GÉOLOGIE, MINÉRALOGIE
A la fin des dépôts jurassiques, de formidables éruptions ont soulevé le Caucase et la chaîne taurique qui, pendant l'époque de la craie, ont formé deux longues îles étroites. L'époque crayeuse vit se soulever les monts d'Akhaltzikh avec une partie des flancs du Caucase. Pendant l'époque tertiaire, la mer Noire et la mer Caspienne communiquaient par un bras, resserré entre l'île caucasienne au sud et
le plateau crayeux du Don, au nord. Il y avait deux golfes, celui de Golchide et celui de Géorgie. Le soulèvement qui eut lieu à la fin de l'époque quaternaire donna à peu près aux pays du Caucase la forme qu'ils ont actuellement. Les volcans et les eaux accomplirent la métamorphose.
Toute la Golchide a été un bassin tertiaire. Il se dessécha, et les débris de ses bouleversements ont été portés à 2.000 pieds au-dessus de la mer.
L'avant-veille de mon arrivée, il y eut à Salkhino un tremblement de terre : il était 11 heures du soir. Achille était couché, la secousse le réveille : il ne comprend pas, mais voit sa tante entrer brusquement en chemise de nuit, toute bouleversée, craignant qu'il ne lui soit arrivé malheur; heureusement les oscillations ne se renouvellent pas. Cependant l'église de Scadouache, à une quinzaine de lieues, est fendue, elle n'est pas la seule de la région; nous étions, nous, à Tiflis ce soir là, et ne ressentîmes rien.
Au fond des ravins, on trouve du calcaire blanc mêlé de silex jaspé rouge ou jaune, çà
d42 LES DÉVOILÉES DU CAUCASE
et là apparaissent les formations tertiaires de l'argile feuilletée et du calcaire grossier coquil ■ lier. Les cimes des grandes chaînes de Souanétie sont granitiques.
Les vallées de Tlngour, du Rion, de laTskenistkhali sont d'abord des pentes schisteuses et porphyriques ; puis viennent des bancs de calcaire jurassique, qui recouvrent le schiste; puis des formations crayeuses, dans les rivières. Parmi les porphyres roulés, on trouve : le rouge oriental, un bleu tacheté de jaune, un autre tacheté de rouge et de blanc; dans les granits, on distingue le rouge foncé, le rose pâle, du gris, du noir et du bleu entremêlés de mica, puis du basalte noir. Il y a des albâtres blancs et des jaunes plus ou moins foncés; du marbre blanc, rouge foncé, tacheté de vert; des morceaux de minerais de cuivre, de fer, de plomb et de jaspe. J'ai recueilli dans ma chambre une collection de toutes ces pierres pour le musée de Josselin (Morbihan).
Le sol des plateaux est généralement formé d'argile jaune, ocre ou rouge, ferrugineux. Le sous-sol est un tuf argilo-ferrugineux rouge, noirâtre, imperméable.
A Salkhino et à Suknano, on rencontre des roches noires, bleuâtres, grisâtres et blanchâtres incrustées de quartz hyalin, bonnes pour la construction mais difïiciles à tailler. Elles sont composées de carbonate de soude, de magnésie, de silice, d'alumine et d'oxyde de fer; de Tsalendjikha, on tire des meulières qui servent aux moulins que mille petits cours d'eau font tourner.
Il y a du fer à Tchuichi, des gisements de charbon à Salkhino, du sel gemmeà Abastouman près de Koutaïs, ainsi qu'une source contenant de l'acide sulfhydrique, du chlorure de sodium, de calcium et de magnésie, du sulfate de chaux, de la silice anhydre et du manganèse, à Djwari.
A Nakalahien, il y a des eaux thermales, à Tzaichi, une source sulfurique abondante en potasse et en fer.
Lucien nous lit beaucoup de traductions qu'il a faites du russe, entre autres la Fleur roug(\ de Garchin ; c'est la mort d'un fou, admirablement décrite. La gradation est habilement accentuée, le sentiment vrai est très impres-
sionnant. Il me traduit oralement des anciens contes mingréliens et me les raconte le soir sous la voûte étoilée de cet admirable pays ; leur naïveté me charme : tout ce qui émane des peuples sincères et simples me semble digne d'intérêt. Voici un des contes :
Un jour, un paysan nommé Jean Drabolgni rencontre un tchinka (lutin) et l'emmène de force chez lui. Il coupe les ongles démesurés au lutin et les enterre. Pendant quatre ans le nain demeure son serviteur mais un beau matin, le maître étant sorti, le nain découvre l'endroit où ses ongles sont cachés. Il les déterre et retrouve à l'instant même sa puissance diabolique; allumant un grand feu il fait bouillir de l'eau dans un chaudron, massacre les enfants du paysan, les fait cuire et... s'enfuit.