de ne rien dire à
Salomith, Si elle devait me regretter autant 1. 9
que je la regretterai , ce serait une douleur de plus; il n'en sera pas ainsi, je l'espère. Comme il parlait encore , Salomith, triste , pensive, inquiète, arriva près d'eux.
— Qu'avez-vous donc, dit-elle en souriant tristement , comme pour les égayer malgré eux? Je vous ai vu pleurer, mon père; je vous ai vu pleurer, Vellorax, qu'estce donc? qu'est-il arrivé?
Et en disant cela, Salomith prenait les mains de son père et les baisait avec tendresse; elle regardait Vellorax avec inquiétude.
— Ma fdle^ répondit Siméon, si vous avez remarqué notre tristesse, vous avez eu raison, car nous sommes tristes : Vellorax m'ap-
prend qu'il va bientôt partir, et nous parlions de ce départ avec regret, comme vous le pensez.
Salomith ne put rien répondre : elle laissa tomber le fuseau qu'elle tenait à la main , ses joues roses et fraîches rirent la pâleur de la mort; son gosier se serra violemment ; effrayé de cette révolution si soudaine, Siméon la prit dans ses bras , et voyant Salomith pâle et défaillante , il essaya de l'entraîner dans la maison, afin d'être seul témoin de ce cruel chagrin , dont il ne devinait que trop la cause.
H la porta dans la grande salle, où ils se tenaient habituellement 5 Vellorax,
n'osa pas les suivre , et resta sur le banc de pierre, consterné, surpris, ravi!... car il avait compris qu'il était aimé!....
Salomith eut un long évanouissement, et son pauvre vieux père la crut morte pendant quelques instans; après lui avoir donné tous les soins qui lui étaient nécessaires, il la vit enfin revenir à la vie.
Dès qu'elle fut mieux, elle pleura beaucoup , et ses larmes la soulagèrent , en lui ôtant celte oppression mortelle qui l'accablait.
— Pleure, disait Siméon, pleure, ma bîenaimée , nous sommes seuls; dis à ton père tout ce qui l'afflige j dépose dans son sein toutes les souffrances. Pourquoi, ma
fille , pourquoi ne les lui avoir pas confiés depuis longtemps.
— Je n'avais rien à confier, mon père , répondit la jeune fille en pleurant ; j'ignorais et j'ignore encore qui a pu me causer une telle soufTrance, en apprenant le départ de Veliorax; je ne savais pas que je l'aimais tant!... Je vivais heureuse de le voir, contente d'entendre sa voix, de le savoir en sûreté, le soir je m'endormais tranquille, le matin je m'éveillais heureuse : il est ici, me disais-je quand je pensais à lui, et avec cette pensée, j'avais tout. Vous m'aviez ordonné depuis quelque temps , de ne plus causer avec lui: cela me faisait mal; mais comme je ne lui savais aucuns torts, ni à moi non plus, j'allepdais chaque jpqr un ordre do
vous pour me rapprocher de lui comme de coutume; j'attendais!... je ne m'inquiétais pas, Yellorax remplaçait dans mon cœur le frère adoré que j'ai perdu; de môme que j'aimais mon frère Tobie, j'aimais Yellorax; je n'aurais su dire lequel des deux était le plus aimé, de celui que je voyais là, ou de celui qui n'y était plus...
Mais quand j'ai apprisque j'allais leperdre aussi , quand vous avez dit : Yellorax va partir ; alors il s'est fait dans tout mon être un affreux bouleversement ; j'ai cru que j'allais mourir, et je ne me souviens plus de ce qui s'est passé.
Elle appuya sa tète sur l'épaule de son père et pleura; puis tout-à-coup, voyant le
désespoir qui était sur le visage de Siméon, elle se jeta à ses genoux, et s'écria:
— C'est moi qui vous fais pleurer, mon père ; quoi, je suis la cause d'une douleur pour vous. Oh! Dieu de David, m'avez-vous donc abandonnée, pour qu'il soit dit que Salomith avant de mourir, ait eu le malheur de faire pleurer son père. Oh! pardon , dit -elle ^ en joignant ses mains; mon père , ne pleurez pas , je vous en supplie: je n'ai plus de chagrin, je ne souffre plus. Je suis avec vous, je n'ai rien à désirer, je ne suis pas malheureuse. Oh! dites donc que vous ne l'êtes plus.
— Enfant , dit Siméon , ne t'afflige pas ainsi. Relève-toi, ma fille, ma gloire, mon trésor; relève-toi, tu n'es pas coupable.,,
— iOO —
rassure-loi... c'est ton avenir qui me fait trembler.
— Expliquez-vous, mon père, je vous en conjure.
— Réponds simplement à ce que je vais te demander : Aimes-tu Yellorax?
Salomith cachant son visage dans ses mains, répondit à voix basse :
— Oui, mon père, je l'aime.
Siméon leva les yeux au ciel sans rien dire.
— Mais écoutez, reprit la jeune fille, en se relevant avec calme et dignité, si je l'aime, il ne le saura jamais ; je sais bien que je ne puis épouser un homme qui n'est ni de ma pairie ni de ma religion ; je gais cela,etjen'y ai jamais pensé; je l'aime,
et dans cet amour que je ne comprends pas, je comprends de même qu'il n'y a aucun crime; car je le verrai partir sans le suivre; et je serai malheureuse, sans désespoir.
— Ma fille, dit Siméon avec douleur; sans doute, sa religion est le premier de tous les obstacles... mais pour un père, un père qui t'aime comme je t'aime , j'en vois un autre encore ?
— Je n'avais vu que celui-là, mon père , quel est donc l'autre ?
— Et la position de ce jeune homme, ma fille j il est déserteur des armées romaines; prisonnier , il meurt s'il est découvert ; et quand même il ne le serait pas, il est exilé, fugitif, sa patrie est dans un autre monde , spus un autre ciel , dans un pays sauvage et
— i38 — idolâtre... Pour s'y rendre, il aura des années entières de fatigue et de souffrances; il lui faudra supporter la faim, l'inquiétude, la misère, les privations de tous les genres.
— Oh ! j'avais bien songé à cela, dit Salomith avec enthousiasme, mais je ne....
Elle s'arrêta tout-à-coup, n'osant exprimer toute sa pensée.
— Tu le suivrais donc!., dit le vieillard avec angoisse.
— Oui, mon père, je le suivrais.A vez-vous pu croire que Salomith pouvait être dominédanssa tendresse, par une autre pensée que celle du devoir, mon intérêt pourrait-il éteindre mon dévoûment; et d'ailleurs, quel sort serait plus heureux que le mien. J'adoucirais par ma présence, la tristesse de
la vie de mon époux : puisqu'il m'aime, il ne serait jamais malheureux, moi , étant là! si les hommes l'ont repoussé, si la terre et le ciel semblent unis pour lui faire la guerre, je recevrais avec lui, les coups de l'un et de l'autre. Errant, fugitif, condamné, il aurait du moins l'amour de Salomith pour lui tenir place de tous les autres qu'il a perdus. Veillant à sa sûreté, la nuit et le jour, je préviendrais, je devinerais ses dangers, je le sauverais; je le sens, je ne crois pas que tant que je serais près de lui , le malheur ou la persécution paraissent l'atteindre!'
Mais je ne puis espérer un tel avenir , je le sais !...
Salomith se tut, et baissa les yeux.
— uo —
Tandis qu'elle parlait, Siraéon, les yeux baissés aussi et fortement troublé , n'avait osé l'interrompre. La passion profonde qu'il découvrait dans ce cœur déjeune fdle, si inconnu à lui, jusqu'à ce jour, l'effrayait au point de lui ôter toute possibilité de raisonner. 11 ne voyait qu'une chose , c'était sa fdle, errante et malheureuse, quittant le toit paternel pour aller affronter toutes les douleurs de la terre ; cette pensée lui ôtait tout son courage et il se mit à pleurer comme un enfant.
Salomilh sejeta dans les bras de son père, et pleura avec lui. Alors ils entendirent derrière eux un soupir profond et douloureux, et se retournant, ils virent Vellorax appuyé
contre la porte, et qui avait tout entendu. — Pardonnez-moi, dit-il à Siméon , pardonnez-moi , car je suis la cause de toute votre douleur ; c'est moi qui suis venu troubler, par ma présence, la paix qui régnait dans votre intérieur; l'innocente paix du cœur de votre enfant. Oh! pardonnezmoi.— Mais vous, dit-il àSalomitlienosant lui prendre la main qu'elle s'efforçait en vain de retirer, quoi ! vous me suivriez partout?... dans les déserts que je dois traverser , sous le soleil brûlant des contrées qui nous entourent; et jusque dans cette Gaule sauvage, dans ces régions perdues, que vous ne connaissez pas et qui ne sauraient peut-être pas vous apprécier ni vous aimer, tant vous êtes supérieure et au-dessus
des femmes avec lesquelles vous devriez vivre. Oh! répétez -le encore, Saloraith, quel que puisse être mon avenir, il sera beau si vous me promettez cela.
— Je vous suivrais partout, si vous étiez mon époux , dit-elle en affectant un air de tranquillité qui était bien loin de son amie, en ce moment. Je vous suivrais au bout du monde. Précisément parce que vous êtes malheureux, persécuté, je m'attacherais à votre destinée avec plus de joie que si voiiè me donniez toutes les richesses de la terre. Mais vous savez bien que je ne puis vous nommer mon époux, que mon vieux père ne peut vous appeler son fils. Je dois vivre et mourir ici ; j'obéirai à mon devoir , obéissez au vôtre en vous éloignant,
et tâchez de m'oublier , si c'est possible!...
En les entendant parler ainsi , Siméon paraissait horriblement souffrir. Il apprenait en ce moment que les plus fortes résolutions de l'ame fléchissent et s'éteignent devant la douleur d'un être aimé. Lui , qui avait été si souvent éprouvé , n'avait jamais faibli en face d'un malheur; et aujourd'hui, la destinée de sa fille, l'incertitude de son sort, le brise plus que tous les maux qu'il a ressentis. Il ne savait que dire, il n'osait même parler ; car il savait que Yellorax était prêt à renoncer au paganisme, et qu'il profiterait de quelques entretiens avec le divin sage qu'il avait déjà admiré , pour le ramener au culte du vrai dieu. Il
tremblait donc également de l'une et de l'autre de ces dispositions.
ïout-à-coup, Siméon, qui était absorbé dans ses pensé«;s, se leva, et se tenant respectueusement debout, il dit à sa fille : Ma nile, levez-vous.
Vellorax, surpris, regarda du côté où les regards de Siméon étaient dirigés , et il vit à quelque distance un jeune homme appuyé contre un palmier, ayant les bras croisés sur la poitrine , et qui ne faisait aucun mouvement, ni pour avancer, ni pour partir.
11 était parfaitement beauj son visage avait une expression étrange et sublime. Ses cheveux étaient partagés au sommet de la tête , à la manière des Nazaréens ; sa longue
barbe descendait en pointe sur sa poitrine ; ses yeux, d'une beauté ravissante, étaient doux , sévères et calmes.
Si Vellorax eût osé, il se fût prosterné devant cet homme et l'eût adoré, en le prenant pour un Dieu , un consolateur , qui arrivait au milieu de cette famille désolée pour en adoucir les douleurs.
C'était, en effet, le Dieu consolateur, bienfaiteur de tous les hommes !
— C'est Jésus de Nazareth , qui vient nous voir, dit Siméon à Yollorax. Restez ici, et ne nous suivez pas. Nous irons seuls, ma fdleet moi.
"Vellorax obéit et resta sur le banc de
pierre; mais il suivit des yeux Salomith et
— 4 ifson père, et ne pût résister au désir de regarder encore une fois Jésus.
Il crut voir, en l'examinant davantage, qu'une auréole de lumière entourait sa tête.
Au moment où il entrait dans la maison de Siméon , Jésus se retourna , et regarda Vellorax avec une expression si sublime , que celui-ci s'écria :
-— Oh! Jésus , vous êtes un Dieu!
Et il resta long-temps abimé dans des pensées profondes qu'il n'avait jamais eues jusqu'alors.
Quand Vellorax revînt auprès de ses hôtes, il les trouva seuls. Mais leurs visages étaient calmes et sereins. Ils ne pleuraient plus , ils avaient le sourire sur les lèvres , et la paix au cœur.
Entrez, dit Simcon au jeune homme, entrez mon fils , ne craignez pas, nous sommes seuls.
— Mon père , dit Vellorax avec émotion , je viens vous dire que ma résolution est définitivement arrêtée , et que je dois bientôt partir. Je suis resté ici trop long-temps, je le sens, et je dois à votre bienfaisance de m'éloigner d'ici le plus tôt possible. Je vous aurai , laissé de tristes preuves de ma reconnaissance ! Cependant je vous supplie d'y croire. Car je vous aime et vous aimerai toute ma vie; je vous le jure.
Salomith était pâle comme la mort en écoutant parler Vellorax : mais elle ne dit rien.
Encore quelques jours, continua Vellorax,
-^ 149 — et j'aurai quitté cette maison, où, pour mon bonheur, et peut-être pour le vôtre je n'aurais jamais dû entrer. Saloraith m'oubliera, hélas, peut-être! Mais vous, mon père, mon bienfaiteur, mon hôte, me pardonnez-vous, me bénissez- vous?
— Oui, dit Siméon en levant ses deux mains sur le tête deVellorax, oui, je te bénis. Enfant delà Providence, destiné à beaucoup souffrir sur la terre, à n'être heureux que dans le ciel, je te bénis. J'appelle sur toi les grâces du Dieu d'Abraham , d'Isaac et de Jacobj puisses-tu le connaître et le bénir toujours. Yoilà tout ce que je puis te souhaiter de mieux et de plus digne d'un homme qui est l'image du Tout-Puissant, et fait pour l'adorer et le servir.
— Ah! reprit Vellorax, vous avez raison, ne me souhaitez rien pour la terre; car, je le sens, je n'y dois pas vivre long-temps. Je mourrai en sortant d'ici! Comment vivre loin de Salomilz !...
— Mon fils, dit Siméon, le malheur a cela d'affreux, qu'il ne donne pas la mort. C'est une épreuve du ciel; ce n'est pas toujours un châtiment ; c'est quelquefois une bénédiction.
« Bienheureux ceux qui pleurent, a dit Jésus. » Celui qui souffre avec patience est sanctifié par ses larmes.
Au revoir, continua le vieillard en voyant que sa fille éprouvait uue émotion trop douloureuse en écoutant tout cela, au revoir, Vellorax.
Nous allons à la synagogue. C'est l'heure de la prière. Nous prierons pour vous. Adieu .
Vellorax qui n'avait jamais songé à les y accompagner, voulut y aller aussi; et les laissant partir, il les suivit bientôt à quelque distance, et entra avec eux dans le temple.
Le peuple encombrait le portique, et on se pressait en foule pour entendre parler Jésus de Nazareth qui instruisait ce jour-là dans la synagogue.
Au nom de Jésus, Vellorax entra avec plus de curiosité encore.
« Jésus, en ce moment, venait de se lever « pour lire'.
« On lui présenta le livre du prophète
^ Saint Luc, ch. iv, v. 16 et suiv.
« Isaïe; et l'ayant ouvert, il trouva renclroit « où il est écrit :
« L'esprit du Seigneur est en moi ; c'est « pourquoi il m'a consacré par son onction; « il m'a envoyé pour prêcher l'Évangile aux « hommes, pour guérir ceux qui ont le « cœur brisé, pour annoncer aux captifs la « liberté, et aux aveugles le recouvrement « de la vue; pour délivrer ceux qui sont « dans l'oppression ; pour publier l'année a des grâces du Seigneur , et le jour auquel « il rendra justice.
« Ayant fermé le livre, il le rendit au mi- « nistre et s'assît. Tout le monde dans la « synagogue avait les yeux fixés sur lui. »
Yellorax fut profondément ému de ces
paroles et de l'expression avec laquelle Jésus les prononça.
Il crut devoir s'appliquer à lui-même le sens de ce crût qu'il venait d'entendre; et que Jésus avait dit pour lui seul ces mots sublimes :
« Je suis venu pour prêcher l'Évangile « aux hommes, et pour guérir ceux qui ont « le cœur brisé. »
Il médita long-temps ces mots, et il les trouva si clairs, si grands^ si magnifiques, que rien dans sa religion druidique ne lui parut semblable.
Il prêta l'oreille aux paroles que Jésus disait encore.
« Sans doute vous allez m'expiiquer ce « proverbe; médecin, guérissez-vous vous- « même ; faites ici d'aussi grandes choses a que nous avons ouï dire que vous aviez « faites à Capharnaûm, mais je vous dis en « vérité, qu'aucun prophète n'est bien reçu « dans son pays.
« Il y avait plusieurs lépreux dans « Israël au temps du prophète Elizée , « néanmoins aucun d'eux ne fût guéri, « mais seulement Naanam qui était Sy- « rien.
« Tous ceux de la synagogue, l'entendant « parler ainsi , en furent irrités , et s'étant « levés, ils le chassèrent et le menèrent au « sommet delà montagne sur laquelle leur
« ville était bâtie, à dessein de le préci- « pitep.
« Mais Jésus passa au milieu d'eux, et se « retira'. »
"Villorax, avait suivi c« mouvement spontané du peuple; et resté seul sur la montagne, méditait en son cœur les paroles qu'il venait d'entendre, celle-ci surtout : « Il y avait des lépreux dans Israël ; néanmoins aucun ne fut guéri que Naanam , etc. »
— Et je suis Gaulois, idolâtre, s'écriat-il avec angoisse; au milieu de ce peuple juif, votre peuple privilégié et pour lequel Dieu fit autrefois tant de merveilles! 0
' Ev. selon Saint-Luc, ch. 4.
Jésus de Nazareth! au milieude ce peuple qui vous outrage et vous déshonore , moi seul j'ai compris dans la synagogue le sens de vos sublimes paroles. Et pourquoi ! comment se fait-il que leurs yeux soient fermés à tant de beautés, et que les miens seuls soient ouverts! Suis-je donc de ceux qui doivent un jour posséder cette vie éternelle, que vous promettez, au nom de Dieu, qui est votre père, à ceux qui croirons en vous ?. . . Mais Dieu!... votre père! et vous Dieu aussi, et cependant vous dites qu'il n'y a qu'un Dieu! 0 prodige! ô mystère divin! Eclairez mes idées confuses, expliquez-moi ce mystère inconcevable. Oh! Jésus, ayez pitié de moi, je crois en vous... Je voudrais m'attacher à vous, et vivre et mourir pour vous.
— i57 — Après avoir dit ces paroles, Yellorax tomba sur la terre, épuisé par la fatigue que son corps éprouvait de l'émotion de son ame ébranlée.
Le soleil couchant dorait en ce moment la cime du Thabor, et la mer de Galilée s'étendait calme et unie comme une glace, réfléchissant dans ses eaux limpides les couleurs du prisme, qui la rendaient tantôt bleue, pourpre, orange, au gré de la variation des flots, qui ressemblaient à des lames d'or pur. L'air était suave et embaumé; il faisait une de ses soirées délicieuses si communes en Orient, et surtout en Galilée; l'oranger, le citronnier, le nopal, les herbes aromatiques parfumaient l'air;
et les oiseaux chantaient en chœur des airs ravissans. Toute la nature semblait saluer son créateur ; chaque partie de l'atmosphère, chaque herbe, chaque créature chantait à sa façon l'hymne de la reconnaissance, la prière et le salut du soir.
Vellorax , ému par ce spectacle , sentait son ame souffrante devenir calme et reposée 1 Des pensées, qui lui étaient inconnues, venaient à son esprit comme malgré lui. Il admirait cette nature enchantée, il admirait avec elle celui qui l'avait faite si belle. Le nom de Jésus de Nazareth vint se mêler à cette double admiration , et il s'écria :
— 0 Jésus, seriez-vous donc l'auteur de
— i59 — tant de merveilles? Seriez-vous donc le vrai Dieu?
0 Jésus, ayez pitié de moi, sauvez-moi.
Vellorax ayant dit ces derniers mots, entendit un léger bruit derrière lui. Il se retourna, et vit Jésus de Nazareth, debout , immobile, appuyé contre un arbre qui était près de lui. Son visage était calme et radieux ; il semblait contempler cette nature avec une sorte de triomphe mêlée d'un calme profond.
Des oiseaux étaient venus se poser sur les branches du platane qui prêtait son ombrage au Christ. Us chantaient des airs d'une mélodie extraordinaire; c'était une symphonie dont les notes uniques n'avaient
point de rivales ; c'était une musique ravissante, unehymne, inspirées par celte présence miraculeuse, et que chaque créature célébrait à sa manière.
Vellorax n'osait approcher de Jésus.
La beauté de cette soirée délicieuse, le magique tableau que la nature offrait en ce moment à ses yeux, et le Christ devant lui, spectateur muet et calme de toutes ces gfundeurs dont il était le roi, Jésus, sans nom , sans puissance , déshérité au milieu de son héritage et de ses domaines !...
Toutes ces pensées arrivèrent en foule à l'esprit déjà troublé de Veilorax.
Il se jeta aux genoux du Christ et les baisa avec transport.
Jésus de Nazareth , ayez pitié de moi ! s'écria-t-il en se prosternant devant lui.
Jésus le releva avec bonté, et , le faisant asseoir à côté de lui , il apaisa par ses douces paroles le trouble qui agitait le cœur du néophyte, et il lui expliqua les écritures.
Vellorax devient le disciple de Jésus de Nazareth. Abandonnant une religion sans but pour le bonheur et pour la perfection de l'hommej il s'attacha de tout cœur et dans une entière conviction à celui qui avait
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compris toutes les misères humaines et qu venait les guérir. Pour lui , avoir appris aux hommes à devenir plus heureux et plus sages, c'était vraiment en être le créateur. Celui qui les voulait meilleurs, devait nécessairement en être un jour l'unique but comme l'unique récompense.
Il s'attacha donc à ce vrai sage, ce gra nd philosophe dont la raison profonde étonnait l'humanité en môme temps qu'elle venait l'éclairer. Cet homme, élevé au-dessus de ses semblables par le seul ascendant d'une vertu simple, dégagé de mensonges et d'impostures ; qui ne devait sa réputation ni à sa fortune, car il était pauvre, ni à l'illustration d'un grand nom , car il passait pour le lîls d'un pauvre artisan ;
et le sang de David dont il était issu, n'avait sur les esprits alors soumis à une toute autre grandeur, ni influence ni pouvoir.
En effet, si on examine sans partialité , cette invincible puissance, que le Christ exerce sur nous , même malgré nous , on ne peut se défendre d'une admiration profonde en comparant la morale du Dieu du Calvaire à toutes les autres , quelques sages et raîsonnées qu'elles soient. Chaque philosophie a en elle un vice qui paraît à travers toutes les bonnes pensées dont elle est formée. Celle du Christ n'a rien d'imparfait. Dès le premier jour où il prêcha parmi les hommes, il parut les avoir étudiés, compris, analysés jusqu'au plus secret de leur coeiii*; il leur a donné
~ 16G — des remèdes pour toutes les peines de l'ame, des consolations pour tous les biens perdus. Où doncaurait-ii pris toutes ces merveilleuses leçons' ? Un homme a osé dire que Jésus-Christ avait été probablement en Egypte puiser à la science des prêtres de Baal ou d'Isis les grandes pensées qu'il vint ensuite annoncer à sa patrie.
On ne peut faire qu'une seule question à celui qui ose inventer une fable si dénuée de vraisemblance.
Si les prêtres d'Egypte avaient, avant Jésus-Christ, connu cette loi, pourquoi ne l'ont-ilspas fait connaître. Car aucun manus crit n'atteste sur la terre, que cette loi di-
^ Voltaire.
vine aît été en aucun temps celle d'aucun peuple.
Ces maximes philantropiques ne pouvaient même faire partie des secrets de leurs sciences mystérieuses , car elles ne sont grandes, elles ne sont d'aucune force, qu'en étant pratiquées et connues. Si donc les prêtres de Cybèle ou autres eussent connu la loi évangélique, ils auraient fait ce qu'elle demandait, au lieu de faire le contraire, ce qui est constant par ce que nous connaissons de leur religion, imbue de principes si discordans, de maximes etdesenlimens si désorganisés.
Le Christ porte à croire que sa mission est divinej car sa loi est parfaite, raisonnable , sensée , complète ; c'est le type de la
— IG8 — tliviiiité d'être le complément de la perfection. On ne peut imaginer un êtresouveraiii, et l'imaginer imparfait.
Je ne me représente pas ce que les prêtres d'Egypte eussent pu faire de la perfection de cette loi, s'ils ne devaient ni la prêcher ni la suivre. Et d'ailleurs d'où l'auraientils reçue? d'un sage et d'un législateur ? Comment serait-il resté inconnu jusqu'ici? Comment un aussi vaste et aussi étonnant génie serait-il resté dans l'obscurité la plus complète? Si les prêtres seuls étaient les auteurs de cette loi , comment ne l'enseignaient-ils pas; et comment ayant connu des idées si grandes , si utiles au bonheur de l'humanilé, en faisaient-ils si peu de cas
que de n'en parler à personne, et de n'en profiter pas même pour eux.
Ensuite, comment Jésus de Nazareth, homme obscur et pauvre, aurait-il pu pénétrer dans les secrets de ces mystères , que personne avant lui n'aurait encore pu découvrir. Est-il probable que si Jésus a voyagé en Egypte, ce qu'aucun évangéliste ne dit ni ne fait même supposer , car il était connu par les Nazaréens comme ayant toujours vécu parmi eux ; est-il probable que, pauvre artisan, il ait eu le droit d'obtenir, par sa parole, ce que tous les conquérans n'ont pu obtenir par les armes et les conquêtes. Et depuis , alors , si cette loi n'était pas cachée avec un profond mystère, et que Jésus ait pu la connaître
facilement , comment tout le monde avant lui ne la connaissait-il donc pas ?
Oh! Dieu! quelle ignorance et quelle mauvaise foi, dans ceux qui refusent de croire en vous.
La conversion de Yellorax arriva tout naturellement après qu'il eut fait ces réflexions simples et positives. Mais cette conversion devait amener pour lui, comme pour celui dont l'avenir devait dépendre du sien, de grandes épreuves et de grands
revers.
Les amis du Christ ne peuvent espérer devenir les heureux de la terre. Tout ce qui tient à lui, doit plus ou moins recevoir icibas le stigmate d'un Dieu pauvre, persécuté, crucifié. Jésus appelant à lui les élus,
leur promet beaucoup dans l'autre \ie , mais peu pour celle-ci, car il y a peu à y trouver.
Siméon, Salomith et Yellorax, sont trop chers à Jésus pour n'être pas destinés à partager, sinon l'agonie du Calvaire, du moins les souffrances morales du Dieu qui vint y mourir. S'ils doivent vivre, ils doivent souffrir. Les douleurs supportées patiemment, ouvrent à la mort les portes de l'éternité bienheureuse.