V. si. hriima (r. koniid) « poupe », cf. gr. T.pJiJ.^^r
lit. surbiù, cf. lesb. puçéo).
V. si. grnlo (r. gôrlo, s. grlo), lit. gurklys (ace. gùrkli), cf. lat. gtirges ; de même *H est représenté par lA dans les mots de même famille : lat. gula, arm. e-kul « il a avalé » [Vu de arm. ekul a peu de chances de reposer sur un ancien *d).
Les exemples de ce genre sont peu nombreux, et l'on n'en saurait déterminer la valeur exacte; mais ils suffisent du moins à établir que la fixation du timbre de la voyelle accessoire a commencé dès l'indo-européen. Cette voyelle était assurément très brève; car, encore en sanskrit, i.-e. * r et */ sont représentés par r, qui est une brève, et *^, *tii sont représentés en indo-iranien par la brève à, en grec par la brève a; i.-e. * ;- devait être quelque chose d'analogue à ce que décrivent certains grammairiens hindous comme étant la prononciation de skr. r : i/i de voyelle -{- r -\- l/'t de voyelle; il y a là des éléments vocaliques extrêmement brefs dont le timbre avait déjà, dans les parlers indo-européens, un timbre médiocrement net sans doute, en raison du peu de durée du
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son, mais quelque peu défini cependant ; ce timbre, on Va vu, tendait à différer suivant les rég-ions. Le parallélisme de balt. ir et si. *h', balt. ur et si. *"/•, etc. remonte donc à l'époque indo-européenne commune.
2° Le baltique et le slave s'accordent à ne pas admettre les consonnes géminées. Mais c'est le résultai d'une tendance indo-européenne commune ; en baltique et en slave, cette tendance a continué d'agir et a complètement abouti ; il en a été sans doute de même en arménien, où, avant la chute de / et u et l'emprunt de certains mots étrangers, il ne semble y avoir eu aucune consonne géminée ; les autres langues n'ont pas conservé la tendance indo-européenne. En ce qui concerne l'indo-européen, on sait que les consonnes géminées y tiennent peu de place : la plupart de celles qu'on rencontre appartiennent aux hypocoristiques et aux mots du langage enfantin, soit par exemple le type de gr. y^vviç (v. W. Schulze, Lat. Eigennanien, p. o20, et une observation de M. Brugmann, /. F., XXII, 191, parue durant l'impression de cet ouvrage), ou de V. h. a. ^occhCm (v. Trautmann, Gcniianische Lautgcset:^^ p. 62 etsuiv.),ou le type de gr, â'—a »< papa », lat. aîta^ skr. attà, got. atta, V. h. a. atto v, irl. aite (avec t et non //;, donc ancien //). En dehors de ces cas tout particuliers, l'indo-européen tendait à éliminer les consonnes géminées : on verra ci-dessous, dans un chapitre spécial, comment le groupe *-tt-, souvent amené par la morphologie, a eu des traitements dialectaux divers en indo-européen ; et *-ss- a été éliminé dès l'indo-européen dans l'exemple connu : skr. àsi, zd ahi, gr. et, en regard de hom. èiff'., v. lat. css (reconnaissable grâce à la métrique), arm. es\ l'indo-iranien a aussi un locatif pluriel des thèmes en -es- : skr. -asu^ zd -ahu^ au lieu de la forme attendue -as-su. L'élimination des consonnes géminées a donc son origine en indo-européen même.
.'1" L'adjectif déterminé lit. gcràs-îs est tout à fait comparable à v. si. dobrii-j) idohryji). Toutefois les deux types ne sont pas exactement pareils dans le détail, et l'importance n'en est pas la même dans les deux langues. Et surtout l'emploi du thème *yo-
sur lequel reposent ces adjectifs, qui sont de véritables juxtaposés, se retrouve dans l'Avesta, à la place des mois près : Y. XXXV, 4 iàissyao^anâii yàis vahistâis « par ces actions excellentes » représente un type zend normal ; le fait essentiel est l'accord en cas de *yo- avec le substantif et l'adjectif ; cet accord a lieu en iranien tout comme en baltique et en slave.
4° Les participes actifs masculins ont passé à la flexion en *-yo-, ainsi : gén. sing-. lit. vè^anc^io = v. si. vtxgsta. Le passage résulte de l'influence des féminins en *-yâ-, qui sont indo-européens ; il était très naturel, et l'on en retrouve l'équivalent exact en germanique occidental : v. angl. berende, v. sax. berandi, v. h. a. beranti. Ce changement n'est d'ailleurs qu'une conséquence d'une innovation générale : les adjectifs tendent à j3rendre les formes du tyjDe vocalique plus tôt que les substantifs : le lituanien n'a comme adjectifs que des thèmes en -a- et des thèmes en -u- ; le slave, plus avancé encore, n'a que des thèmes en -o-, avec le féminin correspondant. On pourrait alléguer la conservation des anciens nominatifs singuliers masculins : lit. ve^às, v. si. ve:(y ; mais le gotique où, sous l'influence du comparatif, le participe a passé aux thèmes en -n- a aussi conservé le nominatif singulier du type bairands (à côté de bairanda).
5° L'intercalation de -i- dans les formes telles que lit. ahnm-i-uùs, et v. si. kàmen-ï-mû n'a rien de caractéristique ; car on retrouve des intercalations pareilles dans lat. ped-i-bus (dont l'-î- est, il est vrai, ambigu, et peut représenter une voyelle brève quelconque), arm. ot-i-iuhh^ etc. Et, en baltique comme en slave, l'identité des accusatifs singuliers et jdIuriels dans les thèmes en -/- et les thèmes consonantiques s'est réalisée phonétiquement, facilitant ainsi le rapprochement des deux séries, qui aurait pu du reste avoir lieu même sans cette circonstance.
6" Les thèmes de démonstratifs *to- et *là- ont remplacé par les formes analogiques lit. tàs et tà^ v. si. tii et ta les anciennes formes du type : skr. sa et stt, gr. b et -^j, got. sa et so. Mais c'est une innovation très simple, et qui résulte de la tendance
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commune à normaliser que présentent le Baltique et le slave. Le vieux saxon a de même thê, thia, le vieux haut allemand
der, diu.
7» Les datifs lit. manci, mâii, v. pruss. iiiennei ne répondent à V. si. mtnè ni pour le vocalisme de la première syllabe ni pour celui de la fina.e ; les formes slaves et baltiques fournissent ici un bel exemple des innovations parallèles, mais indépendantes, qui caractérisent les deux groupes.
8° Le génitif-ablatif singulier vilko recouvre exactement le v.sl. vlïka, et tous deux répondent à Tablatif skr. vrkdt. Cette confusion du génitif et de lablatif résulte de ce que, dans tous les types autres que le type thématique, le génitif et l'ablatif singuliers ont une seule et même forme ; le grec s'est servi du génitif des thèmes en -o- pour l'ablatif; le baltique et le slave ont fait l'inverse ; il n'est pas évident qu'il y ait là un développement remontant à une période de communauté, car le vieux prussien, avec son génitif dekuas, n'y participe pas ; les démonstratifs divergent beaucoup : le lituanien a l'ancien ablatif iô pour génitif, mais le vieux prussien a stesse (ancien génitif, cf. skr. tâsya, hom. ,oXo) et le slave la forme nouvelle to^o. Tandis que la forme italo-celtique à -i, tout à fait isolée et' singulière, est très probante, la généralisation de l'ablatif, facile à expliquer par un développement indépendant, ne
prouve rien.
Les faits invoqués établissent donc seulement que le baltique et le slave ont eu des développements parallèles ; ce parallélisme a eu pour conséquence naturelle la création de quelques formes identiques, mais ces innovations semblables n'attestent pas une période de développement commun. Un bel exemple des innovations parallèles et indépendantes qui caractérisent ces langues est fourni par le déplacement d'accent d'une tranche doxice sur une tranche rude suivante, qu'a découvert M. F. de Saussure en lituanien, et qui se retrouve en vieux prussien et dans les dialectes slaves. Ce déplacement a eu lieu de manière indépendante en lituanien, en vieux prussien et en slave. A l'égard du lituanien et du
vieux prussien, l'indépendance résulte du fait sig'nalé par M. Bezzenberg-er [K. Z.,XLI, 74etsuiv.), que le déplacement prussien se produit d'une long'ue douce sur une rude suivante, mais non d'une brève sur une rude suivante : v. pr. antrà, inità, piencktâ, mais maddla, tikra (en face de lit. tikrà), luissa (en face de lit. visa). Quant au slave, la valeur du fait invoqué dans M. S. L., XI, 330 et suiv., a été contestée par M. Pedersen, K. Z., XXXVIII, 335, mais l'objection ne semble pas convaincante (cf. Arch. f. slav. PbiL, XXV, 426). M. Vondrâk [Fcrgl. slav. Gniiiini., I, p. 206, n. 1) admet que le type serbe kdpâm résulte d'un retour secondaire de l'accent sur l'initiale, et c'est sur ce recul d'accent, admis par M. Saxmatov Çl^vêstija de la section de langue et littérature russes de l'Académie, VI, i, 229 et suiv.), que reposent aussi les objections de M. Kul'bakin I:^véstija, XI, iv, 269 et suiv). D'après M. Kul'bakin, on devrait avoir *ôJ jc:(ykâ, *:(àpitâs, parce que l'accent ne se maintient pas sur une syllabe intérieure d'intonation douce; il est impossible d'examiner ici en détail l'emploi de l'accent dans les groupes de préposition plus nom et de préverbe plus verbe ; mais il n'est pas démontré, tant s'en faut, que cet emploi reconnaisse des causes phonétiques (cf. /. F., XXI, 341 et suiv.); au surplus, le serbe pôbvâlïs, où il n'y a eu aucune contraction, se comporte exactement comme ~àpytâs, où il y en a eu une, et rien ne permet de contester l'antiquité de l'accentuation de s. hvâlïs. — Quant au c de jc:(ikâ, qui n'est pas correct phonétiquement, il s'explique évidemment par l'influence de tous les auti'es cas où il y a ^ bref : gén. sing, jè^ika, etc. — On ne voit donc pas qu'aucune objection décisive ait été produite qui détruise la preuve alléguée en faveur du caractère dialectal du déplacement de l'accent.
Même en dehors des emprunts, le vocabulaire slave et le vocabulaire baltique présentent beaucoup de concordances : mots qui ne se retrouvent nulle part ailleurs, ou mots qui ont en baltique et en slave une forme ditîérentede celle qu'ils atîectent dans les autres langues.
Comme mots qui ne se retrouvent pas ailleurs, on peut
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citer : v. si. blnxa ^= lit. bhisà — Upa (r. lîpa^ s. l'ipa, tch. lipa) = lit. Upa — d:;ycxda (pol. gwia:^ia), cf. lit. i;i'aig:(de , v. pruss. swâigstan — i^hva (anciennement oxyton au nominatif ; cette oxytonaison a entraîné un changement de l'intonation radicale), cf. lit. g ahà {gâlva), v. pruss. galla—raka =rankà, v. pruss. ranco (cf. lit. rcnkiù) — rogn = l'âgas, v. pruss. rags — alûhati [lakaii), cf. lit, âlkti, v. pruss. alklns — meta, cf. lit. iiietù et nidati, mètati, cf. lette ;//^'/âi^ — laâlji (r. /(Wy^, pol. hd':{ia, s. /n^âi), cf. lit. eldija (v. Leskien, Bildung, p. 317; Juskevic accentue éldija, ce qui est surprenant; les mots sont parents, mais non identiques : on notera l'absence du mot indo-européen commun *nâu'- dans les deux groupes slave et baltique). — La concordance d'un nom tel que le nom du (( fer », v. si. ^e]è~o (r. ^elê\o, s. ^élje:^o, pol. ^ela~o), lit. gelei^ls, v. pruss. geho (v. Leskien, Bildnng, p. 234) montre que la communauté de civilisation doit être pour beaucoup dans ces coïncidences, car il s'agit ici d'un objet qui n'avait pas de nom indo-européen.
Les mots qui ont des parents dans les autres langues, mais dont la forme baltique et slave ne se retrouve pas exactement identique ailleurs, sont nombreux. En voici quelques exemples : V. si. aba, lit. abii, v. pruss. abbai (en regard de gr. i';j,5(i), lat. ainbô — skr. iibhaii, gàth. ubâ — got. bai) — ovïnn^ àvinas, awins — nogniïy iiagi'itis, nagiils — :^e)}ilja, ^êniê, seniniê — :^îrn, ^vêns, siuîrins [licc . plur.) — vrafa, variai, îvarto — pi itsta {s\o\'. pljiica), blaûc::j.ai, pJaiiti — ratajï, ârtojis, artoys — snirndèti, siiiirdèti — nagn, Jiùgas — ///////, mêlas — vlsï (de *vïsh), visas, luissas — :{ima, ^ciiià — sladnkn, saldùs (cf. arm. khakr (( doux ») — sivii s:(yvas, siiuan — jis ei ji:^ (pol. s, ~), w^ — vydra, l'tdra (les deux mots avec û) — ■ vetîixû, vetus:^as — veceriï, vàkaras — :ii^da, ^ëd'iu. Cette liste, déjà significative, pourrait facilement être allongée.
Mais, souvent aussi, on a les mêmes mots, avec des variantes légères, et qui remontent à l'époque indo-européenne : le slave a dînî et le lituanien dënà — le slave a dvlri et le lituanien c///;'yj — etc. Et, si le slave et le lituanien s'accordent pour osmiï = às:Qnas « huitième », le parallélisme de v. si.
sedmn « septième » avec lit. sèkuias, v. pruss. scphiins suppose néanmoins une différence initiale, qui, comme le prouve gr. ï^lo]i.oq, est de date indo-européenne. L'« épaule » se dit lit. petys (racine de gr, TCSTavvIiiJM) et v. si. pleste (racine de g-r. ttax-jç, wixoTïAar/;) : le procédé est le même, et aussi le suffixe, mais les noms diffèrent.
On conclura que le baltique et le slave ont eu des points de départ exactement identiques, qu'ils se sont développés dans les mêmes conditions et sous les mêmes influences ; peut-être même y a-t-il eu une période de communauté plus ou moins longue, mais où le slave et le baltique, qui sont les langues indoeuropéennes les plus conservatrices, n'ont pas introduit d'innovations notables. Il suffit d'examiner le verbe pour apercevoir que, de bonne heure, les deux développements ont été indépendants : en gros tout est pareil, c'est le même verbe à deux thèmes, la même structure d'ensemble ; mais dans le détail tout est distinct; les prétérits diffèrent du tout au tout; la nasale des verbes à nasale est suflixée en slave, infixée en baltique ; 17 du type minitû est long en slave, 1'/ du type 7nïni bref en lituanien, et ainsi de tout. Le baltique et le slave fournissent un bel exemple de deux développements parallèles, mais depuis longtemps autonomes.