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CHAPITRE IX

LE GROUPE *-iVY-

A l'intérieur du mot, le groupe des deux sonantes w et y n doux traitements ditîérents. Si l'on prend pour type le cas où les voyelles suivantes de part et d'autre sont o, on a : *-oiuyo- en sanskrit, arménien, grec, italique, celtique ; mais *-0!i\o- en iranien, slave, letto-lituanien, gotique et Scandinave, soit skr. -avya-, gr. -eu- (de *-Ofyo-). lat. -oiiio-, gaul. -ai'io-, mais : zd -aoya-, si. -//yV-, lit. -auja-, got. aiija-. Ainsi :

skr. nâvyah, ion. vsïoç, lat. Nouius, gaul. Novio-{diinmn), gall. nnuydd, irl. w/ïc (supposant *nou>yos), mais lit. naùjas, got. niujis.

skr. savyâh « gauche », mais zd haoyô, pehlvi /?())', /xnw/v (la graphie avestique est donc correcte), v. si. sup (de *.î^//)w donnant * sjeujos).

skr. gàvyah eigavyâh « de bœuf », arm. kogi « beurre », gr. (svvîâ- (âotoç. mais zd gaoyqm « de bœuf » (accus, féminin).

En gotique, la flexion manifeste l'existence du principe phonétique dans le contraste de nom. haïui « herbe » et de gén. hanjis, dat. hauja.

Des actions analogiques ont en partie troublé l'action de la loi. Ainsi le lituanien a l'*" pers. aviù « je suis chaussé de », d'après avèti et le reste de la flexion du présent, à suffixe -/-, '{'■ pers. àvi\ avec le suffixe *-V('-, le slave a la forme phonétique : oh-ttja. Du reste, avec ce suflixe*-)v-, la diphtongue est de règle en balti([ue et en slave, ainsi dans v. si. pljiijiu lit. spiân/'n « je crache », et de même dans tous les exemples.

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Les adjectifs en ^-yo- [*-yà-) dérivés de thèmes en -u- ont la forme phonétique en sanskrit et en zend : skr. -avya-, zd -aoya-\\&\. si. synavlji « du fils » est analoj^ique, d'après synovi (dat. sing.), synore (nom. plur. ), etc. Le type phonétique est donné par ujï « père de la mère » ; le vieux prussien au'is (même sens) doit sa forme à ce que le nominatif singulier est en -is en haltique. Après voyelle longue ou diphtongue, ce traitement est ordinaire ; l'Avesta a ainsi dacvya- de daêva- « démon )) ; le vieux slave a sfavljg, i"' personne, près de stavisi, 2''pers., et de rinlinitif i/fli'/// « mettre debout ».

Si, comme le croit M. Pedersen, K. Z., XXXVIII, I96,i.-e. *-iu- donne arm. g entre voyelles, on pourrait interpréter arm. kogi »< beurre » en jjartant de i.-e. orient. *gowiyo-, et l'exemple ne serait pas probant pour le traitement arménien de *-owyo-. On est même obligé de partir de *-ogiyo- pour expliquer un génitif tel que kogiuoy « du beurre, mais 1'/ peut être dû k une restitution d'après le nominatif-accusatif kogi. Il est difficile detrouverun exemple qui réfute la théorie de M. Pedersen, parce que la structure de l'arménien comporte un u> (resp. v) final au nominatif-accusatif singidier des noms qui fournissent les exemples, et que cette forme suffît k expliquer toutes les autres que l'on pourrait opposer à M. Pedersen : tewem « je dure »est contraire à la doctrine de M. Pedersen, mais la forme tew <^ durée » en rend compte, et ainsi de tous les exemples. Mais, si la théorie de M. Pedersen n'est pas réfutable, elle n'admet pas davantage de démonstration; car on peut expliquer le génitif aregi de arew par *reiuy''lt,s, comme kogi par *gowyo-. De même taygr « frère du mari » peut reposer sur *daiiur-^ cf. le génitif-datif /;rtît;- ^=gr. Traipi;, T:aipi, et rien ne prouve que le *iu soit devenu g entre voyelles. On voit mal pourquoi le *iu intervocalique sérail devenu g : le passage de *w initial ;i g, le([uel n'est même pas constant en arménien, tient k l'attaque de l'initiale; en persan, où tv est représenté suivant les cas par/M)ucr k l'initiale, ce traitement ne se retrouve pas il l'intei'vocalique. Le mot ixvm.aregakii <( soleil » dont s'autorise M. Pedersen est d'interprétation incertaine (v. Iliibsch-

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mann, Arni. Gratnm., I, p. 414). La loi supposée obligée à renoncer à l'interprétation séduisante de arm. hoiuiw « l)erg-er » par *oiui-pâ-, et rend diflîcile le rapprochement, autrement très satisfaisant, de arm. goreiii « je loue » avec v. si. gcyirfi .' soigner, s'occuper de ».

A l'ég-ard du germanique, M. Brugmann, Gnindr.. 1'. p. 797, enseigne que le germanique occidental conserve le traitement *-ivy- : v. h. a., \. sax. nùiiui. v. angl. jiêoice, ntwe auraient *-îuy- avec la gémination du germanique occidental devant -y-. Mais il est tout aussi licite de supposer un ancien *neir''yo-; car la diphtongue de got. niujis s'y retrouve clairement. La forme germanique occidentale présente cet intérêt qu'elle conserve trace de w consonne devant y tout en présentant la diphtongue.

C'est sans doute ce même point de départ qu'il faut poser pour le baltique commun. En effet, si le Vocabulaire (vieux prussien) d'Elbing a crauys, en regard de lit. kraùjas « sang " (cf. skr. kravyam), FEncheiridion a kraïuia, krawian (comme Ta fait remarquer M. Zupitza, K. Z., XL, 232); et les formes verbales ont 3'" pers. -aiuie (v. ib., et Bezzenberger, K. Z., XLl, 85); M. Zupitza a même conclu de la forme lit. naùjas (et non * niaujas) que la prononciation au est postérieure au passage de *ew à av en lituanien; mais il peut y avoir eu dissimilation du/ par le y intérieur. Le fait vieux prussien subsiste ; il concourt avec le germanique occidental à établir la phase intermédiaire *-eiryc-. qu'il faut poser pour l'iranien, le slave, le baltique et le germanique. On a ici la trace de la prononciation géminée des consonnes devant sonante que suppose la quantité longue de la première syllabe dans les groupes tels ({ue être, elwe, esye en indo-européen, prononciation qui est du reste attestée directement en sanskrit parles grammairiens (cf. A. Meillet, Introduction, 2'^ édit., p. 102 et suiv.). Il s'est posé pour ce groupe une difficulté assez grave que les dialectes ont résolue de manières diverses.

En ell'et, là oîi iv est géminé, le pi-emier élément de la gémination se présente normalement sous la forme // second

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élément de diphtongue; c'est ainsi que, dans le texte homérique, on trouve de vieilles formes, sans doute éoliennes, telles que aùiaxoç valant à(p)â/sç (N 41), euaoev valant ï (f)aosv (Z 340), etc. ; le f initial est redoublé ici comme le sont A, ;x, V, p, dans beaucoup d'exemples analogues ; mais le f géminé est noté u(p), et non fp. A Gypre, sur la Table d'Idalion, on lit c uve rcta sa tu {z'jfpr-y.^y.i:\j) à côté de e ve re ta sa tu (ïfpT-.oi.'jxz'j I quelques lignes plus loin. Quand lagémination se produit à l'initiale diin mot, cette notation qui défigurerait le mot précédent nest pas employée, d'où à-b '{ff)ic par exemple N 163. On s'explique bien ainsi la prononciation *-au''ye-. Toutefois cette solution donnait une importance exagérée au premier élément du groupe qui était une géminée, mais sans doute une géminée faible. La première partie de la géminée était sans doute assez brève ; cette brévité relative l'a maintenue distincte de u second élément de la diphtongue ordinaire en u dans une notable partie du domaine indo-européen, où le traitement apparaît dès lors sous la ïorme *-ou'ye-.

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