‹ Les dialectes indo-européensChapitre 14 sur 38 · LES VOYELLES O ET A · texte numérisé non relu

LES VOYELLES O ET A

Le celtique, l'italique, le grec, rarménien (et le phrygien) distinguent régulièrement a et ô, et ne les confondent que dans certains cas particuliers, peu nombreux et rigoureusement définis, et variables d'une langue à l'autre ; à ces deux vo^'elles distinctes, les autres dialectes répondent toujours par une seule voyelle^ qui est de timbre a en germanique, albanais, baltique et indo-iranien, de timbre o en slave. Cette ligne dialectale croise donc celle des gutturales : l'arménien va ici avec le grec, l'italique et le celtique, tandis que le germanique concorde avec l'albanais, le baltiqvie, le slave et l'indo-iranien. Ceci n'a rien de surprenant : chacune des lignes qui marquent les limites dialectales, dites ici lignes d'isoglosses, est indépendante des autres, comme le montrera la suite de ce travail.

Avec son timbre o, le slave semble se distinguer des autres langues du même groupe ; mais ce timbre n'est pas nécessairement ancien. Immédiatement avant l'éjDoque historique, le slave avait une voyelle brève o qui servait à la fois d'o et d'à; cet 0 rendait par exemple, dans les emprunts, oeta des langues voisines (grec, germanique et latin), ainsi dans 50^o/rt << samedi»; inversement, des auteurs grecs du vu" siècle rendent assez souvent par gr. a Vo slave, comme l'a montré M. Kretschmer (Airh.f. slav. Phil., XXVIl, 128 et suiv.); M. Vasmer, K. Z., XLl, 157 et suiv., a affaibli la portée des faits signalés, qui avait été exagérée par M. Kretschmer ; mais il n'a pas réduit cette valeur ;i zéro ; et il subsiste que Vo slave du vu'' siècle

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était une voyelle de timbre intermédiaire entre o et « ; dans les emprunts populaires, l'a grec est rendu par si. o ou a dans des conditions qu'il n'y a pas lieu de rechercher ici, par exemple, v. si. korabijl de g-r. •/,apâ3'-cv (ou plutôt -/.apâ^'.v). Un'a ancien a pu aisément donner un pareil o, et il n'y a pas lieu de mettre le slave à part dans le groupe de dialectes dont il fait partie à ce point de vue.

Les voyelles ô et à sont distinctes dans les mêmes dialectes qui distinguent ô et à; on notera seulement que, dans les dialectes celtiques, Yô accentué passe à à; comme l'accent n'est pas à la même place dans les divers dialectes du groupe, 1'^ occupe aussi des places différentes ; ainsi l'a brittonique de V. gall. petgitar, bret. pcvar (cf. got. fjdwor) ne saurait se retrouver en irlandais, oîi l'accent est sur l'initiale. — De plus à et â sont demeurés distincts en albanais, où ô est représenté par e, et â par o. Enfin le letto-lituanien a, mais dans un certain nombre de mots seulement, // qui représente *c), tandis que *â est toujours représenté par lit. o, lette â, qui répondent aussi à une partie des *ô indo-européens. En indo-iranien, en slave, en vieux prussien et en germanique, la confusion de â et de () est complète, d'où : indo-iran. à, si. a, v. pruss. ^7, germ. ô. La confusion dej et â ne s'étend donc pas tout k fait aussi loin que celle de ô et à, ce qui est naturel puisque les voyelles longues sont plus stables que les brèves de par leur quantité longue ; mais elle n'a lieu que là oùo et ^se confondent. Ici encore apparaît l'indépendance des lignes d'isoglosses.

Reste à savoir si la confusion de o et de a est déjà indo-eiu'opéenne dans les langues indiquées ; ce n'est pas évident; mais la continuité des deux domaines est telle que le début de la tendance à la confusion ne peut guère ne pas être indo-européen, et que la confusion même était peut-être achevée déjà, au moins en ce qui concerne la brève.

Pour l'indo-iranien, on opposera la loi posée par M. Brugmann, suivant laquelle *o (alternant avec * e) serait représenté par â en syllabe ouverte de l'indo-iranien. Mais cette loi ne semble pas pouvoir être maintenue, en dépit de tous les essais

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de correction, comme on sest efïorcé de le montrer (M. S. L., IX, 142 et suiv. ; XI, 11 et suiv. ; XIII, 2o0 et suiv. ; XIV, 190 et suiv.). Des exemples isolés comme skr. dàniah = gr. si;j.o?, kalà (cf. lit. skalà et skeliù), divâ-karùh (cf. càrati) suffisent, semble-t-il, à écarter l'h^-^pothèse de M. Brug-mann.

A l'égard du germanique, qui est tout à l'extrémité du domaine de confusion des timbres o et «, et où par suite il ne serait pas surprenant que la confusion totale eût été achevée plus tard qu'ailleurs, on a invoqué certains cas où, en syllabe inaccentuée, un *o se serait maintenu jusqu à l'époque historique. Alais \'o inaccentué de noms propres transcrits par des étrangers, comme Lan^^ohardi , prouve très peu ; il n'y a pas non plus de conclusion précise à tirer de formes telles que v. h. a. ta£uni, etc. ; il semble v avoir dans tous ces cas une action des labiales sur les voyelles inaccentuées (v. Eulenburg, /. F., XVI, 3o, et la bibliographie citée) ; si même ces o sont anciens, ils ne prouvent pas qu'il n y ait pas eu confusion de a et o; car le traitement de a en cette position est inconnu, faute d'exemples. — D'autre part, on a supposé que *k''''' se serait délabialisé en germanique devant un ancien * o, tandis que assurément *k'^^a demeure avec la valeur labio-vélaire ; mais les exemples de cette délabialisation devant *û sont contestés et incertains (v. Osthoff, El. Parerga, I, 323) ; si l'on admet cette hypothèse, qui est douteuse, il n'en résulte même pas que la tendance à la confusion de o ei a soit de date postérieure à l'indo-européen et proprement germanique : puisque les labiovélaires sont de date indo-européenne, la délabialisation devant *o pourrait être, elle aussi, de date indo-européenne pour le dialecte qui a fourni le germanique.

La confusion de a et a fournit donc une ligne d'isoglosses nettement dessinée, et distincte de celle des gutturales.

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