‹ Les devoirs des femmes dans la familleChapitre 18 sur 55 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

L'ECONOMIE AGISSANTE

Les bonnes ménagères no connaissent pas les longs sommeils; elles ignorent ces heures paresseuses pendant lesquelles Tâme» flottant entre les revers qui s'effacent et les premières perceptions de lu vie qui se font déjà sentir, se laisse aller mollement à toutes les fantaisies du cœur ou de l'imagination. Rien ne flatte autant l'indolente mollesse de notre nature ({ue ces moments de i*epos si doux , où Tan éprouve confusément le sentiment do l'existence, sans que renaissent encore les inquiétudes et les soucis. Mais cette première victoire de la paresse décide souvent du sori

de la journée. Si on laisse entrer clans son âme le besoin et la passion de la rêveriei si Ton ouvre ainsi la porte aux songes, si l'on détend volontairement tous les ressorts de Tactivitë, comment voulez-vous qu'on trouve plus tard en soi cette force vive, celte ardeur infatigable, cette rare pénétration qu'exige le gouvernement des affaires domestiques? Dans les choses positives et pratiques, il faut une intelligence sérieuse et ferme, qui ne cheixhe pas à chaque instant, comme un refuge, les gracieuses chimères de la fantaisie. D'ailleurs les premières heures, qui sont décisives pour la mère de famille, le sont aussi pour la maison. Tout ce qui n'est pas commencé avec vigueur, avec une sorte d'entrain, marche languissamment. Quand les domestiques sont encouragés, dès le matin, par l'active direction qui les met en mouvement, quand ils sentent , dès les premières heures de travail, veiller auprès d'eux l'œil du maître; quand ils reçoivent en commençant la prédication de

lexempie, ils se sentent animés d'une tout autre ardeur pour remplir leurs fonctions que lorsqu'ils . se voient abandonnés à leur bonne volonté y et qu'ils comparent la dure nécessité qui leur est imposée avec une mollesse qui ne prétend s'épargner aucune satisfaction. Si vous ne savez" triompher de cette mollesse , com« ment pourrez-vous suffire à la multitude des obligations qui vous sont imposées? Vous vous plaignez que le temps vous échappe des mains avec la rapidité du torrent qui s'écoule , qu'il vous manque pour remplir des devoirs essen» tielsy et vous vous plaisez vous-même à en abréger la durée ! Ces heures que vous sacri* fiez avec si peu de scrupule sont en réalité les meilleurs moments de la journée. Quand tout est calme encore autour de vous , que vous n'avez pas à redouter les dérangements multipliés qui surviendront plus tard, c'est assurément l'heure de vous rendre compte de vos projets y de résumer vos idées, de réfléchir avec maturité sur les détails les plus signifi*

catif« de voire existeneeé Dao6 ces premiers moments du jour^ h tête reposée par le som* metl possède le pleia exercice de son activité ) les pensées arrivent à Tesprit nettes et précisés( les objets se présentent solts leur jour vert» table y et l'agitation extérieur n'a pas encore jeté le trouble et la confusion dans les im» pressions de notre âme» Mépriser ces heurea de prédilection ^ c'est donc s'enlever volontai*» rement une immense ressource, c'est s'exposer à commencer avec une précipitation déplo* rable une journée dont les {H*emierB actes doivent porter l'empreinte du calme et de la réflexion. En effets quand on se lève trop tard^ la première pensée qui vous arrive est le sentiment du temps qu'on a perdu ; de là l'envie de foire en une heure une besogne qui en exige raisonnablement trois ou quatre; de là la précipitation, la confusion.

Certaines femmes ont trouvé le secret de prendre un heureux terme moyen entre la paresse et l'activité, en faisant à l'une et à l'au*

ti^ c{es ooncessions qu'elles croient inlcAligenles. Elles se lèvent de bonne heure^ mais, eomme pour se délasser de ee suprême effort, de ce sacrifice fait ^ leurs eonvietions y elles retombent affaissées sur elles-mêmes, semblables à une plante flexible à laquelle on en* lève son appui; et pendant plusieurs heui^s elles ne donnent pas plus signe de vie autour crelles que si elles jouissaient du plus profond aommeil.

Que foat^lles? quelles id^ oceopeat alors leur esprit? quels projets remplissent leur léle? Tout le monde l'ignore; on pourrait assurer qu'elles partagent elles«mâmee eette ignorance.

le n'ai pas besoin d'i^r^ier sérieuaf ment cette manière ingénieuse d'éluder une loi dont on reconnaît soionême la convenance et la nécessité. Je me demande seulement si ce ta* lent de tuer le temps, dont on use alors si bien , disparait complétaient quand on se décide rafin k donner signe de vie ; si de telles

habitudes ne sont pas caractéristiques, si elles ne suffisent pas pour donner la mesure de la personne qui les a contractées. Une telle façon d'agir ne rappelle-t-elle pas trop ces gens ac* tifs qui méprisent souverainement tous ceux qui ne se lèvent pas à quatre ou cinq heures, mais qui se dédommagent volontiers plus tard de la contrainte du matin? De tels aiTangements, en réaUté fort insignifiants, nous eau* sent trop facilement une admiration excessive de notre activité personnelle. Si nous y regardions d'un peu près, nous trouverions peut* être que notre manière d'agir n'est guère su* périeure à celle du vulgaire, et que notre vie n'est pas plus héroïque que celle de bien des gens pour lesquels nous n'avons qu'une assez médiocre admiration. Mais telle est la tendance de noire nature, que, pendant que nous sommes habiles à réduire les autres à leur juste valeur, nous déployons la même imagination pour nous grandit* à nos propices yeux. Les ruses les moins adroites nous font

illusion 9 les prétextes les plus frivoles nous paraissent d'excellentes raisons, et nous sommes disposés à accuser d'injustice ou d'esprit dénigrant tous ceux qui ne veulent pas se résigner à partager l'opinion que nous avons de notre propre excellence. Ne serait-il pas plus équitable de porter cette indulgence dans l'appréciation que nous disons des actions des autres, et de garder pour nous^inéme un peu de cette pénétration qui ne nous fait jamais défaut quand il s'agit des travers du prochain? C'est en vain que l'Évangile nous re* proche, avec une ingénieuse ironie, cette tendance de notre nature, trop facilement caressée ; nous y retombons sans ce:>se, et, tout en admirant l'humble prière du publicain, nous sommes toujours, sous notre manteau de christianisme, plus ou moins pharisiens.

Si l'on se rendait bien compte du prix du temps, on n'aurait pas recours à tous les vains prétextes dont je viens de pailler, pour éviter de l'employer d'une manière utile et conforme

aux ck&seins de ta Provktenee sur nous. Tool esprit qui veut sérieusement réfléchir n'a pas de peine à se convaincre que nous avons tous ici'bas une tâche à terminer, et que le temps nous est donné coimne un dépôt précieux , deait il faudra rendre compte au juge sévère des consciences et des cœurs.

La doctrine de (^Évangile, sur ce point ca* pitaly nVst guère mieux comprise que plusieurs autres enseignements du livre divin. Le Fils de Dieu n^exige-t-il pas que chacun fasse valoir, selon la mesui^ de ses forces et de son intelii-* geHce, le ti^esor mis dans ses mains par la eon* fiance du père de famille ? Croit*on qu*il nous laisse, dans la gestion de cet emploi , beaucoup de loisirs pour les fantaisies de notre paresse et de notre imagination ; qu'il nous permette de laisser et de reprendre à notre gré le fardeau qu'il nous impose en entrant dans la vie? Une telle manière d'envisager les choses est en contradiction formelle avec toute ta doctrine de noire Sauveur. Il ne. nous per*

inel pa6 même luie parole inutile ; il ve jusqu'à dire que si nous la prononçons ^ il en faudra rendre compte au jour de son juge* ment. En e(lfet| un soldat placé devant l'en^ netnî ne se permet pas de conversations fri« voles, il s'absorbe tout entier dans le sentiment des dangers de la patrie^ et n'a d'autre pensée que celk de combattre avec énergie, et de savoir au besoin mourir pour la défendre. Un habile ouvrier qui comprend l'importance de son œuvre, qui veut jouir des fruits do son travail , ne se distrait qu'avec une extrême répugnance de la tâche qu'il s'est volontairement imposée. Nous aussi, nous sommes les soldats de Dieu, destinés à veiller sans cesse sur les murs de la cité sainte; nous sommes les ouvriers du Pèrtt céleste, appelés à cultiver cette vigne mystérieuse dont il est parlé dans l'Évaogile eu tei*mes si pleins de grâce et de poésie.

Une fois que nous aurons bien conçu le scQtiment de notre vocation, notre intelligence s'occupera perpétuellement d'employer

chaque minute avec une consciencieuse ardeur. On ne sait pas tout ce qu'on peut faire en combinant avec adresse tous les moments dont on peut disposer, et en attribuant à chacun une occupation précise et déterminée. C'est à cause du défaut de prévision que beaucoup de personnes perdent . diaque jour un temps considérable. On les voit constamment embarrassées de leur contenance, incertaines sur le ^hoix de la besogne qu'elles doivent prendre, et perdant un temps infini dans des délibérations prolongées.

Je sais bien qu'avec tous les calculs du monde il est impossible d*empécher quelques lacunes de se produire. Le manque de parole d'un ouvrier, l'inexactitude d'un domestique, les lenteurs d'une personne qu'on attend, peu^ vent plus d'une fois déranger les combinaisons les plus habiles. Mais pourquoi ne pas avoir pour ces moments une besogne qu'on peut facilement laisser ou reprendre à son gré, un livre dont la lecture peut être inter*

rompue, enfin quelqu'une de ces occupations qui n'exigent ni beaucoup de temps ni beaucoup d'application ? C'est ainsi qu'agissent les personnes qui sentent vraiment le prix du temps y qui sont disposées à rendre compte, non-seulement d'une parole oiseuse , mais aus9i d'une minuté perdue. Il est facile de reconnaître ces sortes de personnes au soin qu'elles mettent à ménager le temps des autrès. Elles ont dans les affaires la promptitude et la décision, dans les conversations l'antipathie des longs discours et des bavardages superflus. C'est un des caractères les plus significatifs de tous ceux qui ont la vraie science du gouvernement. Us sont avares de leurs paroles bien plus que de leurs actes , tandis que les autres parlent beaucoup et agis* sent fort peu. Certaines maîtresses de maison emploient les trois quarts de la journée à dis« cuter avec leurs doniestiques ou avec leurs enfants. L'ordre le plus insignifiant exige des explications infinies. Rien n'énerve l'autorité

comme celte manière de Texercer* Pour que le commandement se grave bien dans les esprits, pour qu'il agisse promptenient sur les volontés j il faut qu'il ait quelque chose de la préci* sion et de la netteté des ordres militaires. Le langage des gens de guerre est véritablement admirable comme expt*ession d'autorité; oti voit qu'il est le résultat de profondes réflexions sur la nature humaine ^ et de Fexpé* rience de vingt générations de héros, habitués à gouverner les hommes et à les conduire à la victoire.

J'ai déjà dit un mot de l'influence de rexem«* pie j quand j'ai parlé de l'heure du lever; mais cette question se présente ici à un point de vue beaucoup plus général. Quelle part une maîtresse de maison doit'^elle prendre à l'actU vite qu'elle s'efforce d'entretenir autour d'elle? Quelle est la nature de son intervention dans certains détails de la vie doihestique? Si elle ne peut pas tout faire elle-même, n'existe*t-il pas des choses qu'elle ne doit confier h per*

sonne ? La solution de ces divers problèmes demanderait des détails infinis. Je vais tâcher^ afin de n'être pas trop ennuyeux ^ d/s dire en peu de mots tout ce qu'il est essentiel de sa< voir. Seulement, qu'on ne perde pas de vue que je suis obligé de me borner aux prin* cipes.

Le degré d'intervention personnelle , quand il s'agit des soins du ménage, varie selon les situations. Quand on a un certain nombre de domestiques, la direction , la surveillance, la tenue des comptes, etc..., exigent naturellement un temps assez considérable. Dans un petit ménage^ au contraire, la direction est presque nulle ; l'action personnelle a tout le temps de s'exercer et de s'utiliser pour le bien général. Eu pareil cas, les convenances de position, tout à fait différentes. Une mère de famille dont les ressources sout bornées, qui n'a que ' deux domestiques, et peut-être moins encore, peut se permettre et même doit s'imposer des

catifs de votre existence* Dam ces premiers inooients du joiir^ te tête reposée par le schumet! posaàde le pleia ex^trice de son activité; les pensées arrivent k Te^it nettes et précisés; les objets se présentent soits leur jour vérî<» table j et l'agitation extérieure n'a pas encoi*e jeté le trouble et la confusion dans les im» pressions de notre âme» Mépriser ces heures de prédilection ^ c'est donc s'enlever volcmtai*» renient une immense ressource, c'est s'exposer à commencer avec une précipitation déplo^ rable une journée dont les premiers actes doivent porter l'empreinte du calme et de la réflexion. En effet , quand on se lève trop tard^ la première pensée qui vous aiTÎve est le sentiment du temps qu'on a perdu ; de là l'envie de fiaire en une heura une besogne qui en exige raisonnablement trois ou quatre; de là la précipitation^ la confusion.

Certaines femmes ont trouvé le secret d« prendre un heureux terme moyen entre la pa« resse et l'activité, en faisant a l'une et à l'au^

ti^ c}es ooncesftions qu'elles croient intellU gentes. £Ues te lèvent de bonne heure, mais, eomme pour se délasser de ee suprême efibri, de ce sacrifice fait k leurs convictions , elles retombent affaissées sur elles-mêmes, semblables à une plante flexible à laquelle on en* lève son appui ; et pendant plusieurs heures elles ne donnent pas plus signe de vie autour d'elles que si elles jouissaient du plus profond sommeil.

Que font^lles? quelles idfes occupent |lors leur esprit? quels projets remplissent leur tête? Tout le monde rigaore; on pourrait assurer qu'elle» partagent elles->mêmea cette ignorance^

Je n'ai pas besoin d'apprécier sérieusement cette manière ingénieuse d'éluder une loi dont on reconnaît soisinême la convenance et la nécessité. Je me demande seulement si ce ta* knt de tuer le temps, dont on use alors si bien , disparaît complètement quand on se décide enfin à donner signe de vie ; si de telles

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