‹ Les devoirs des femmes dans la familleChapitre 21 sur 55 · CHAPITRE XUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XUI

L'ÉCONOMIE AGISSANTE

I^s bonnes ménagères no connaissent pas les longs sommeils; elles ignorent ces heures paresseuses pendant lesquelles Tâmei flottant enlre les revins qui s'effacent et les premières perceptions de la vie qui se font déjà sentiri se laisse aller mollement à toutes les fantaisies du cœur ou de l'imagination. Rien ne flatte autant l'indolente mollesse de notre nature que ces moments de i*epos si doux ^ oit J*an éprouve confusément le sentiment do l'existence, sans que renaissent encore les inquiétudes et les soucis. Mais cette première victoire de la paresse décide souvent du sort

de la journée. Si on laisse entrer clans son âme le besoin et la passion de la rêverie, si l'on ouvre ainsi la porte aux songes, si l'on détend volontairement tous les i*essorts de l'activité, comment voulez-vous qu'on trouve plus tard en soi cette force vive, celte ardeur infatigable, cette rare pénétration qu'exige le gouvernement des affaires domestiques? Dans les choses positives et pratiques, il faut une intelligence sérieuse et ferme, qui ne cherche pas à chaque instant, comme un refuge, les gracieuses chimères de la fantaisie. D'ailleurs les premièi*es heures, qui sont décisives pour la mère de famille, le sont aussi pour la maison. Tout ce qui n'est pas commencé avec vigueur, avec une sorte d'entrain, marche languissamment. Quand les domestiques sont encouragés, dès le matin, par l'active direction qui les met en mouvement, quand ils sentent , dès les premières heures de travail, veiller auprès d'eux l'œil du maître; quand ils reçoivent en commençant la prédication de

l'exemple 9 ils se sentent animés d'une tout autre ardeur pour remplir leurs fonctions que lorsqu'ils . se voient abandonnés à leur bonne volonté, et qu'ils comparent la dure nécessité qui leur est imposée avec une mollesse qui ne prétend s'épargner aucune satisfaction. Si vous ne savez^ triompher de cette mollesse j corn* ment pourrez-vous sufBre à la multitude des obligations qui vous sont imposées? Vous vous plaignez que le temps vous échappe des mains avec la rapidité du torrent qui s'écoule, qu'il vous manque pour remplir des devoirs essen* tiels, et vous vous plaisez vous-même à en abréger la durée! Ces heures que vous sacri* fiez avec si peu de scrupule sont en réalité les meilleurs moments de la journée. Quand tout est calme encore autour de vous , que vous n'avez pas à redouter les dérangements multipliés qui surviendront plus tard, c'est assurément l'heure de vous rendre compte de vos projets, de résumer vos idées, de réfléchir avec maturité sur les détails les plus signifi-

cattf» de voire existeacei Daofi ces premiers moments du jour^ Ik tête reposée par le som* meil possède le pleia exelxiee de son activité; les pensées arrivent k l'esprit nettes et précis^ les objets se présentent soUs leur jour véri» table j et l'agitation extérieure n'a pas encoi*c jeté le trouble et la confusion dans les îm» pressions de notre âme» Mépriser ces heures de prédilection ^ c'est donc s'enlever volontai** rement une immense ressource , c'est s'exposer à commencer avec une précipitation déplo* rable une journée dont les pi*cmiers actes doivent porter l'empreinte du calme et de la réflexion « En effet ^ quand on se lève trop tard| la première pensée qui vous arrive est le sentiment du temps qu'on a perdu ; de là l'envie de &ire en une heure une besogne qui en exige raisonnablement trois ou quatre; de là la précipitation^ la confusion.

Certaines femmes ont trouvé le secret de prendre im heureux terme moyen entre la pa« resse et l'activité, en faisant à l'une et à l'au-

(1^ clcs ooncessians qu'elles croieni inlelli* gentes. £tlea se lèvent de bonne beure^ mais, eorame pour se délasser de ee suprême effori, de ce sacrifice fait k leurs convictions , elles retombent affaissées sur eiles^méme^^ semblables à une plante flexible à laquelle on en* lève son appui; et pendant plusieurs heures elles ne donnent pas plus signe de vie autour d'elles que si elles jouissaient du plus profond

Que font^Ues? quelles idées oeettpent alors leur esprit? quels projets remplissent leur tdie? Tout le mQode l'ignore; on pourrait assurer qu'elles partageât elles^roémes eette ignorance^

Je n'ai pas besoin d'apprécier sét*ietts^ment eette manière ingénieuse d'éluder une loi dont on reconnaît sonmême b convenance et la nécessité. Je me demande seulement si ce ta« lent de tuer le temps, dont on use alors si bien , disparaît complètement quand on se décide enfin à donner signe de vie ; si de telles

habitudes ne sont pas caractéristiques , si elles ne suffisent pas pour donner la mesure de la personne qui les a contractées. Une telle façon dagir ne rap pelle- t-elle pas trop ces gens actifs qui méprisent souverainement tous ceux qui ne se lèvent pas à quatre ou cinq heures, mais qui se dédommagent volontiers plus tard de la contrainte du matin? De tels aiTangementSy en réalité fort insignifiants , nous causent trop facilement une admiration excessive de notre activité personnelle. Si nous y regardions d'un peu près, nous trouverions peutêtre que notre manière d'agir n'est guère supérieure à celle du vulgaire , et que notre vie n'est pas plus héroïque que celle de bien des gens pour lesquels nous n'avons qu'une assez médiocre admiration. Mais telle est la tendance de notre nature, que, pendant que nous sommes habiles à réduire les autres à leur juste valeur, nous déployons la même imagination pour nous grandir à nos propices yeux. Les ruses les moins adroites nous font

illusion 9 les prétextes les plus frivoles nous paraissent d'excellentes raisons, et nous sommes disposés à accuser d'injustice ou d'esprit dénigrant tous ceux qui ne veulent pas se résigner à partager l'opinion que nous avons de notre propre excellence. Ne serait-il pas plus équitable de porter cette indulgence dans l'appréciation que nous faisons des actions des autres, et de garder pour nous-même un peu de cette pénétration qui ne nous fait jamais défaut quand il s'agit des travers du pro* chain? C'est en vain que l'Évangile nous re« proche, avec une ingénieuse ironie, cette ten* dance de notre nature, trop facilement caressée ; nous y retombons sans ce^se, et, tout en admirant l'humble prière du publicain, nous sommes toujours, sous notre manteau de chris* tianisme, plus ou moins pharisiens.

Si l'on se rendait bien compte du prix du temps, on n'aurait pas recours à tous les vains prétextes dont je viens de parler, pour éviter de l'employer d'une manière utile et conforme

aux cle&seins ck» la Providence sur nous. Tout esprit qui veut sérieusement réflëchir n'a pas de peine à se convaincre que nous avons tous ici-bas une Iftcbe à terminer, et que le temps nous est donné comme un dépât précieux , dont il faudra rendre compte au juge sévère des consciences et des coeurs.

La doctrine de TÉvangile, sur ce point ca« pital, n'est guère mieux comprise que plusieurs autres enseignements du livre divin. Le Pits de Dieu nVxîge*t-il pas que chacun fasse valoir, selon la mesui^ de ses jfbrces et de son intelligence, le ti'ésor mis dans ses mains par la eon* fiance du père de famille ? Croit-on qu*il nous laisse, dans la gestion de cet emploi , beaucoup de loisirs pour les fantaisies de notre paresse et de notre imagination ; qu'il nous permette de laisser et de reprendre à notre gré le fiirdeau qu^il nous impose en entrant dans la vie? Une telle manière d'envisager les cKoses est en contradiction formelle avec toute la doctrine de noire Sauveur. ]l ne. nous per-

met pas méiii« une parole îauiile ; il va ju$^ qu'à dire que si nous la pronoaçooS) il eu faudra rendre campie au jour de son juge* meiii. En effet ^ un soldat placé devaul l'en-* neuii ne se permet pas de oonversations fri« voleS| il s'absorbe tout entier dans le sentiment des dangers de la patri^ et n'a d'autre pensée que celle de combattre avec énergie, et de savoir au besoin mourir pour la défendre* Un habile ouvrier qui comprend l'importance de son œuvre» qui veut jouir des fruits de son travail | ne se distrait qu'avec une extrême répugnance de la tâche qu'il s'est. volontairement imposée. Nous aussi» nous sommes les soldats de Dieu» destinés à veiller sans cesse sur les murs de la cité sainte ; nous sommes les ouvriers du Père céleste» appelés à cultiver cette vigne mysté* rieuse dont il est parlé dans l'Évangile eu termes si pleins de grâce et de poésie.

Une fois que nous aurons bien conçu le sentiment de notre vocation» notre intelligence s'occupera perpétuellement d'employer

changer perpétuellement d'altributions et de besogne. Avec un pareil système , toute règle est impossible. Croyez -vous d'ailleurs qu'un cuisinier se perfectionne en s'occupant de jardinage^ et qu'un valet de chambre devienne fort habile en soignant les chevaux ? La division du travail, faite d'une manière précise et stable, est la condition indispensable de tout oi'dre régulier. Si la modicité de vos ressources vous oblige à confier deux fonctions à un seul domestique, vous devez faire ea sorte qu'elles aient entre elles une certaine analogie, et ne pas tenir, comme l'Avara de Molière, dont je parlais tout à l'iieure, à réu-> nir dans le même personnage votre cuisinier et votre cocher»

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