BOCQUET, POMMELÉ
> POMMELÉ
Qui est-ce qui se permet d’haïr l’état militaire?
BOCQCRT.
Un tambour humilié, major, qui voudrait retourner à sa mère, à scs parents et à sa basse-cour !
Tu regrettes le civil, tapin... tu n’as donc pas encore inventorié les avantages de notre profession ?
bocquet.
Major, obligex-moi de me les divulguer.
POMMELÉ
Tu te trouves naturellement exempté du service de la garde nationale.
BOCQCET.
C est vrai.
POMMELÉ
Tu n es nullement tourmenté pour tes contributions.
C’est juste.
POMMELÉ
Dans le civil, on est susceptible d’attraper de? indigestions; dans le militaire, ça n’arrive jamais... les repas sont simples et peu abondants.
BOCQCET.
C’est une justice à leur rendre.
POMMELÉ
Faut-il te rappeler que tu n’as ni loyer, ni chaullàge, ni éclairage...
BoCQUET. ,
Major, vous m’éclairez.
Enfin, tailleur, bottier, chapelier, bonnetier, tout cela est à la charge du gouvernement, dont la munificence te gratifie encore de cinq centimes par jour, avec lesquels il t est permis de goûter tous les plaisir» de la vie.
BOCQCET.
Major... je n’avais pas envisagé mon état sous ce point de vne plein de charmes, cependant, il y a toujours quelque chose qui ne me va pas.
pommelé.
Qu’est-ce que c’est ?
BOCOUtT.
C’est que les camarades me font continuel - ,
lement éprouver le mauvais côté de la chose
POMMELE.
Bocquet!
BOCQCET.
Major Pommelé !
POMMELÉ
Je m’intéresse à toi.
BOCQCET
Vous êtes bien bon.
POMMELÉ
Bocquet, je veux te soustraire aux quolibets des camarades, je veux te faire passer île l’état de conscrit à celui de troupier. I
BOCQCET.
Vrai? pour un si grand bienfait, major, parlez, qu'exigez-vous de moi.
pommelR.
Ma récompense sera dans mon cœur... je ni veux rien.
BOCQCET.
Vous n’en êtes que plus estimable.
POMMELÉ
^D’abord, Bocquet, il n’y a qu’un manant qui souffre qu’un supérieur lui parle debout et privé d’uu liquide quelconque pour arroser ses paroles.
BOCQUET
Donnez-vous donc lé? peine de vous asseoir.
(Appelant.) Garçon, une bouteille et deux verres.
POMMELÉ
Bocquet, je réponds de toi, tu as des dispositions. (On apporte du vin.)
bocqoet.
Et de la bonne volonté.
POMMELE, ZW.SLS. (1).
Quatre choses sont nécessaires an conscrit, pour sortir de la classe des cornichons.
BOCQCET.
Et ces choses sont ?
POMMELÉ
Primo, tirer une carotte; deuxo : souffler la maîtresse d’un camarade ; troiso : s’aligner arec un ancien I et quatro : se distinguer par une action d’éclat.
BOCQCKT.
Cré coquin... tout ça est difficile...
POMMELÉ
Je vas t’en donner la clé... primo : pour tirer une carotte d'une, deux ou trois bouteilles de vin... vous avisez un camarade, vous linvitezi trinquer... quand les bouteilles sont rides, vous vous apercevez que vous avez oublié votre argent, vous allez le chercher et vous ne revenez pas.
BOCQCST.
C’est pas malin.
POMMELE.
Je passe sous silence les numéros trois et quatre, attendu que pour ça, il faut du courage et que c’est une chose qui ne se communique pas. . alors, j’arrive droit au nnméro deux.
BOCQCKT.
Souffler la passion d’un camarade. .. c’est ça qu’est difficile.
POMMELÉ
Pour un novice... mais pour nous autres, vieux lapins, rien de si aisé.. . il ne faut que de l'adresse et pas de timidité.
BOCQCET.
Deux objets très récalcitrants, et vous, n’êtes pas timide... vous, major?
POMMELÉ
Non, sacrebleu !.. et toi ?
BOCQCET.
J'ai cette incommodité... si vous saviez ce que ça m’a coûté... uu objet de mon endroit que j'aimais immensément, et qui in 'aurait peut-être correspondu, si j’avais osé lui en loucher le moindre mot.
POMMELE.
Quoi, tu ne lui as jamais ouvert ton coeur...
BOCQCET.
Jamais... je la regardais, qnand elle ne me regardait pas., je lui marchais sur les talons dans l'obscurité.. . je la couvrais de baisers quand j’étais seul dans ma chambre..,
POMMELE'
Jobard! *
Pommelé, Bocquet.
BOCQCET.
Enfin un jour que j'étais t’en train de la tutoyer. ..
Pommelé.
Tu la tutoyais?
BOCQCKT.
En moi-même.. . j’appris que s’êtant trou-a vée orpheline par la perle de ses parents , elle quitta te pays et ne reparut plus.
POMMELÉ
Bocquet, l'occasion se présente de te faire voir la manière d’escalader un cœur féminin . tu vas assister à un assaut que je piitonne dans ma tête. ,
BOCQCET.
Vraiment, major, et oî| ça?
pommelé, montrant la maison de droite.
Ici même... depuis hier cette bicoque s’est enrichie d’une taille et de deux pieds, qui m’ont sauté aux yeux et qui se sont immédiatement introduits dans mon coeur.
BOCQCST*
Et la figure!
POMMELÉ-
Je ne l'ai pas aperçue... avec ça que j’aûi la vue basse. . quoiqu’elle était hier i sa fenêtre, je n’ai pu la distinguer... mais n’importe, j’en suis amoureux, et...
BOCQUET. ,1
Ah! ça, mais dites donc, major, il me semble que vous êtes fiancé a une autre.
POMMELÉ
Qu’est-ce que ça fait ?
BOCQCET.
Vous n’aimez donc pas votre future?
POMMELÉ
Moi, nepasaimer: j’en suis ion..;...
mais mes sentiments matrimoniaux n’empêchent pas quelques légères escarmouches dans le camp de Cythère.
BOCQUET
Je ne savais pas... mais si votre fiancée d e son cftté. ..
I POMMELÉ
Les femmes n’ont point cette faculté
l’homme seul a le droit de Cumuler... Ainsi donc, Upin, sois attentif. .
BOCQOÏT. ; 'V
Soyez tranquille, major, on vous prouvera qu'on a des dispositions.
TOMMELÉ. % »
Voyons, paie et séparons-nous. i p
BOCQUET. u*
Crédié! j’ai oublié mon argent.
pommelé. ’ " " ’ 1 *. 1 k 4 Faut-il être étourdi !
BOCQCET.
Ne vous impatientez pat, major, i* W (t »
phercher. , lic i
POMMELE. /ItlOlU
Ne sois pas longtemps. (Bocquet sort ■)