LE B ALTO-SLAVE
g-énitif, datif). L'accent initial a bouleversé la phonétique latine. Rien de semblable en slave ni en baltique ; aucun fait n'autorise à supposer qu'il y ait eu à aucun moment une dislocation ^rave d'aucune partie du système linguistique. La structure phonétique a gardé son aspect d'ensemble ; même les consonnes intervocaliques qui, presque partout ailleurs, ont été plus ou moins altérées sont restées à peu j)i'ès intactes à la fois en baltique et en slave ; et par suite le baltique et le slave sont les seules langues dont certaines formes actuelles présentent des mots qui ressemblent à ceux qu'on est amené à « restituer » quand on pose l'indo-européen commun : lit. gyvas « vivant » ou êsti « il est », russe pekû « je cuis », sêmenâ « les semences », nova « nouvelle » ont encore en gros l'aspect des mots indo-européens qu'ils représentent.
Partis d'un point de départ identique et n'ayant subi par la suite aucune déviation systématique, s'étant d'ailleurs développés dans des régions voisines et dans des conditions pareilles de civilisation, le baltique et le slave ne peuvent manquer d'avoir une très grande ressemblance d'aspect général. Cette ressemblance est encore soulignée par le fait que la plupart des emprunts de mots faits par le baltique l'ont été au slave ; la similitude des vocabulaires, et même des procédés de dérivation, grande dès le début, s'est trouvée ainsi accrue dans une large mesure.
Ceci posé, on peut passer en revue les principaux arguments invoqués en faveur de l'existence d'une unité baltoslave, en recherchant s'ils suffisent à établir une période de communauté balto-slave postérieure à l'unité indo-européenne. Dans sa Kur^e vergleichende Grammatik, § 11 (p. 18 de la traduction française), M. Brugmann invoque les faits suivants :
1<* Les liquides et nasales voyelles * r, * /, * tj^ *m ont donné en baltique /;-, //, m, ini (ou aussi «r, «/, /<«, mn) ; le slave commun a en regard *'"/•, *//, e (ou *«;-, *"/, ii). La coïncidence est réelle ; mais il n'en résulte sans doute pas que le baltique et le slave aient eu un développernent commun après l'époque indo-européenne. Car il semble que le timbre de la voyelle
accessoire qui se joint à la sonante voyelle ait été fixé dès l'indo-européen, et qu'il y ait là un fait dialectal de date indoeuropéenne. Sans doute la plupart des langues diverj^ent à cet égard ; toutefois le grec et l'arménien s'accordent à présenter le timbre a de la voyelle accessoire; et, en ce qui concerne les nasales, ce même timbre se retrouve en indo-iranien : *n est représenté par indo-iran. a, gr. a, arm. an, et * fn par indo-iran. a, gr. a, arm. aui. Des voyelles fermées, / et w, apparaissent au contraire en celtique (pour *r et */ donnant net //), en germanique {ur, ul, un, um), en baltique et en slave. On aperçoit donc ici les grandes lignes d'un groupement dialectal indo-européen, difficile à préciser dans le détail. — Et surtout, en ce qui concerne le traitement balt. ûr, ûl, si. *"r,*"l, le point de départ du timbre u est sûrement indoeuropéen, comme on l'a déjà remarqué ; car le timbre u se retrouve même dans des langues qui ont ordinairement développé d'autres timbres pour la voyelle accessoire :