‹ Les devoirs des femmes dans la familleChapitre 8 sur 55 · L'AMOUR DE LA DOMINATION · texte numérisé non relu

L'AMOUR DE LA DOMINATION

L'amour de la domination est la plus subtile de toutes les passions, et la dernière qui meure au cœur de l'homme. C'est un Protée qui sait revêtir toutes les apparences^ surtout celle du détachement et de l'abnégation. Vous trouveraz partout des cœurs capables des plus étonnants sacrifices, des âmes de bronze sur lesquelles la douleur semble glisser, des esprits inflexibles qu'aucune terreur n'épouvante, qui sauraient résister à toutes les séditions des multitudes et à toutes les menaces

des tjrans! ce sont là dos merveilles qui sont

féternel honneur de la nature humaine, et qu'on foule, pour ainsi dire, aux pieds. Mais où trouverez-vous un caractère assez grand, assez pur, assez femia pour ne céder jamais aux. irrésistihles attraits de la domination? Oli tit)iiyiei«z^rou# tine inttitf geiioe mun sublime pour planer avec sérénité au dessus de cet univers sans rien désirer, sans rien ambitionner?

Si j'élève ma pensée jusqu'aux régions célestes, ou cessent îes murmures de la chair et du sang; si, porté sur les ailes de fesprit, je pénètre dans les cieux, j'aperçois, au mîlîen des phalanges sacrées, des trônes privés de leurs immortels habitants, des couronnes brisées, des gloires qui semblaient éternelles éternellement abaissées...,. Quelle passion a donc pu dompter ces natures privilégiées, et leur faire méconnaître et blaspliémer Celui qui vît dans les sièdes des siècles ?. . . L'amour de la domination!

Si je descends dans les aimnes creusés p»r

h vengeance du Toul-PttiâiaQl^ je trouve cka» ces demeures de la nuit ces^aatre^ éUoui»* aants dont Féclat faisait pâlir les plus belles des étoiles qui brillent au 6rniaineiii# Com^ meot doDc les preiniers-iiés de la création^ les esprits au front radieux ^ out-^ils pi» inériter ces rigueurs inflenibles, cet enil sans coosobn tîon, ce désert sans verdtire et sans eau^ et^ coninie le dit admirablement fiossuet^ ce pleur éternel? L'amour de la douiination a creusé ces abtme», forgé or» fers^ causé ces tortures, précîfHté des cmii^ les câestes archanges^ ka princes de la divine armée ! Il a fallu toute sa [Kiîssanœ pour aveugler ces rares intelligenees, pour séduire ces oceurs purs , pour soulever contre Dieu lui-même les premières œuvres de ses mains !

En vain le christianisme l'a condamnée^ cette passion égoisle et foneste ; en vain il nous a montré le Yerho de Dieu sous la forme de l'esclave; en vain il nous l'a présenté privé de grâce et de beauté, meurtri de soiifllets^ oou«

vert de crachats, babillé en roi de théâtre avec un sceptre de roseau et une couronne d'ignominie: la nature d'Adam, plus forte que toute notre foi, plus forte que rÉyangile, quq les maximes des docteurs, que les exemples des saints, cette nature continue à détester tout joug, à repousser comme une intolérable servitude la dépendance la plus nécessaire, à vouloir tout rapporter à soi, tout enchaînera ses volontés, tout écraser sous ses caprices ! N'allez pas croire que vos' pénitences multipliées, vos larges aumônes, vos longues prières, vos sacrifices de cœur, vous préserveront de cette universelle tentation! Vous avez, h ce qu'il vous semble, tout abandonné, et, à peine rentrée au foyer domestique, vous trouverez je ne sais qudie résistance; la douceur s'aigrira, les bonnes résolutions s^envoleront comme des rêves, la simplicité de la colombe sera vite ou* bliée , l'agneau deviendra lion ! Rien n'abaisse plus la dignité du caractère que ces soudaines et tristes métamorphoses, rien ne montre

mieux tout ce que cachent d'égoistne et de petitesse tant de vertus qui se disent et peut* étre^ hélas ! se croient ëvangéliques.

Il y a dans cette contradiction , qui semble inexplicable , une des plus curieuses manifes« tations de la nature féminine.

Chez les hommes, ramour de ta domination semble vouloir embrasser l'infini. Chaque conquête appelle une conquête nouvelle. Aman ne voit plus qu'un seul homme, dans le glorieux royaume d'Iran, qui refuse de courber le front devant le ministre du roi des rois, et la tristesse est entrée dans son âme. La terre se tait devant Alexandre, et le fils de Philippe trouve l'uni*vers étroit, la vieàride^ et le monde insuffisant pour satisfaire l'immensité de ses désii*s. Chez les femmes, l'amour de la domination n'a pas besoin de sortir ainsi du cercle modeste de la vie intérieure. Destinées à la famille par un instinct irrésistible, les femmes enferment dans ce cercle borné les passions impétueuses

de leur ardente oature. L'amour de la domi-

nation, resterré^ pour ainsi dire, ctaiis cet es* p^ce étroit, 9e co»ceiitre et s'aggrave* Ne pouvant se disperser, coiYftne ceta arrive chez ies hommes, sur ttne inohitude d'objets, it éfreint arec une redoutable obstînatton tout ce qui tombe sous son action directe. La femme se fart au foyer dotneatique mt empire qu'il lui faut d'abord conquérir, pois dominer, puis défendre contre les ennemis du dedans et du dehors^ J'ai vn des femmes déployer dans cette lutte perpétuelle toutes les qualités... et tous le» défauts des hommes d'Etat, toute leur m* fatigable activité, leur ténacité invincible, leur patience héroïque. .. maisaussi tout cet égoîsme odieux qui sait tout sacnfier pour éterniser sa domination. Si vous saviez combien on trouve chez elles de réflexions prc^ondes, de combinaisons ingénieuses^ d'artifices sans cesse re* naissants I £lles ont, comme Richelieu, à gou» vemer un maître fantasque et mobile, un mahre que leur disputent tantôt une mère non moins ambitîeose qu'elles, tantôt une sœur

avide elle-ineine cleaa {>iirt de pouvoir, ou bien des favoris qui savent également la route du cœur qu'il faut gagner I

J oubliais dédire quelles trouvent souvent encore, comme le grand cardinal, riiiQuence des maîtresses, qu'il faut savoir combattre et prévenir. L'indomptable aiîtivité du cœur de Tbomme se déploie dans ta vie de famille avee une ardeur qui échappe aux regards disirait» du vulgaire. Là se cachent des drames saisissants, des péripéties inattendues, des cbules sou*» daines et profondes, comme celles d'un Aman et d'un Menzikoff. On a vu quelquefois crouler si^ bitemeot des dominations incontestées, et qui, depuis vii^t ans, semblaient braver la mdûlité des événenieats* Bien des femmes ontain»i leur 24 février, et voient en un jour leur empire renversé par Wà basait qui semble inexplicable. Mais le hasard n'est qu'un mot vide de sens; et quand les empires finissent, c'est toujours par suite de quelque faute cachée, de quelque imprudence inaperçue, de quekfue

retour inévitable des lois impérieuses qui gou* vernent la nature humaine. Ce qui se passe clans les États se remarque aussi dans la famille; car rhomme est partout le même y partout il se retrouve avec des manifestations analogues, dans la cabane des bergers comme sur le trône des empereurs. Si l'histoire présente tant d'énigmes, c'est qu'on veut trop l'expliquer par de magnifiques théories^ et pas assez par le développement des passions de l'inimanité. Que serait devenu le monde si le nez de Cleopâtre avait été mal fait? Cette remarque ironique et profonde de Pascal s'applique à bien des événements dans lesquels on s'exténue à trouver des mystères. Mais laissons la philosophie de l'histoire... et revenons à nos modestes tableaux.

Je disais qu'on voit souvent dans les fa* milles les dominations les plus solides en apparence crouler en un jour. C'est que la passion du pouvoir rencontre perpétuellement devant elle une passion non moins vivace et

non moins ardente, le désir de Tindépendancc. Tant qu'il considère comme désintéressés les conseils qu'on lui donne, tant quil regarde comme inspirée par lesprit de dévouement Tinfluence qu'on exerce sur lui, un mari aban* donne, avec résignation, à sa femme le gouvernement du foyer domestique, et lui laisse volontiers un empire qui lui semble devoir profiter aux intérêts communs. Malheureusement l'esprit de domination est égoïste et vaniteux. Il tient non-seulement aux réalités du pouvoir, mais il en veut les apparences et l'éclat extérieur. Les femmes qui sont imbues de ce déplorable esprit ne se contentent pas de gouverner la famille , il faut encore qu'elles l'avilissent avec son chef , -en affectant de mépriser et de fouler aux pieds , dans toutes 1^ occasions , les convenances les plus respectables. C'est alors que la passion de l'indépendance renaît dans les cœurs qui semblaient complètement asservis; on trouve autour de soi mille raisons de révolte , on s'exagère sa

sef-ytlude , et , après avoir jmië le rôle (l*esdaye^ on ambitionne celui de fjran. C'est de ïk que viennent ces tmîes réactions qui empoisonnent la vieillesse de tant de mères de famflie, qui subissent bien sotfvent )e cArâti* ment d'un égoîsme secret qui tôt ou fard laisse deviner ses calculs et son hypocrisie. L'habi* titde des lo«gs succès endort ta vigilanee ; mt di&sfmnle de mointf en moins ses intentions et se» projets; on ëveilte le doute dan» les àmtn les plus crédnles et les plus confiantes; ott perd, par une série d'imprudences, totit ce qu'on avait conquis h force d'adresse, de patience et de calcut, et l'on se trouve enfin un jour etHHptétemeot démasquée , vaincue sans combat , fer rassëe d'un seul eoop !

Quelques personnes s'empressei*ont de ccmelure que je condamne toute influence des femmes dans la famille, et qoe je prétends tes réduire au râle de premières esclaves d*ttne espèce de ]>acba que j'appelle — un mari. — Une telle pensée est bien loin de

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mou esprit; p suis, (out au contraire, dis* posé à faire à l'action des femmes la pari la plus fiatisfâisaote et ia plus large, pourvu qu'elles s'inspirent dta dévouement aux intérêts commuas^ et qu'elles n'écoutent jamais lescoo-r saiU perfides d'une personnalité toujours empressée de renaître et de tout envahir.

L'intelli|[ence et leicar^etère n'oni point d^ sexe 9 et il s'en faut souvent qu'ils soient Je privilège du clief de la &mille. Combien ne voit^on pas de maris complètement incapables de toute espèce de direction morale, et même d'adniinisti^tion des af&ines maté* riallejS? Faudra-t-il paj' esprit de modestie, et par antipathie de tout ce qui ressemble à U domination, qu'une femme abandoniie au hasard les intérêts communs? Serait-ce là entendre sagement et raisonnablement l'humilité chrétienne? Ne serait-ce pas plutôt de la paresse et de l'apaibie, ce que tant de fenunes se permettent , sous pi*étexte de réserve et de modestie ? Assurément il n'est

jamais entré dans ma pensée de favoriser un pareil travers ; je n'ai jamais prétendu inter* dire aux mères de famille dé suppléer à Tinca* pacitéy souvent notoire, de leurs maris, et de saisir le gouvernail des affaires domestiques , quand il n'y a que leur main qui puisse le tenir avec la vigueur nécessaire. J'irai plus loin : j'oserai dire que rien ne donne une plus grande idée de la femme, telle que l'énergie des croyances religieuses l'a faite, qu'une mère capable de tout maintenir et de tout sauver, de porter avec une noble et courageuse aisance tous les fardeaux de la famille, de prévoir tous les embarras, de tenir tête à toutes les difRcultés, et d'être, pour son mari comme pour ses enfants , une providence infatigable et vigilante. On rencontre assurément de ces grands caractères; mais ce qui est plus rare, c'est de trouver dans le même cœur cette énergie virile et cette modestie gracieuse, qui sera toujours la plus belle parure d'une femme qui comprend la grandeur simple et sans faste de sa mission.

Elle doit méditer sans cesse ces admirables et profondes paroles du divin maître : «c Que

<X CELUI QUI £ST LE PLUS GRAIfD SE FASSE LE

« SERVITEUR DE TOUS ! » Elle doît coiiclurc de cet oracle sacré, que si elle a reçu du ciel une intelligence pénétrante, un caractère ferme et vigoureux , un cœur sympathique, elle doit employer ces donc précieux au service de ceux auxquels la Providence enchaîne sa destinée. Elle doit être dans la famille la force des faibles, la consolation de ceux qui souffrent, la lumière des aveugles, la patience de tous ceux qui portent difficilement les fardeaqx de la vie. Au lieu d'employer ses facultés -supérieures au triomphe de son égoîsme, en travaillant à dominer suc tous ceux qui lenvironnent, elle doit se consacrer à leur adoucir les souffrances inséparables de l'existence, et suppléer à tout ce qui leur manque d'intelligence et de volonté. Mais comme personne ne doit s'enorgueillir des dons qu'il tient de la libéralité de Dieu , une femme vraiment raisonnable et

chrétienne, au lieu de se meitre à chaque instant au premier plan de la fitmille, travaillera sans eessa à faire valoir son siari et ses enfants, et à dissimuler les lacunes de leur esprit et ies-înipei*fections de lew earactère* Elle se fera ainsi -^ toute à. tods, — pour me servir d'une belle parole de saint Paul ( 1 ), afin de les afiennir dans la vole de la raison et dans Tintimité d'une af&ctton commune. Au lieu de désunir les inembresde la fauiille pour les aaservir plus atsénient^ elle sera Tinvisible lien qui maintiendra mi foyer domestique cette « dîtrine paix , qui sur<^ « passe tout sentiment (12). »

Une pamlle influence ^ au lieu d'être k charge à son mari et à ses enfanta, sera sMcessairetnent bënie de tous ceux qui l'environnent. G^te domination du dévmiement et du sacrifice n'aura pas à ciaindre les réactiona iné-

(i) « Omnia omnibus factus sitni, »

(a) « P«jc Dei, dît saint Paul, quœ exstiperat ointiem sensum. »

vitables qui renversent presque toujours les pouvoirs égoïstes. L'autoritc qui ne se fait connaître que par des bienfaits est la seule qui puisse se promettre de conquérir véritablement les cœurs et de gouverner les intelligences. Le pouvoir est, dans son idée chrétienne, un ministère, c'est-à-dire un service, et non pas un moyen donné à ceux qui le possèdent pour s'élever orgueilleusement audessus des autres, et pour les soumettre à tous les caprices qui peuvent naître dans une imagination sans règle et sans frein.

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