‹ Les dévoilées du Caucase; notes de voyage. [par la] Duchesse de RohanChapitre 13 sur 30 · ISKENDER PACHA · texte numérisé non relu

ISKENDER PACHA

Général commandant des Guérillas ottomanes.

La Régente arrive le 26 novembre, en Iméréthie, au camp de Khoni. Le général Moukranski renouvelle ses propositions, la priant de ne pas intervenir, de se retirer à Koutaïs ou à ïiflis. Bientôt, le désaccord entre eux s'accentue; puisqu'il avait laissé les Mingréliens sans défense, elle irait se joindre à eux, son devoir étant de partager leur sort. Elle traverse à cheval, le Tskenistkhali malgré la crue des eaux : elle enfonce jusqu'à la ceinture. Le danger grandit, le général Koulébrakine arrive; on apporte le drapeau du Sardar, titre qui signifie généralissime de toutes les forces armées; ses beaux-frères la rejoignent. Mettant sur ses habits de deuil, le bourka et le baschlik des hommes, elle s'avance et prend part aux engagements d'avant-postes, et y reçoit les deux lettres suivantes :

Camp et quartier général d'Ontopo, le 6 décembre (25 novembre) 1855.

princesse!

Je comprends l'hésitation de Votre Altesse, mais cette hésitation, très excusahle chez une femme, peut, en se prolongeant, compromettre gravement vos intérêts et ceux de vos enfants. Les Russes, battus au Danube, en

Crimée, sur l'Ingour, partout enfin où on a pu les joindre, sont, Votre Altesse le comprendra, tout à fait hors d'état de défendre et de conserver leurs conquêtes du Caucase. Quels efforts tentent-ils? Ils se retirent toujours devant nous, brûlant leurs magasins, leurs provisions, ne respectant pas même les propriétés privées, mais n'osant et ne pouvant nulle part opposer aucune résistance.

Il a fallu près d'un siècle d'efforts, de sacrifices à la Russie, pour conquérir bien imparfaitement le Caucase, livré à lui-même, et oublié du monde entier. L'Europe a maintenant les yeux ouverts; elle est décidée à ne plus souffrir que les peuples restent plus longtemps plongés dans l'ignorance qui enfante la misère; elle veut que vous entriez dans la grande famille des nations civilisées, que vous profitiez enfin des avantages dont le ciel a été si prodigue envers votre pays.

C'est l'indépendance, la prospérité que nous vous apportons. Votre Altesse hésite encore? Permettez-moi de vous le dire, Princesse : Votre Altesse est Mingrélienne, princesse régente de Mingrélie, mais non pas sujette russe.

C'est à vous que Dieu a confié les intérêts sacrés de votre pays, de vos enfants, de votre peuple.

Ces peuples et ces pays-ci ne seront plus jamais soumis à une domination étrangère, mais qui peut assurer Votre Altesse que les gouvernements alliés, lassés par votre longue hésitation et ne voulant pas laisser votre peuple privé plus longtemps du soutien d'un gouvernement, ne considéreront pas votre abstentfon, votre exil comme un renoncement à vos droits et ne nommeront pas un autre prince du pays à votre place?

Je comprends tout ce que la situation présente d'embarassant pour une femme, mais quand on se trouve comme Votre Altesse, placée à la tête d'une nation, chargée des intérêts de ses enfants, il faut savoir prendre un parti.

Votre Altesse me pardonnera ma franchise et verra qu'elle est toute dictée par le respectueux intérêt que je ressens pour Votre Altesse.

Le colonel d'État-Major, détaché par S. M. l'empereur Napoléon III près de Son Altesse, le généralissime Omer

pacha.

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