‹ Les diables roses comedie en cinq actes melee de chantsChapitre 60 sur 71 · EPRISE DE L’EN8EM0LE · texte numérisé non relu

EPRISE DE L’EN8EM0LE

armand, lui offrant ea sîéçe. Puis-je vous offrir quelque chose, mademoiselle ?

Henriette. Monsieur, voulez-vous me le rendre, oui ou non? armand. A lft menace des plus cruels supplices, je répondrais encore non.

Henriette. Et comment appelez-vous ce que vous faites là? armand, («UmiiKnt. Je l'a|q>elie du l'héroïsme, mademoiselle, quand la demande est faite par une personne aussi jolie que vous.

Henriette, le regtftUoL Ah ! voilà pourtant la parole d’un homme d’esprit!

ARMAND. Kl de goût.

Henriette. Et de goût ! C'est ce que je voulais dire. Si nous causions toujours comme cela, nous Unirions peut-être par nous entendre, monsieur.

armand. C’est mon désir le plus cher, mademoiselle. Henriette. Voyons, soyez franc : depuis quand ce petit animal est-il chez vous?

arhand. Depuis hier au soir; j'avais laissé raa fenêtre ouverte, et j’ai trouvé en entrant ce charmant bébé, assis sur mon bureau, et lisant & sa manière ce roman, (u munir» «a

roman tout ronjé «4 lUefciré par l’cctirrniJ.)

Henriette. Ah! je vois ce que c’est l Vous voulez!... Oh ! je payerai le dèg&t... et je vous prie en outre d'excusrr...

armand. Mais rien du tout, mademoiselle. Il me dispense de lire le reste, c'est moi l’obligé, (tt j*tc te livre.)

Henriette. Alors, monsieur, je ne comprends pas! Vous reconnaissez que c'est un fugitif, vous ne voulez pas de dom mages- intérêts, et vous le gardez 1 ahmand. Je le garde.

HENRIETTE. Parce <JUe ?

armand. Parce qu’il est à moi.

Henriette. A vous ? Et de quel droit?

armand. Du droit de propriété antérieure à la vôtre.

Henriette. Antérieure?

armand. Mais oui, cet écureuil est mon éiève. Je l'ai •cbeié quarante sous un marché Sainl-Gerniuin , il jf a six mois, et il y en a trois que l’ingrat m'a quitté, séduit probablement par vos coupables avances, par vos promesses fallacieuses.

Henriette. Monsieur!,..

armand. Ob t je ne veux pas approfondir oe mystère ! Mais on ne quitte pas comme cela le domicile paternel pour se

réfugier chez une femme, si cette femme n’a pasprissur nous un empire... que je ne TOUS pas qualifier.

Henriette. Vous me calomniez, monsieur I Je ne le connaissais pas, je ne lui avals jamais parlé, et c’est de lui-même qu’il s’est réfugié chez moi, ce qui, entre parenthèse, ne fait pas votre éloge.

armand. Pas plus que sa fugue d’hier ne fait le vôtre. Henriette, vivmeat Ah I c’est bien différent ! U ne m’a pas quittée, moi.

armand. Qu'est-ee qu’il a donc fait?

Henriette. 11 a voulu courir un peu, voir du monde, étendre le cercle de ses connaissances; il est venu chez vous en voisin, et vous Pavez surpris, enchaîné, détenu contre sa volonté.

ahmand. Ali! contre sa volonté!... Qu'en savez-vous? H n’a pa» prolesté, il n’a rien dit.

Henriette, émirat i récurcuii. Eh bien, vous allez voir! ARMAND, preiuot 11 eajr* «t l'apportutl wr la UMe. N<>US allons Voir ! Henriette, à ITcarvuil. N'est-ce pas. mon petit chéri, que tu ne veux pas rester avec ce vilain monsieur?

armand. N’est-ce pas, mon bijou, que tu veux rester avec papa?

hfnriette. Vous voyez bien que c’est moi qu’il regarde. ARMAND. Mais pas du tout, c’est moi.

HENRIETTE, tirant ira macaron d* u poch«. Cê pauvre mignon qu’on a enlevé à son amie Henriette, qui lui donnait du bon nanan! Tiens, mon chérubin I armand. Oh! des macarons! des douceurs ! Nous aimons bien mieux noire bon ami, qui nous donne des noix, une nourriture saine et substantielle* (U lui duan< une uoit.) Henriette. Vous lui faites peur.

armand. Pas du tout, c’est vous qui l’influencez.

Henriette. Regardez! il me tend les bras.

armand. U tenu les bras au macaron. N’est-ce pas, mon petit Rodolphe ?

Henriette. D’abord, il ne s’appelle pas Rodolphe, il s’appelle All-llaba.

armand. C’est ça. Vous l’avez débaptisé ; vous lui avez donné un nom turc : Ali-Rab.i! un nom de renégat 1 Henriette. Ali-Baba !

ARMAND. Rodolphe t HENRIETTE. Ali-Baba !

armand. Rodolphe !

Air ; Sdt'Hhr et Financier.

HENRIETTE, k I Veamul.

U jour, la nuit, eu banne mère,

J'ai toujours veillé sur Ion petit berceau.

ARMAND

Avec le dévouement «l'un frè-e,

Moi, je t'ai guéri d'un r hume de cerveau!

HENRIETTE

Tourne, mou bel écureuil!

ENSEMBLE

Tourne, tourne, tourne, etc.

henbictts.

Tourne vers mol, tourne l’oit!

ENSEMBLE

Tourne, tourne, tourne, tourne l’*il!

DEUXIÈME COUFLET.

MER RI ITT S.

Si lu reviens clwt t.i maîtresse.

C'est de plots sucrés que Cou le nourrira!

armand.

N'écoute pus celte promesse;

Jo lo ferai voir le bal de l’Opéra!

ENSEMBLE

Tourne, mou bel écureuil, etc.

(Arm .nid mmrt» la csçe sa fond.)

Henriette. Ah! c’est comme ça?... Eh bien, je le ferai réclamer par le juge de paix !

armand. Piaillons... ça m’est égal!

Henriette. Et je dirai tout ce que j'ai fait (tour luit armand. Et mot aussi.

HENRIETTE. Et qu’ust-ce que VOUS avez fait... vous? ahmand. Ce que j'ai fait?... C’est moi qui ai guidé ses premiers pas... qui lui ai inculqué les jiremier» principe* de 1a propreté et de U morale... qui ai formé son jeune coeur !..

L’ÉCUREUIL

HENRIETTE. Oui, il était gentil, le petit, quand il est arrivé chez moi I Gourmand, grognon , malpropre, fait comme un voleur, sentant la pipe, et élevé... pour un rien il aurait juré!...

armand. Preuve d’une éducation virile l Henriette. Tandis que moi, ju lui ni fait un joli nelit nid! Je ne lui ai mis que de bons exemples sous les yeuxl Ce n’est pas chez mot qtfil a jamais entendu des propos à faire rougir! On ne fume pas, chez moi!... On ne jure pas, chez moi !

armand. C’est-à-dire que vous l’avez efféminé! denriette. Et, surtout, c'est propre, chez moi!... Taudis qu’ici...

armand. Elle va insulter mou logement, maintenant! Henriette. Ah ! il est bien tenu!... je vous en tais mon compliment! ( Nonlraat le Irevmin *1 l'oreiller.) Regardez- moi Cela ! quelle tournure!... Mais ou ne la fait donc jamais, votre chambre t

ARMAND, rinnuil le Irererun eacscliiite cl le rejetant aur le lit. Si, tollS le- matin?... le père Poirier!... Mai; il a une manière à lt.il Henriette. Et vous cruyez que ce pauvre Ali-Baba pourra vivre dans ce fouillis?

armand. J’y vis bien, moi!

Henriette. Mais si encore il v avait une femme ici!... Si vou; étiez maiiê, je serais tranquille! Il y aurait quelqu’un pour le soigner!

armand. Ah ! si ce n’est que cela, rassurez-vous... je me mario dans quinze jours!

Henriette. Vous vous mariez !... vous vous mariez!... Avec qui?

armand. Tiens! est-ce que cela vous regarde?

HENRIETTE. Mais oui, ça me regarde... à cause d’Ali-Babn ! armand. Oh! soyez tranquille! j’ai (ait un bon choix pour lui.

HENRIETTE, virement. Qui encore?...

armano, mu pe (Ait. Mais est-ce que Cela VOUA regarde? Henriette. Mais oui... cela me regarde, à cause d’Ali-Boba! armand. Au fait ! pourquoi le cacherai-je? C’est une personne de la maison... mademoiselle Adeline.

Henriette. La grande sèche... qui demeure en face?... Ah! mais non!

armand. Comment, non ?

Henriette. Ça ne inc convient pas du tout!

armand, surprit. Ah! ça ne vous convient...

Henriette. Une fille qui vit on ne sait de quoi! Sans soin, paresseuse , bavarde, cancanière... qui ne rêve que restaurant, bal ou spectacle I armand. Elle insulte ma future, à présent!

Henriette. Je n’en veux pas!

armand. Mais...

Henriette. Je n’en veux pas! U serait trop mal soigné ! armand. Ah çà, il faut que je me marie pour voire bétc, maintenant?

Henriette. Ah! mariez-vous comme vous vomirez... ça m’est bien égal, à moi, pourvu qu’Ali-Baba soit heureux I armand. Mais je me moque d’ Ali-Baba, moi!

Henriette, courent i b c»ge. Alors, laissez- moi l’emporter ! armand, lui t tn toi le chtrotn. Mais non, vous ne l'emporterez pas!

Henriette. Alors, n’épousez pas Adeline I armand. Elle est trop forte, celle-là! elle est trop forte I Henriette, preotut i'«cureuil dut *« br«. Mdis vous ne savez donc nas? Ces petites bêtes, ça a besoin d’élre aimé, d’étre dorloté!... c'est si doux, si craintif! Regardez... tenez, comme il me regarde d'un air effaré; il sent qu’on veut lui donner une marâtre, pauvre mignon ! Tu as bien raison, va... je la connais cette grande fille-là!... Elle tu laisserait manquer de tout, elle te battrait... et tu u’aurais d’autre défense que de pleurer connue un petit enfant!

ARMAND. Ah! vous CrOjeZ? (il pMM k gaoebe.)

iiENiii eite. Si je crois?... Eh bien, qu’est-ce que vous avez?

(Elle remet l'ecureuit (Uni U cape et dcicenil. )

armand. Rien, rien; mais co mot que vous venez de dire au hasard... c’est si singulier.

HENRIETTE. Quoi donc ?

armand. Vous avez parlé d’enfant, et si vous saviez... Voyons, là, vraiment! est-ce nue vous croyez qu’un enfant ne serait pds heureux avec Adeline?

Henriette. Ah! le sien peut-être... je ne dis pas. armand. Le sien, oui... mais celui d'une autre?

Henriette, ioanae» *elui il’une autre?

armand. Eh bien, oui , tenez... le mot est lâché; et puis vous avez bon cœur, vous, c'est évident! Vous êtes douce, vous êtes tendre!... et c’est être le ciel qui vous envoie pour me donner un bon conseil, dont j'ai grand besoin, car je ne me

] marie pas pour moi seulement... mais pour un petit être que j’aime, que j'ndorel... Enfin, j’ai uu entant 1

HENRIETTE. Ah!

| armand. Oui... une pauvre jeune fille que... enfin, une folie i de jeunesse; mnisj’allais tout réparer, j'allais l’épouser... elle est morte... en le mettant au monde! Et si je vous disais, mademoiselle Henriette, que je ne puis pas y penser, après deux ans, sans que tout mon cœur... car, avec mes airs de tapageur .. je ne suis ni mauvais, ni léger, croyez-le, et quand j'aime, surtout... oh! j’aime bienl j Y aime toujours... même après... Et, vous le voyez bien, tenez, puisque, encore maintenant...

Henriette. Obi oui, je le vois bien !

armand. J’ai doue tout reporté sur l’enfant... que j’ai reconnu I Il est bien portant, comme sa mère, et gai., il faut voir cela !... Vous le verrez, je l’ai rnis en nourrice à Saint- Matir; car, vous comprenez qu’ici, dans ce fouillis, comme vous disiez...

Henriette. Pardonnez-moi !

armand. Si, si, vous avez raison !... c’est un fouillis! Il manque une femme, je le sais bien, pou* moi, comme pour le peut, et puui lui surtout! Et c'est pour cela que j’avais pensé à cette... à l’autre, enfin ! Jt me disais ; un lion mari qui l’aimera, uu enfant qui ne demande qu’à l'aimer, il lui sera bien facile d’étre une bonne mère.

HENRIETTE. Et VOUS lui AVCZ mCOIIté ?

armand. Rient... Je n’ai pas encore osé lui dire ce que je vous dis là. Je roulais la inenni n Siint-Maur aujourd’hui, sous prétexte de beau temps, dt partie de campagne... et, sans en avoir l'air, je l’aurais conduite chez la nourrice pour voir comment elle aurait pris la chose.

HENRIETTE. Eli bien?

armand. Eli bien, je ne sais pas, mais je ne tiens plus du tout à tenter l’épreuve.

HENRIETTE- Pourquoi?

armand. Parce que, parce que... Enfin, je ne peux pourtant pas confier mon enduit à une feinuni à qui vous ne voudriez pas confier votre écureuil.

Henriette rirenwnt. Mais, je me suis peut-être trompée, et...

armand. Non, non... vous ne vou» êtes pas trompée, vous avez raison! Poirier m’en disait autant ce malin : une fille qui ne rêve que hais et spectacles, qui ne reçoit que lettres et visites toute fa journée... Non, non, ce n’est |>as cela qu'il faut à l’enfant ! Ce qu’il lui faut, à lui, à nioi, c’est une jeune fille sage, rangée, qui aime sa maison...’ et qui ne refuse pas d'adopter...

Henriette, t.remrnt. Par exemple!... elln aurait donc bien mauvais cœur?... Et puis, c’est tout prolit, un enfant tout fait, qui dit déjà maman tout seul... cl à deux ans, surtout, où ils sont si mignons.

armand, «tk joie. N’est-ce pas?... Voulez-vous le voir?

HENRIETTE. Moi?

armand. Oui!... Ah! je voue en supplie, vous me rendrez si heureux!., Un beau soleil, un temps délicieux! nuu? déjeunerons dans le bois. Allons, vite... votre châle, votre chapeau!

Henriette. Ah! si je pouvais... bien volontiers!... mais je ne puis pai.

ARMAND. Pourquoi?

Henriette. Qu'est-ce que l'on dirait donc de me voir sortir avec vous?

armand. Eh ! qu’on dise ce qu’on voudra.

Henriette. Ah ! je tiens plus que cela à ma réputation. Ce n’est pas tout d’être honnête, il faut eucore être connue pour telle.

armand. Ah! vous avez donc quehpie chose à ménager?... Un amoureux... un mariage peut-être?...

Henriette. Ob ! non, je suis trop pauvre.

! armand, vire Reoi. Ce n’est que cela?

Henriette. C’est bien assez; je ne veux pas apporter la ini- ; sera à mon mari !

i armand. Mais, si ce mari voulait...

Henriette. Oh ! s’il voulait, je ne le voudrais pas. Paa de dot , pus de mariage ! J'ai mes idées là-dessus.

| armand. Mais, enfin...

Henriette. Alt ! ne parlons pas de ça !

r RENIER COUTEKT.

Air des Dames dt la hatlt,

ARMAND

rai l’nrpect d'ci» ben ménage,

Voue coeur u'ert-d | a? réjeai?

UENRIKTTR.

Qui, oui, cbi, coi, oui, oui, CÜt

L’ÉCUREUIL

AUARD.

Otli.Olli, oui. nui, uni, oui, oui!

Voyei-vous i|uclque . 1 *

A vivre seule en «rai garçon?

■UnMBTTE.

Non, non, non, non, non, non, non!

ARMAND

Non, non, non, non, non, non, non Alors, pourquoi donc, ma «oiiiiK,

A l’amour résister ainsi?

Un ami que je «oui destine Yotlt Tirait un très-bon mari!

BKNRIBTTK.

Lui, lui, lut, lui, lui, lui, lui?

ARMAND

Oui, oui, oui, oui, oui, oui, oui!

ENSEMBLE

Vite, vive le mariage !

Vive, vivo un joli ménage !

A«cc lieux époux (6fs) du même Age!

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