ET LE PRINCE ACHILLE MURAT
Ce beau jour est venu; chantons! Célébrons tous Le bonheur des amants qui deviennent époux! Chantons l'heureux hymen! Célébrons cette grâce Qui, sur leurs fronts unis, vient imprimer sa trace. Redisons aux échos leurs noms retentissants!... La beauté, la jeunesse et l'or et l'espérance, Rien ne leur a manqué. Le Caucase et la France Tressaillent en voyant s'embrasser leurs enfanis. Plus d'obstacle au bonheur... Allons! joie et largesse! Paysans et seigneurs, de vos cris d'allégresse Saluez, saluez la fille de vos rois.
Elle épouse aujourd'hui, dans nos murs, sous nos lois, De jeunesse et de grâce et de fleurs couronnée Un prince jeune et beau, fils de la Grande Armée!
Voyageur ignoré au bord de l'Heilespont,
J'ai pu fouler ton sol, ô riche Mingrélie!
J'ai gravi tes sommets escarpés dont le front
Se cache dans les cieux. Là comme en Italie,
A Naples, j'ai rêvé, sous ton ciel embaumé,
J'ai vu tes fiers enfants, tes bois, j'ai respiré
Les parfums qui, le soir, vers le ciel bleu s'élancent,
Quand les étoiles d'or dans l'ombre se balancent.
Qu'il est beau ton soleil ! que tes filles sont belles
Avec leurs noirs cheveux et leurs larges prunelles!
Quêtes guerriers sont beaux sur leurs chevaux fougueux Quand ils partent gaiement, l'arme au poing. Dans leurs Étincelle l'audace ! Ah ! l'amour et la guerre [yeux
Sont tout pour les enfants de cette race altière Princesse! vous avez, du pays du soleil, Rapporté pour briller au milieu de nos fêtes, La majesté, le charme et l'éclat sans pareil Qui rayonne en vos yeux et vous fait des conquêtes Laissez-vous admirer, soyez calme et sereine, Au bras de votre époux, car, du Phase à la Seine, Mille voix aujourd'hui redisent votre nom... Dadiani, Murât, illustres renommées.
Qu'il est beau d'admirer sur un double écusson Vos deux couronnes enlacées !
Dadians! Dadians! vieux guerriers levez-vous! Vous qui dormez là-bas, sous vos forêts antiques, Venez voir aujourd'hui, dans le temple, à genoux. Vos enfants, au milieu des fêtes pacifiques.
Murât, toi l'invincible, à qui Napoléon
Donna pour récompense et pour prix de ta gloire,
Sa sœur et Parthénope, illustre nation,
Quitte un instant ta tombe, ô fils de la victoire,
Viens glorieux soldat, viens et sur tes enfants
Lève pour les bénir, tes deux bras triomphants!
HENRI CAMMARTIN.