‹ Les dialectes indo-européensChapitre 19 sur 38 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LES SONORES ASPIREES

On entend par sonores aspirées les phonèmes définis par la série suivante de correspondances :

Sanskrit : occlusives sonores accompagnées d'une articulation gloltale, qu'on transcrit par /;.

Iranien, slave, baltique, albanais, celtique : occlusives sonores confondues avec les anciennes sonores simples, par exemple iran. d = skr. d et db. Le g^ermanique et rarniénien ont aussi des sonores, qui se distinguent cependant des anciennes sonores simples, parce que celles-ci sont représentées par des sourdes. A ceci près, toutes ces langues s'accordent à répondre par ^ au dh sanskrit, par exemple. M. F. Kluge iPBB., I, 199. et Vorgesch. d. aUgenn. DialJ, p. 367) a supposé que le traitement b, d. -; des « sonores aspirées » serait peut-être un fait dialectal indo-européen, mais ce traitement n'est attesté nulle part comme un traitement général des sonores aspirées ; il ne l'est pas pour le germanique IV. ci-dessous, chap. xiii) ; il ne l'est pas davantage pour une autre langue indo-européenne quelconque. Le traitement spirant apparaît partout comme un airail)lissement propre à certaines positions, notamment à la position intervocalique.

Seuls le grec et l'italique divergent, et divergent dans un même sens, opposant des sourdes aux sonores de toutes les autres langues. En grec, ce sont les sourdes aspirées du grec ancien, s, 0, y, qui sont devenues des spirantes au cours

76 DIALIXTKS INDO-r.rUnl'KENS

du développement historique ; les notations -^h, y.h existent encore dans d'anciennes inscriptions. En italique, on ne rencontre, dès le début de la tradition, dans tous les dialectes, que des spirantes, et même des spirantes déjà très altérées; car elles sont en partie remplacées par l'aspiration /;, et *^ s'est partout substitué à/; ces spirantes, très évoluées, remplacent presque certainement de plus anciennes sourdes aspirées, pareilles à celles qui sont attestées en ^rec. La coïncidenee du grec et de l'italique est frappante, car aucun fait des autres langues anciennement attestées ne fait attendre ce traitement.

Si le macédonien est un dialecte hellénique (et alors c'est en tout cas un dialecte très aberrant), comme le soutient en dernier lieu M. Hoffmann, on pourrait être tenté de tirer de là un argument contre l'antiquité indo-européenne de la prononciation sourde en grec ; car l'un des traits caractéristiques les plus certains du macédonien est qu'il répond par des sonores aux sourdes aspirées grecques : oojpaç en face de 6oJpa;, x^pzufi:; en face de hopizq, etc. Mais, ainsi que l'a déjà fait remarquer M. Hoffmann (Die Mahcdonen, p. 232 et suiv.), les sourdes aspirées sont voisines des sonores par leur faiblesse d'articulation ; d'ailleurs, en passant par la prononciation spirante , les sourdes aspirées peuvent devenir des sonores, ainsi germ. <p est représenté par d en allemand, et certains dialectes bantous présentent des faits analogues (v. Meinhof, Lautlehre d. Bnjituspr.)

Si l'italique et le grec appartenaient à des groupes tout à fait différents, on tiendrait la coïncidence pour fortuite ; car les sonores aspirées sont représentées par des sourdes aspirées d'une manière indépendante en tsigane (v. Brugmann, Internationale Zeitschrift de Techmer, I. p. 231 ; Kretschmer, Einkitmig, p. 155). Mais M. Kretschmer a eu tort de rapprocher le passage historique de gr. ojî'sîç (groupé en un mot, distinct de cùo' îTç) à oùOeiç, pour établir la tendance à assourdir les sonores aspirées est récente en grec, et a persisté à l'époque historique ; car o suivi d'un souflle sourd est tout autre chose

LKS SONOUKS ASl'lUKKS / /

que les anciennes sonores aspirées. Et comme le «^rec et 1 italique appartiennent aux mêmes groupes dialectaux à beaucoup d'égards et présentent certaines particularités qui leur sont propres (v. ci-dessous chap. xix), il n'est pas exclu que la coïncidence remonte à l'époque indo-européenne ; toute affirmation est du reste impossible.

Page 1